Les Nains et l’Empire (12)

Les Nains et l’Empire (12)

Alors qu’il marchait pour la première fois de sa vie au combat, Samel oscillait entre la peur et l’excitation. Autour de lui les lourds pas des bataillons impériaux faisaient trembler le sol. Les bannières de l’aigle et de la couronne flottaient fièrement au dessus de chaque peloton. Malgré tout ce qu’il avait vécu, Samel ne pouvait s’empêcher de ressentir un certain orgueil à l’idée d’appartenir à ce groupe. Une armée si disciplinée ne pouvait qu’éliminer ses ennemis.

Le jeune homme se souvenait cependant de la conversation des deux vétérans, et il savait que toute la bonne volonté du monde ne pouvait permettre de vaincre si les responsables de l’armée étaient incompétents. Mais peu importait : ce n’était plus le problème de Samel. Tout ce qui comptait à présent, c’est qu’il devait se battre, pour préserver la ville d’Orwolia des envahisseurs qui voulaient la détruire. Sa main se ressera sur la poignée de son épée, faisant blanchir ces articulations.

« Regardez ! » cria quelqu’un.

Samel leva la tête. Un objet lumineux qui ne pouvait être qu’une flèche fendait le bleu azur de la voûte céleste. Au moment même au le projectile s’éteignait, une lourde clameur retentit. C’était le bruit de milliers de cris de guerre, venant des flancs du bataillon. Un mouvement de panique sembla s’emparer des hommes et quelqu’un s’exclama d’un ton horrifié :

« Nous avons été encerclés! Nous sommes perdus ! Fuyez, fuyez ! »

Sous l’effet de la peur, les rangs commençaient à se desserrer. Les officiers, dont le lieutenant Hûnel, tenataient vainement de rallier leurs hommes.

« Tenez les rangs ! Tournez-vous pour affronter l’ennemi, bandes de lâches ! »

Personne ne semblait écouter le lieutenant. Samel, en plein milieu du peloton ne voyait rien de ce qui se passait. Il ne tarda cependant pas à entendre des cris de douleur qui se rapprochaient de lui. Se tournant, il aperçut enfin pour la première fois les visages de ses ennemis.

Mis à part leur petite taille, ils ressemblaient à ces hommes barbus des montagnes qui vivaient non loin du village où était né Samel. Tous portaient des armures où des côtes de mailles dont la qualité était sans comparaison avec le plastron de cuir bouilli qui était l’uniforme sstandard des légionnaires impériaux. Leur arme de prédilection était clairement la hache, et ils avançaient avec sauvagerie dans les rangs du bataillon, fendant les compagnons de Samel comme de simples bûches.

A la vue de cette barbarie, Samel sentit une sourde colère monter en lui. Sans réfléchir, il sortit son épée de son fourreau et se jeta dans la mêlée. Sa lame s’abattit sur le cou du plus proche des Nains, faiasant jaillir un flot de sang qui vint éclabousser le visage de Samel. Le Nain s’écroula dans un horrible gargouillement. Samel n’eut cependant pas le temps de réaliser l’horreur de ce qui venait de se passer. car déjà deux autres Nains s’approchaient de lui. Le plus proche fut cependant arrêté net dans son élan alors qu’une lance lui traversait le corps. Samel n’eut donc qu’à se tourner pour esquiver le coup de hache du second Nains. D’un geste sûr, il coupa alors le bras de son adversaire, qui tomba en râlant.

L’action de Samel avait clairement eut un effet galvanisant sur ses compagnons, car plusieurs avaient cessé de reculer et faisaient à présent face à l’ennemi qui n’avait plus l’air de trouver le combat si facile. Les corps, humains et nains, commençaient à s’amonceler, formant une espèce de boue sanglante qui rendait toute progression difficile. Samel se rendit compte avec une certaine satisfaction que l’un de ces cadavres était celui du lieutenant Hûnel, qui n’avait pas résisté très longtemps.

crusades-5

Le combat commençait à durer et les Nains arrivaient toujours plus nombreux. Les bras de Samel fatiguaient et il se demandait s’il pourrait tenir beacoup plus longtemps. C’est alors que qu’elqu’un cria :

« Un Sorcami ! Ils ont un Sorcami avec eux ! C’est la fin ! »

Samel se retourna vers l’origine du cri. C’est alors qu’il le vit : un gigantesque homme-saurien qui surplombait à la fois les Nains et les humains les combattant. Il était armé d’une hache qu’il maniait avec force, envoyant voler ses ennemis dans les airs. Envers cette créature monstrueuse dont les semblables avaient autrefois asservi son peuple, Samel ressentit une haine comme il n’en avait jamais connu, et dans un accès de fureur se jeta vers le Sorcami.

***

Le combat et l’odeur du sang éveillaient en Sorferum des instincts qu’il n’avait jamais soupçonné. Plus il tuait, plus il se sentait grisé, et seul une petite partie de son esprit semblait lui murmurer de faire preuve de retenue.

L’assaut initial avait été d’une violence inouïe. Les troupes impériales, déjà affaiblies par les assauts portés sur leurs flancs, avaient du mal à résister. Mais au fur et à mesure que les Nains enfonçaient les rangs ennemis, la détermination des légionnaires, loin de flancher, semblait se renforcer.

Sorferum avait perdu de vue le général Orbût Frinir, mais il n’en avait cure, absorbé qu’il était par le combat. Les impériaux semblaient effrayés par sa présence et cette terreur éveillait sont instinct de prédateur. C’est donc avec une certaine surprise qu’il vit un des jeunes soldats se jeter sur lui, le regard emplit d’une incroyable détermination. Le Sorcami eut tout juste le temps de parer l’assaut du jeune homme avec sa hache, envoyant l’épée de son adversaire valser au loin.

Mais le jeune homme n’avait pas dit son dernier mot. S’emparant d’une lance qui traînait par terre, il porta un coup au flanc de Sorferum, faisant naître une vive douleur dans les côtes du Sorcami.  Sorferum se tourna vers son adversaire, et levant sa hache, s’apprêta à l’achever. Mais, croisant le regard du jeune homme, il lut dans ses yeux un courage qui le fit hésiter. Et, au lieu de pourfendre la tête de son adversaire, il se contenta de l’assommer avec le manche de sa hache avec de replonger dans la mêlée : la bataille touchait alors à sa fin, consacrant la victoire de l’armée naine…