La Guerre des Sorcami (8)

La Guerre des Sorcami (8)

16 août 925

Ce que je craignais est finalement arrivé. J’ai été réveillé ce matin par des coups sourds résonnant au lointain. J’ai d’abord crû qu’il s’agissait du tanneur du village battant ses peaux (je l’avais entendu plusieurs fois auparavant). J’ai cependant vite reconnu le bruit des canons des mages que je ne connais que trop bien. L’armée de Dûen était aux portes du village où je m’étais réfugié !

Ces dernières devaient déjà avoir cédé car une clameur sourde s’est rapidement faite entendre : cris de douleur et d’agonie qui m’ont rappelé de trop douloureux souvenirs. Souvenirs que j’ai effacé bien vite : je devais agir. Mais que faire : devais-je me rendre aux forces de Dûen ?  Habillé comme je l’étais j’avais une chance sur deux d’être abattu sur le champ. Et même si quelqu’un me reconnaissait, j’étais techniquement un déserteur, passible de mort. J’ignorais pourquoi, mais je pensais aussi à la jeune Loesarka. Je ne pouvais pas la laisser au main des soldats de Dûen : elle serait probablement sauvagement violée avant d’être tuée.

Loesarka avait été comme un rayon de soleil dans mon exil forcé, venant régulièrement m’apporter eau et nourriture. J’attendais ses visites avec impatience tant elles égayaient mes journées. J’avais même réussi à lui apprendre quelques mots de Dûeni. Non, je ne pouvais pas la laisser là.

J’ai donc quitté la réserve de grain qui avait été ma résidence durant une semaine, et je me suis dirigé vers l’endroit ou habitait Loesarka. La jeune fille m’avait indiqué où se trouvait son logement lors d’une de ses visites. Ce n’était pas très loin, mais il fallait que j’y arrive rapidement, et sans être vu ! Ni les Sorcami ni les Dûeni ne m’auraient épargné.

Les bruits de combat se rapprochaient de plus en plus, mais je suis tout de même parvenu à rejoindre la résidence de Loesarka sans rencontrer personne. Il s’agissait d’une simple hutte de terre au pied de la grande pyramide marquant le centre du village. Comme il n’y avait pas de porte, je suis entré sans m’annoncer.

A ma grande surprise, seule la jeune fille se trouvait là, une lame dans la main, prête à se jeter sur moi. Elle s’est cependant arrêté lorsqu’elle m’a reconnu, et s’est mit à dire d’un ton impératif, en Dûeni.

« Toi partir, toi partir! »

A quoi j’ai répondu :

« Pas sans toi ! Suis moi ! »

Je lui ai pris la main sans ménagement, et l’ai forcé à me suivre. Elle m’a au début opposé une certaine résistance mais cela n’a pas duré longtemps. Nous nous sommes dirigés vers le coté du village opposé à la porte : c’était là que les Dûeni iraient en dernier. Nous avons couru jusqu’à atteindre le point ou le cours d’eau traversant le village rencontrait la palissade. Je savais que nous pourrions passer cette dernière en nageant au dessous.

J’ai donc indiqué à Loasarka de s’accrocher à mon cou, supposant qu’elle ne savait pas nager et nous avons plongé ainsi dans l’eau trouble du ruisseau. J’ai plusieurs fois crû que nous allions mourir noyés, mais nous avons fini par atteindre l’extérieur du village. Là nous avons couru le plus loin possible, jusqu’à ce que nous trouvions un petit bosquet où nous réfugier pour la nuit.

C’est là que nous sommes à présent. Loesarka dort paisiblement à coté de moi alors que j’écris ces lignes. Nous formons vraiment un couple misérable : un déserteur et une esclave Sorcami en fuite. Je ne sais pas ce où nous allons aller demain, mais l’important est d’avoir survécu à cette journée. Puisse Erû guider nos pas !