Les Nains et l’Empire (16)

Les Nains et l’Empire (16)

Samel regarda les trois occupants de la pièce d’un air surpris. Le Sorcami n’avait-il pas dit qu’il s’appelait Sorferum ? Que lui était-il donc arrivé ?

« Vous avez recouvré la mémoire, Sorfe… Talakhos? » demanda le général Nain, Orbût Frinir.

Le Sorcami regarda son interlocuteur d’un air étrange avant de se saisir de lui dans une explosion de joie.

« Je me souviens de tout, général Frinir. Je sais pourquoi je suis là, et je me rappelle mon passé. Tout cela grâce à ce jeune impérial ! Le nom d’Aerokûpic était le mot qui me manquait pour accéder à mes souvenirs perdus. »

Le général Nain semblait suffoquer sous la poigne de fer du Sorcami. Il  parvint cependant à prononcer :

« Ra… contez moi donc cela. Mais déposez moi avant, s’il vous plaît. »

Talakhos, un peu gêné, reposa le Nain au sol, puis se mit à parler. Il raconta son histoire, depuis son départ de Sorcakin, la capitale Sorcami, jusqu’à son arrivée à Leosûmar.  Le récit était, même pour Samel, fascinant. Le jeune homme, malgré sa méfiance à l’égard de l’homme-saurien, ne pouvait s’empêcher d’admirer la détermination du Sorcami et son désir de servir son peuple. Petit à petit, Samel se rendait compte qu’il cessait de le voir comme un ennemi, mais plutôt comme un être intelligent, poussé tout comme lui par des forces qui le dépassaient à quitter son foyer pour risquer sa vie.

Lorsque Talakhos eut finit son récit, Orbût Frinir prit la parole.

« Ainsi, Talakhos, vous êtes en quelque sorte l’ambassadeur de Sorcamien auprès du peuple Nain. Je suis honoré de l’intérêt que nous témoignent les hommes-sauriens. Ces grottes d’Aerokûpic doivent être extrêmement importantes pour que vous risquiez votre vie pour nous en parler. »

« Plus que vous ne pouvez l’imaginer, général. Ces grottes sont l’un des secrets les plus jalousement gardés de mon peuple. On soupçonne qu’elles ont été en partie construites par les Anciens à une époque reculée. Elles circulent sous l’ensemble de la chaîne des Losapic, et permettent de voyager à travers la montagne incognito, et à l’abri des rigueurs du climat. Il existe bien sûr plusieurs entrées, mais celle que mon peuple avait l’habitude d’utiliser était à Aerokûpic, d’où le nom que nous avons donné à l’ensemble du complexe souterrain. Si vous pouvez y cacher une partie de votre armée, cela vous donnera un avantage tactique considérable. Vous couperez les renforts de l’empire venant du sud, et en même temps encerclerez les légions déjà présentes au nord. »

Samel écoutait avec attention. Il avait décidé de jouer la carte de la docilité, espérant en apprendre le plus possible pour pouvoir prévenir les autorités impériales s’il parvenait à s’échapper. Mais souhaitait-il vraiment aider l’Empire ? Il sentait malgré lui que sa détermination n’était pas aussi forte qu’avant… Le jeune homme n’eut cependant pas le temps de s’attarder sur ces doutes car le Nain Midenir avait pris la parole, et demandait d’un air suspicieux :

« Si ces grottes sont si avantageuses, pourquoi votre peuple ne les a t-il pas utilisées lorsque vous avez combattu l’Empire ? »

« Vous méfieriez vous de moi, Midenir ? Ne répondez pas, je plaisante. Votre question est tout à fait légitime. Lorsque, il y a plus de huit décennies, l’Empire a entrepris de conquérir le Nord de Sorcasard, mon peuple avait déjà été décimé par les nombreuses batailles qui avaient eu lieu auparavant. L’Empire disposait de l’aide et des armes des mages, et nous n’étions pas préparés à un tel assaut. La plupart de nos guerriers avaient donc reçu l’ordre de se rendre à Sorcamien, afin de fortifier la frontière naturelle des Sordepic, et abandonnant nos populations civiles aux griffes de l’Empire. C’était une décision difficile, mais elle a permis à mon peuple de ne pas être totalement annihilé.  Nous n’avions donc plus de troupes pour fortifier les Losapic, qui sont restées ouvertes aux troupes impériales. Ce n’est pas votre cas, et après avoir vu les Nains combattre, je sais que vous pouvez réussir là où nous avons échoué. Vous pouvez couper l’Empire de Dûen du Nord de Sorcasard ! »

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« J’admire votre enthousiasme, Talakhos, dit Orbût Frinir avec un sourire. Mais même si je sais que vous parlez avec sincérité, je ne peux pas envoyer toute mon armée dans les Losapic sans avoir eu confirmation de l’étendue de ces grottes. De plus, Aerokûpic se trouve de l’autre coté des montagnes, et je ne vais pas faire traverser les Losapic à des troupes déjà fatiguées. Il faudrait que vous me trouviez une entrée du coté Nord avant que je puisse faire quoi que ce soit. »

L’estime de Samel envers le général Nain monta d’un cran. Voilà un chef, qui contrairement aux impériaux, n’allait pas gâcher vainement la vie de ses troupes dans le froid.

« Vous avez parfaitement raison, général Frinir, répondit alors Talakhos. C’est pourquoi je vous propose de me confier une petit contingent avec lequel je partirai en éclaireur. Nous trouverons rapidement le chemin, je vous le promet. »

« Cela ne  me parait pas une mauvaise idée, dit alors Midenir. Nous pourrions envoyer des moines de Ginûfas avec Sorfer… euh Talakhos. Ils sont bizarres, mais ce sont qui connaissent le mieux l’exploration des cavernes. Cela ne nous coûterait pas bien cher. »

Samel eut alors une idée.

« Je peux vous accompagner aussi, si vous le souhaitez. Je connais bien Aerokupic et je pourrai être utile. »

Cela lui fournirait peut-être une occasion de s’enfuir et de prévenir l’Empire du risque qu’il courait. Mais le voulait-il vraiment ? C’était une question qui allait le tarauder pendant longtemps…