La Guerre des Sorcami (5)

La Guerre des Sorcami (5)

31 juillet 925

Nous avons pénétré au cœur de la péninsule d’Omirelhen. Jour après jour, nous nous rapprochons de la principale ville Sorcami dans cette partie de Sorcasard. Les villages des hommes-sauriens se font de plus en plus nombreux, et nous les soumettons tous de la même manière.

Plus nous avançons en territoire ennemi, plus mon cœur se révolte à l’idée des atrocités que nous commettons. J’y prends heureusement une part moins active. J’ai en effet été affecté à une unité d’éclaireurs qui est chargée de repérer le terrain et la présence d’éventuelles troupes Sorcami devant nous. Je dois dire que l’absence de troupes de défense me surprend fortement. Même si notre armée à l’ouest détourne l’attention des hommes-sauriens, il est étrange qu’ils laissent leurs villages sans aucune défense.

Aujourd’hui l’état major a confié à mon unité la mission de trouver l’emplacement exact de Gaksûrokhos, la capitale Sorcami de cette province. D’après les esclaves humains des Sorcami que nous avons pu capturer (et probablement torturer), la ville se trouve à moins de vingt lieues de notre position, soit deux à trois jours de marche. Les Sorcami ne construisant cependant que très peu de routes, un repérage est nécessaire. Nous avons aussi pour objectif de détecter la présence de troupes ennemies. Nous partons à dix, sous les ordres du capitaine Thûneral, un jeune officier qui nous a rejoint après la bataille des gorges de l’Omirin.

Je dois avouer que je n’aime pas trop cet officier, qui est un peu trop zélé  à mon gout. Il manque aussi cruellement d’expérience et il nous arrive souvent de lui rappeler les règles de bon sens de la reconnaissance : rester invisible à l’ennemi et ne pas entrer en contact direct avec lui. J’espère que cette mission se passera bien…

2 août 925

Je suis à présent seul, avec pour unique compagnon ce carnet de voyage qui m’a suivi depuis notre arrivée à Omirelhen. Notre mission de reconnaissance à très mal tourné. Nous avons marché vers le nord ouest toute la journée d’hier sans rencontrer âme qui vive. Hier soir, nous commencions d’ailleurs à nous demander si les renseignements que nous avions reçu sur la présence de la capitale Sorcami n’étaient pas faux.

Lorsque nous sommes repartis ce matin, un épais brouillard glacé couvrait la plaine, nous bouchant la vue. J’aurais préférer attendre que le temps soit plus dégagé avant de reprendre la route, mais le capitaine Thûneral en avait décidé autrement.

Au bout de deux heures de marche, la brume ne s’était toujours pas dissipée, et je commençais à sérieusement m’inquiéter. Je n’étais pas sûr que le capitaine savait réellement où nous allions. C’est alors que j’ai commencé à distinguer de vagues mouvements dans le brouillard. Soudain, sans avertissement aucun, un groupe de guerriers Sorcami s’est jeté sur nous. Les hommes-sauriens devaient s’être caché parmi les buissons qui couvraient la plaine, et nous avaient probablement repéré à l’odeur.

C’était la première fois que je voyais des combattants Sorcami de près et je dois dire qu’ils sont extrêmement impressionnants. Ils sont bien plus grands qu’un humain moyen et leurs peintures de guerres renforcent l’aspect féroce de leur tête reptilienne. Je n’ai cependant pas eu le temps de m’attarder sur leur apparence : par réflexe, j’ai pointé ma lance sur le plus proche de ces ennemis, l’embrochant alors qu’il s’apprêtait à se jeter sur moi. Ma lance fichée dans cet hommes-saurien, il ne me restait plus que mon épée pour me défendre. A coté de moi, mes compagnons avaient eu moins de chance : le capitaine avait eu la tête coupée d’un coup de hache puissante et mes autres compagnons semblaient tous sur le point de perdre  la vie.

Dans un moment de clairvoyance ou de lâcheté, j’ai alors décidé de fuir pour survivre. Je n’ai pas pu résister à cette impulsion, même si techniquement cela faisait de moi un déserteur, passible de la peine de mort selon les lois de l’empire. Lâchant es armes,J’ai donc couru à toute vitesse pendant près de deux heures, jusqu’à ce que mon corps fatigué me force à m’arrêter. Là, je me suis allongé dans l’herbe froide et j’ai dormi d’un sommeil sans rêves.

Je ne sais pas combien de temps cela a duré mais lorsque je me suis réveillé mon premier réflexe a été de continuer à marcher pour me soustraire à la vue des Sorcami. Mes jambes endolories m’ont donc porté jusqu’à un groupe de rochers ou je me suis caché…

Je profite à présent des dernières lueurs du jour pour coucher ces mésaventures par écrit. Me voilà seul, perdu en plein territoire ennemi, sans nourriture et sans eau. Je ne me fais pas beaucoup d’illusions quant à mes chances de survie. D’ailleurs même si par miracle je parvenais à rejoindre l’armée d’Omirelhen, il me faudra tout de même expliquer pourquoi j’ai fui. Je vais tout de même essayer de dormir un peu. Tout sera peut-être plus clair demain matin…