Les Nains et l’Empire (10)

Les Nains et l’Empire (10)

A mesure que l’armée Naine s’enfonçait dans la taïga, le climat se durcissait et la marche devenait de plus en plus difficile. Cela faisait à présent presque deux semaines que les courageux guerriers avançaient dans cette épaisse forêt de conifères et le moral commençait à se dégrader. Sorferum n’avait pas pu reparler à Orbût Frinir depuis l’arrestation de l’espion, plus d’une semaine auparavant. Le général Nain était très pris par ses plans et la gestion quotidienne de ses troupes et n’avait pas vraiment le temps de s’occuper des affaires du Sorcami.

Sorferum s’était donc rabattu sur Midenir, mais le capitaine était devenu presque aussi inaccessible que son supérieur. Il avait cependant poursuivi l’interrogatoire du prisonnier, sans toutefois obtenir de meilleurs résultats. L’identité réelle de Sorferum restait un mystère, de même que les raisons de sa venue au Nord. La mémoire du Sorcami restait toujours hors de sa portée, et la frustration de Sorferum devenait presque intolérable.

L’homme-saurien ne pouvait cependant que prendre son mal en patience, tout en écoutant les plaintes des Nains qui l’entouraient. Les petits êtres étaient cependant d’une résistance et d’une ténacité peu commune, et malgré leurs lamentations et la douleur qui tenait certains d’entre eux, ils continuaient à avancer. Même si la marche était plus facile pour Sorferum du fait de sa peau épaisse et écailleuse, il ne pouvait qu’admirer la détermination de ses compagnons d’infortune.

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Le seul avantage de la forêt était qu’elle abondait en petit gibier, et le quotidien de l’armée était souvent agrémenté de viande fraîche. Les réserves de bière de l’armée étaient elles aussi importantes, et, malgré le froid, les repas étaient pour les soldats des moments attendus, renforçant leur cohésion, et réduisant ainsi tout risque de rébellion.

Sorferum ne se joignait cependant que rarement à ces moments de convivialité. La plupart des Nains se méfiaient encore de lui et de son apparence reptilienne, et ne lui adressaient que rarement la parole. Midenir était le seul qui semblait avoir véritablement vaincu ses préjugés, mais il était très occupé, et n’avait que peu de temps à consacrer au Sorcami.

L’armée se dirigeait vers le sud-ouest,  et Sorferum, qui avait finalement pu étudier les cartes de la région, savait que leur destination était Orwolia, une ville qui n’était guerre qu’un avant poste de l’empire sur la côte ouest des terres du nord. Le plan d’Orbût Frinir était malin, songea Sorferum. L’empire ne s’attendait sûrement pas à une attaque à l’ouest alors que les Nains avaient débarqué à l’est. La garnison d’Orwolia était probablement très petite et la ville tomberait rapidement, permettant ainsi aux Nains de commencer leur conquête, continuant vers, et coupant les troupes impériales de leurs renforts.

L’armée des Nains dut cependant encore souffrir deux semaines supplémentaires avant qu’un beau jour un éclaireur ne revienne en criant : « Fumée à l’horizon ! ». Enfin, les nains avaient atteint leur objectif. La bataille était proche, le premier combat auquel Sorferum allait participer aux cotés de ses alliés. L’excitation du Sorcami était grande, et il savait qu’elle était partagée par l’ensemble de l’armée, qui allait enfin pouvoir accomplir sa véritable mission.

***

Samel ne s’était jamais senti aussi bien depuis son départ de Setigat. Il redevenait un homme après avoir été une créature des glaces. Un peu de chaleur et un bon repas, et il était prêt à affronter n’importe quoi. La présence de Selea était aussi un facteur qui avait grandement accéléré sa guérison. La bonne humeur de la jeune fille était contagieuse, et Samel se prenait souvent à rire, une sensation qu’il croyait avoir oublié dans sa longue marche vers le Nord.

Deux jours s’étaient écoulé, et le jeune soldat se sentait à présent assez bien pour marcher. Il se promenait donc dès que possible avec Selea, aidant la jeune fille dans son travail tout en bavardant avec elle. La vie était agréable, et la menace de la guerre tellement lointaine, qu’elle n’affectait pas les deux jeunes gens.

Samel savait cependant qu’il devrait bientôt retourner dans son peloton. Il ne pourrait pas faire croire beaucoup plus longtemps à ses supérieurs qu’il était incapable de se battre. La perspective de retourner dans ces affreux baraquement l’horrifiait, mais il n’avait pas le choix. Il avait vu de ses yeux le sort réservé aux déserteurs de l’armée impériale.

Au matin du sixième jour après son arrivée à l’hôpital, Samel entendit les cloches du beffroi de la ville. Il n’y prêta dans un premier temps qu’un intérêt limité, pensant qu’elles indiquaient, comme d’habitude, l’heure. Mais leur tintement persistant lui fit vite se rendre compte qu’il se passait quelque chose d’anormal. Il ne tarda pas à être fixé quant il vit Selea entrer, l’air affolé.

« Nous sommes assiégés ! » cria la jeune fille, les yeux exorbités. « Une armée s’approche d’Orwolia ! »

Instantanément, Samel se leva. Une armée ? Ici à Orwolia ? Il devait voir ce qu’il en était. D’un bond, il enfila sa tunique de légionnaire de l’empire et se dirigea vers la porte de sortie.

Le spectacle qu’il vit le terrifia. Au Nord, une longue bande noire composée d’une multitude de ce qui semblait être des hommes en armes s’approchait de la ville. Le sang de Samel ne fit qu’un tour. Oubliant la haine qu’il ressentait pour ses supérieurs, il se dirigea en courant vers les baraquements. Il était un soldat et son devoir était clair :  il fallait défendre la ville. Selea et tous les autres civils d’Orwolia comptaient sur lui et sur les troupes impériales. Rien d’autre n’avait de sens : il fallait empêcher cette armée, quelle qu’elle soit, de pénétrer dans Orwolia.