Les Nains et l’Empire (1)

Les Nains et l’Empire (1)

Remontons à présent en l’an 1015. A cette époque, 85 ans après la fin de la Guerre des Sorcami, l’Empire de Dûen est maître de Sorcasard. Près de la moitié de la population humaine d’Erûsarden vit et meurt sous l’autorité des Empereurs. Mais l’arrivée de nouveaux immigrants à Sorcasard va venir perturber ce fragile équilibre …  

Douleur ! Une atroce souffrance lui vrillait la tête, à tel point qu’il ne pouvait penser à rien d’autre. Il essaya de parler, mais aucun son ne sortait de ses lèvres. Ses mâchoires refusaient de bouger. Lentement, il tenta d’ouvrir les yeux. Le simple fait de lever ses paupières lui demandait un effort presque surhumain. La lumière éclatante qui vint emplir sa vision augmenta son tourment. C’était comme si sa tête était chauffée a blanc.

Bientôt, cependant, il commença à distinguer des formes troubles dans ce brouillard uniforme. En parallèle, des sons étranges vinrent frapper ses tympans endoloris. Ses sens lui revenaient petit à petit. Au bout de quelques minutes, son ouïe était assez claire pour qu’il puisse distinguer des voix. Les formes devenaient elles aussi plus nettes et avaient une apparence vaguement humaine. Que disaient-elles ? Il n’arrivait pas à comprendre le langage qu’elles utilisaient. Il lui semblait ne l’avoir jamais entendu. Les sonorités gutturales lui étaient totalement étrangères…

L’une des formes se pencha sur lui, et prononça des mots qui lui étaient tout aussi inconnus que le reste. La forme recommença alors dansune autre langue, et à sa grande surprise, il comprit ce qu’elle disait, tout en reconnaissant  qu’il ne s’agissait pas de sa langue natale.

« M’entendez vous ? »

Il ne pouvait toujours pas parler, il acquiesça donc d’un hochement de tête qui relança la douleur. Prenant alors sur lui même, il força les muscles de sa bouche à remuer, et demanda d’une voix rauque :

« Où … suis … je ? »

Sa vision était à présent beaucoup plus nette et il parvenait à distinguer les traits de son interlocuteur. Son aspect était étrange. Il ressemblait à un humain mais en bien plus petit et trapu. Sa barbe noire était très fournie et son regard avait une étincelle étrange, presque féroce. Lorsque l’être parla, cependant, son ton était bien plus curieux qu’agressif.

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« Vous êtes dans un poste de défense avancé, à quelques lieues de la colonie de Leosûmar, que nous avons récemment prise à l’empire. Nous vous avons trouvé par terre à un quart de lieue d’ici. Vous avez apparemment été laissé pour mort…  »

Le petit être marqua une pause, hésitant. Sa curiosité eut apparemment raison de lui, car il finit par demander :

« Etes vous un Sorcami ? »

La question surprit le blessé qui leva son bras pour le regarder. Les écailles vertes recouvrant son avant-bras et ses mains ne laissaient aucun doute quant à sa nature.

« Ou… oui » bégaya t’il.

Il essaya alors de se rappeler ce qui s’était passé avant son réveil. Comment était-il arrivé là ? L’effort fit renaître la douleur mais ne servit à rien. Son esprit était comme un trou noir. Avec horreur il réalisa qu’il ne se rappelait même pas de son nom ni de l’endroit où il vivait. Ses souvenirs lui étaient totalement inaccessibles. Il décida alors d’interroger son interlocuteur. Peut-être cela réveillerait-il sa conscience engourdie.

« Qui … êtes .. vous ? »

L’être le regarda et finit par répondre.

« Mon nom est Midenir Leosûrd, de l’île de Ginûbal. Moi et mes compagnons faisons partie du peuple des Nains. »

Les Nains ? Le blessé n’en avait jamais entendu parler. Mais il ne pouvait pas se fier à sa mémoire. Il essaya de parler à nouveau, mais le douleur le reprit, et il bascula de nouveau dans l’inconscience.

***

Samel contemplait le paysage. Du haut des remparts de Setigat, la vue était féerique. Au Nord, les imposants sommets des Losapic se perdaient dans la brume matinale, comme si Erû lui même avait décidé de les protéger d’un manteau de coton.  Au sud s’étendait le haut plateau d’Armûn, balafré par la route d’Ûnidel. Le plateau était couvert de neige, et sa blancheur avait quelque chose de magique. Setigat, la porte du Nord, était la ville la plus septentrionale de ce plateau, gardant l’accès aux Losapic.

En ce mois de décembre, le froid était mordant, mais cela ne dérangeait pas Samel. Il était né au pied des Losapic, et du haut de ses dix-huit ans, il avait vu plus d’un hiver rigoureux. C’était cependant la première année qu’il passait l’hiver loin de chez lui.

Cette pensée réveilla un soupçon de nostalgie chez le jeune homme. Il s’empressa cependant de le reléguer à l’arrière de ses pensées. C’était la première année de son service militaire, et il devait se montrer fort. Il en avait encore neuf autres à fournir au service de l’Empire.

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Samel appréciait de monter la garde sur les remparts, car c’était l’un des rares moment où il était seul. Le reste du temps était passé à l’entraînement avec les autres appelés de la garnison impériale de Setigat où dans les baraquements surchargés de la caserne.

La tranquillité du jeune homme allait cependant rapidement se terminer, car il entendait déjà le clairon annonçant la relève de la garde. D’ici quelques minutes il devrait descendre rejoindre son peloton pour les exercices matinaux, une perspective qui ne le réjouissait guère.

Mais alors qu’il s’apprêtait à descendre, le clairon retentit de nouveau. Cette fois les notes étaient différentes. Samel mit un moment avant de reconnaître le sens de cette mélodie : il s’agissait d’une mobilisation générale. Toutes les troupes étaient appelées au rassemblement à la caserne. Samel n’avait jamais entendu un tel signal. Que se passait-il donc ? La curiosité envahit les pensées du jeune homme, et c’est avec une excitation croissante qu’il se dirigea vers le centre de la ville.