Les Nains et l’Empire (17)

Les Nains et l’Empire (17)


De nouveau sur la route… Samel n’était pas resté plus de deux semaines au même endroit depuis son départ de Setigat, quelques mois auparavant. Que n’aurait-il pas donné pour se retrouver bien à l’abri chez lui, à écouter les histoires de sa grand-mère tandis que le feu crépitait.

Le jeune homme avait cependant dû quitter Orwolia, l’un des rares endroits où il s’était senti bien ces dernières semaines. Il se souvenait encore de l’expression de Selea lorsqu’il avait fait ses adieux à la jeune fille. Ses yeux, marqués par la fatigue, s’étaient emplis de larme, reflétant la tristesse mêlée de peur qui s’était emparée de Selea.

« Pour.. pourquoi ? » avait-elle demandé « Pourquoi dois-tu repartir en compagnie de nos ennemis ? »

Ne sachant quoi répondre pour éviter de trahir ses véritables intentions, Samel avait simplement dit :

« C’est mon devoir, Selea. »

Il avait alors pris la jeune fille, prête à s’effondrer en sanglots, terrassée par l’épuisement, dans ses bras. Il se rappelait lui avoir murmuré « Je reviendrai, je te le promets. » à l’oreille, avait de lui déposer un baiser sur la joue. Il était alors parti sans se retourner, pour éviter de se mettre à pleurer, lui aussi.

Le jeune homme avait alors rejoint le groupe hétéroclite que formaient ses compagnons de voyage. Un humain, un Sorcami, et une dizaine de Nains. Voilà qui n’avait jamais été vu sur le sol de Sorcasard. Samel ne savait toujours quoi penser du peuple des Nains. La plupart étaient renfermés et secrets, mais apparemment, une fois leur amitié gagnée, rien ne pouvait la briser. C’était du moins le cas pour Midenir, qui avait tenu à accompagner Talakhos, à qui il vouait une loyauté presque aussi grande qu’à son général. Les autres Nains qui les accompagnaient étaient bien plus étranges que Midenir. Revêtus de longues robes faites de tissu grossier, ils ne parlaient presque jamais, même à Midenir. Ils semblaient cependant rompus à la marche et ne se plaignaient pas. Samel les évitait autant que possible, et ses seuls interlocuteurs étaient Midenir et Talakhos.

Plus il en apprenait sur le Sorcami, plus Samel se rendait compte qu’ils étaient par bien des côtés très semblables. Ils avaient tous deux été déracinés, et forcés d’obéir à des chefs incompétents. Le Sorcami acceptait cependant son sort bien plus stoïquement que Samel, qui développait une aversion de plus en plus grande envers les autorités impériales.

Talakhos avait raconté à Midenir et Samel ce qu’avait dû subir son peuple durant ce que les Impériaux avaient appelé la Guerre des Sorcami. Le massacre de femmes et d’enfants, même s’ils n’étaient pas humains, était horrible. L’Empire s’était-il vraiment comporté ainsi ? Si tel était bien le cas, peut-être  l’arrivée des Impérieux à Sorcasard n’avait elle pas été si bénéfique que cela.

Ces pensées tournaient dans la tête de Samel alors qu’ils se rapprochaient des contreforts des Losapic. Le froid devenait de plus en plus mordant au fur et à mesure qu’ils montaient, rappelant de bien mauvais souvenirs à Samel.

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« Allons nous devoir traverser les montagnes pour rejoindre Aerokûpic ? » demanda le jeune homme à Talakhos, alors qu’ils s’avançaient dans une passe rocailleuse.

« Je ne sais, pas, jeune Samel », répondit le Sorcami. « Notre but est de trouver l’entrée Nord des grottes. Je suis certain qu’elle existe, mais je ne sais pas où exactement. Si nous ne la trouvons pas au premier passage, il nous faudra aller jusqu’à Aerokûpic pour traverser les grottes, afin de découvrir où elles débouchent. »

Le Sorcami marqua une pause.

« J’espère que nous n’aurons pas à en arriver là, reprit-il. Les grottes ont été creusées par les Anciens, et mon peuple sait depuis longtemps comment reconnaître les signes laissés par  les mages de jadis. Il suffit que nous découvrions un de ces signes pour trouver notre entrée. »

« A quoi ressemblent ces signes ? » demanda Samel, curieux.

« Ils peuvent prendre diverses apparences, mais le plus souvent, il s’agit de runes lumineuses qui apparaissent au bord d’un chemin. Parfois il n’est possible de les voir que la nuit, ce qui complique forcément la tâche du voyageur. »

Après cette conversation, Samel se mit à observer plus attentivement les rocs qui l’entouraient, à la recherche de symboles ésotériques laissés par les hommes de l’ancien temps. Une recherche bien inutile, car c’est finalement l’un des Nains qui découvrit l’objet de leur quête.

Le petit être émit un son étrange, et Talakhos et Midenir se précipitèrent vers lui. Devant eux se trouvait une roche étrangement lisse dans laquelle était gravée une rune représentant le chiffre trois. Le visage du Sorcami afficha une expression qui ne pouvait se traduire que comme de la joie.

« C’est cela ! » s’exclama-t’il. « Nous sommes à trois quarts de lieues de l’entrée Nord. Suivez moi !  »

Et Talakhos se mit à courir, Samel et les Nains sur les talons, inconscients de la surprise que leur réservait le destin.