Hînkon ardayn – Epilogue

Hînkon ardayn – Epilogue

L’esprit encore plein des mots de Liri’a, Wicdel referma le livre. Le jeune homme resta pendant un long moment plongé dans une profonde réflexion. Ethwinok l’observait attentivement. Maychiri, toujours posté près de l’entrée du mausolée, se demandait ce qu’il se passait.

La première chose qui avait frappé Wicdel à la lecture de ces pages était l’esprit visionnaire du Sorkokia et de Liri’a. En effet, moins de deux ans après l’écriture d’Hînkon ardayn, l’armada de l’empire de Dûen avait débarqué sur les côtes de Niûsanif. Ainsi avait commencé la Guerre des Sorcami, qui avait permis aux hommes de l’Empire de conquérir Sorcasard, ne laissant aux hommes-sauriens que leur fief de Sorcamien. Les plus sombres prédictions du Sorkokia Thûldos s’étaient donc réalisées, et Wicdel se doutait qu’il avait dû périr lors des sanglants combats qui avaient déchiré Sorcasard.

Il était difficile de deviner ce qu’il avait pu advenir de Liri’a. Si elle était retournée parmi les hommes, les Dûeni l’auraient probablement considérée comme traitresse et exécutée. Mais les Sorcami non plus ne devaient pas voir sa présence d’un bon œil : elle représentait la race qui les avait exterminé. Wicdel soupçonnait que Liri’a avait du se réfugier dans les régions les plus reculées de Sorcamien, à l’abri de tous, là où elle avait laissé son livre. Un bien triste sort pour celle qui avait tenté, à ses risques et périls, d’unir hommes et Sorcami.

L’héritage de la jeune fille restait, cependant, et les merveilles qu’il avait devant les yeux étaient la preuve qu’elle n’avait pas totalement échoué. Wicdel avait maintenant la lourde responsabilité de décider quoi faire de ce trésor. Le choix ne lui fût pas difficile. Se tournant vers Ethwinok, il demanda :

« Chef Ethwinok, quel était le nom du père de votre père ? »

Le Sorcami sembla surpris de cette question, mais répondit sans hésitation :

« Son nom était Strorokh, shaman du clan d’Inokos. »

Cela correspondait parfaitement avec ce que Wicdel venait de lire. Il n’y avait donc plus d’hésitation à avoir. Bien que ce choix fût difficile pour lui et Maychiri, il se devait de respecter les dernières volontés de Liri’a.

« Vous êtes donc le chef des derniers représentants du peuple Sorcami à Niûsanif. Tout ce que contient ce coffre revient de droit à votre peuple, et je ne puis le garder pour moi. Je pensais pouvoir rapporter avec moi le trésor de Liri’a, mais ses mots sont clairs : ces biens ne lui appartenaient pas : ils appartenaient au Sorkokia de Sorkhoroa et sont donc la propriété du peuple Sorcami. »

Ethwinok mit un certain temps à digérer les paroles de Wicdel. Puis, soudainement, il s’inclina profondément devant le jeune homme.

« Liri’a d’Amilcamar était l’alliée des Sorcami, et elle a, par delà les âges, bien choisi son héritier. Je suis fier, homme-Wicdel, de pouvoir t’appeler ami. Le peuple d’Inokos saura faire bon usage du trésor du Sorkokia. Ma première décision sera de t’en remettre une partie afin que tu puisses rentrer chez toi avec honneur. Le livre de Liri’a est, quant à lui, ta propriété légitime. J’espère que tu sauras en faire bon usage et que ce que tu as accompli ici permettra un jour aux humains et aux Sorcami de mieux se comprendre. »

Ce fut au tour de Wicdel de s’incliner. Il médita pendant longtemps les paroles d’Ethwinok, alors que les trois compagnons prenaient le chemin du retour, chargés de leur lourd fardeau.

***

Wicdel s’inclina dans son fauteuil en bois. Le souvenir de sa chasse au trésor à Niûsanif l’emplissait d’agréables pensées. Cela faisait maintenant plus de trente ans qu’il était rentré à Dûen, et, même si sa vie à Pamibrûg était agréable et sans surprises, il aimait à se rappeler ses aventures passées.

Le vieil homme se demandait à présent si Ethwinok était toujours vivant, et ce que les Sorcami d’Inokos avaient fait du trésor. Il avait, pour sa part, gardé précieusement ce que le shaman lui avait confié, et Hînkon ardayn était bien à l’abri dans un de ses coffres. Un jour, il le lirait aux jeunes gens de Pamibrûg, qui peut-être comprendraient que les Sorcami n’étaient pas les monstres de la propagande impériale.

63

Il commençait à se faire tard quand le vieil homme entendit frapper à sa porte. Il savait que ce ne pouvait être que le jeune Leotel qui venait lui rendre visite. Visite intéressée, bien sûr, car Wicdel savait qu’il réclamerait une histoire. Le jeune garçon lui rappelait ce qu’il avait été à son âge, un être avide d’aventure et de légendes. Wicdel appréciait beaucoup de lui conter ses histoires, et il savait que Leotel serait un jour le mieux à même de comprendre le message d’Hînkon ardayn.

C’est donc avec un petit sourire de satisfaction que le vieil homme ouvrit sa porte à son visiteur :

« Ah bonjour mon garçon ! Entre donc, je suis sûr que tu dois être fatigué. Les vendanges ont commencé, non ? »