Les Nains et l’Empire (11)

Les Nains et l’Empire (11)

La garnison d’Orwolia était en pleine effervescence. Les soldats, vêtus de leurs armures et de leurs boucliers, formaient les rangs. Déjà plusieurs bataillons étaient visibles, prêts à affronter l’ennemi. Samel courut jusqu’aux baraquements où  logeait son peloton. La plupart des hommes étaient assemblés dehors, sous l’œil sévère du lieutenant Hûnel. La vue de l’officier emplit le cœur de Samel d’une haine qu’il réussit, aux prix de grands efforts, à cacher. Il se mit au garde à vous devant son supérieur et dit d’un ton presque neutre :

« Soldat Samel, au rapport, mon lieutenant. »

L’officier dévisagea le jeune homme d’un air surpris.

« Samel… Je ne m’attendais pas à voir un lâche comme vous ici. Mais puisque vous êtes, là vous pouvez rejoindre vos camarades. Le sergent vous fournira des armes. »

Samel s’inclina respectueusement avant d’obéir aux ordres du lieutenant. Il se retrouva bientôt en rang dans son bataillon, aux côtés d’un soldat tout aussi jeune que lui qui tremblait de peur.

img570b2

Tout le régiment était là : six bataillons de cinq cents hommes, assemblés en rangées de vingt cinq. Le premier rang de chaque bataillon était constitué d’hommes portant un bouclier, qui protégeaient les lignes arrière. Samel se trouvait au cinquième rang de son bataillon, et était armé d’une lance et d’une épée courte. Non loin de lui, deux sous officiers plus âgés discutaient d’un ton grave.

« Le colonel a vraiment décidé de nous faire affronter l’ennemi en bataille rangée ? Nous ne savons rien sur eux, à part qu’ils sont plus nombreux que nous. La prudence aurait voulu que nous fortifiions nos positions. »

« La prudence ? Ce n’est pas un mot que connait le vieux. Il rêve de se couvrir de gloire et de montrer à ses supérieurs qu’il a réussi là où ils ont échoué. Je l’ai entendu moi même. « Rien ne peut vaincre les puissantes légions de Dûen. » Ce crétin est incapable de concevoir d’autres stratégies que l’attaque frontale. S’il n’était pas noble, il ne serait jamais devenu officier. C’est un incapable. »

« Ouais, mais en attendant c’est nous qui allons pâtir de son incompétence. »

Les voix des deux hommes se perdirent alors dans le brouhaha ambiant. Leurs paroles avaient cependant profondément inquiété Samel qui, malgré le froid ambiant, sentit quelques gouttes de sueur perler de son front. Mais alors qu’il commençait à regretter sa décision de rejoindre les troupes, il entendit crier :

« En avant, marche ! »

L’ordre, qui avait été lancé par le capitaine, fut repris par tous les officiers, et lorsque le lieutenant Hûnel le prononça, Samel commença à avancer. La tension dans les rangs était palpable, et les hommes étaient silencieux. Bientôt ils allaient connaître, certains pour la première fois de leur vie, l’horreur du combat.

 

***

Sorferum avait rejoint Midenir et Orbût Frinir à l’avant de l’armée. Derrière eux, les soldats Nains semblaient prêt à en découdre. Après plusieurs semaines de privations et de marche dans la forêt, certains attendaient avec impatience la perspective du combat.

« Les impériaux ne peuvent pas être aussi stupides, disait Midenir. Ils doivent bien se rendre compte qu’ils n’ont aucune chance en rase campagne. C’est forcément un piège. »

« Je ne sais pas, Midenir. Nos éclaireurs n’ont pas repéré d’autres troupes. L’officier qui commande ce régiment est peut être tout simplement trop confiant. Cela ne serait guère étonnant des Dûeni, après tout. »

« Nous allons les écraser comme un fétu de paille. »

« Cela se pourrait bien. Mais gardons nous à notre tour d’être trop optimistes. Midenir, placez deux bataillons sur chacun de leur flancs. Nous allons les prendre en étau avant de lancer notre attaque frontale : cela leur coupera toute possibilité de retraite. »

« Tout de suite, général, » dit Midenir avant de s’éclipser.

Orbût Frinir se tourna vers Sorferûm.

« Vous êtes toujours prêt à combattre à nos cotés ? »

Le Sorcami acquiesça.

« Très bien. La simple vue d’un Sorcami devrait saper le moral des troupes de l’empire. Je me suis laissé dire qu’il n’y a rien que les Dûeni ne craignent plus que les hommes-sauriens. Vous marcherez à mes cotés. Vous sentez vous prêt ? »

« Absolument, » répondit Sorferum. Enfin le Sorcami allait pouvoir prouver aux nains qu’il était véritablement leur allié. L’excitation s’empara de lui, dominant tout sentiment de peur qu’il aurait pu ressentir. La sensation était grisante.

Au loin, les troupes impériales commencèrent à avancer, ignorantes de la manœuvre de l’armée des nains qui les encerclaient par la forêt. Midenir se trouvait avec ces Nains, et Sorferum essayait vainement de distinguer son ami parmi les masses mouvantes.

« Lorsque je donnerai le signal, les bataillons de flanc chargeront, et nous commencerons à avancer. Nous devrions les rejoindre peu de temps après, dit Orbût Frinir. Savez-vous quelle est votre arme de prédilection, Sorferum ? »

Le Sorcami n’avait pas vraiment réfléchi à cette question.

« Je n’en ai aucune idée, je le crains, répondit il simplement. Donnez moi ce que vous avez, je saurai bien m’en servir. »

« Voilà qui est parler comme un vrai soldat, dit le général Nains avec un sourire. Prenez cette hache, puisse-t’elle apporter le malheur à vos ennemis.

Sorferum prit le lourd objet que lui tendait le Nain le soupesant et observant sa courte lame.

« Ça fera l’affaire, » dit-il.

« Ah ! les troupes sont en place, » dit Orbût Frinir. Il fit signe à un de ses hommes. Ce dernier enflamma une flèche qu’il décocha, illuminant le ciel. Presque instantanément les troupes qui avaient encerclé l’armée impériale se mirent à bouger rapidement en direction de leurs ennemis. Orbût Frinir leva sa hache au ciel et cria :

« En avant ! Pour le peuple Nain ! »

Derrière lui, une multitude de soldat se mit à avancer : la bataille d’Orwolia venait de commencer.