La Guerre des Sorcami (3)

La Guerre des Sorcami (3)

10 juillet 925

Je remercie Erû d’avoir épargné ma vie pour me permettre de coucher par écrit les événements d’aujourd’hui. Pour la première fois depuis notre arrivée à Omirelhen, nous avons affronté les Sorcami. Je devrais d’ailleurs plutôt dire que nous nous sommes fait massacrer par les hommes-sauriens.

Mais il vaut mieux que je reprenne tout depuis le début. Après avoir continué notre marche le long de la rivière Omirin, nous avons fini par rencontrer une région de hauts plateaux. Nos généraux, et nous à leur suite, s’y sont engouffrés sans hésitation, suivant la vallée creusée par la rivière. Entourés de toute parts par de hautes falaises, nous avons dû étirer notre colonne, offrant ainsi une cible facile a des ennemis éventuels.

Il ne faut pas être grand stratège pour deviner le danger qui nous guettait, mais apparemment cela n’a pas gêné notre état major qui a continué à avancer dans sa détermination aveugle. Et ce qui devait arriver s’est inéluctablement produit. Alors que nous franchissions un passage très étroit où nous ne pouvions pas tenir à plus de trois de front, j’ai entendu des cris derrière moi. Me retournant quasiment instantanément j’ai constaté qu’une grande confusion régnait à l’arrière de la colonne. Ce n’est cependant que lorsque j’ai vu un homme tomber à quelques pas de moi, une lance fichée dans la poitrine que j’ai réalisé que nous étions attaqués.

Les Sorcami étaient à peine visibles, profitant du relief pour nous bombarder et se cacher immédiatement afin d’éviter une riposte éventuelle. On devinait cependant leurs formes en haut de la falaise,  sombres messagers de la mort qui nous guettait. Les projectiles, flèches et lances, fusaient sans interruption, décimant nos rangs.

Comme la plupart de mes compagnons, j’ai cherché à me protéger en portant mon bouclier au dessus de ma tête. En l’absence d’ordre des officiers, nous ne savions que faire et nous avons commencé à nous éparpiller en grand désordre. Autour de moi, de nombreux hommes étaient à terre, certains ne bougeant plus et d’autres hurlant de douleur. La scène était d’une horreur absolue, renforcée par l’odeur âcre et omniprésente du sang.

Puis soudainement, après près de vingt minutes de combat, l’attaque des Sorcami a cessé. J’ai appris plus tard que l’un des bataillons se trouvant à l’avant de la colonne avait réussi à trouver un chemin vers le haut de la falaise. A leur arrivée, les Sorcami avaient fui, sachant qu’ils avaient perdu l’effet de surprise.

Il ne nous restait plus qu’à nous retirer à notre tour, pour enterrer nos morts et soigner nos blessés. J’ai appris plus tard qu’en un seul assaut nous avions perdu deux mille hommes sur les cinq mille que nous étions. L’une de ces victimes est le capitaine Thidel, dont le crâne a été broyé par l’une des pierres jetée par les Sorcami.

Mon premier combat contre les Sorcami n’a pas été le glorieux assaut auquel je m’attendais. Parmi mes compagnons, certains se demandent même si nous pourrons continuer la capagne dans ces conditions. Il est certain qu’une autre embuscade comme celle ci nous serait fatale…