Hînkon ardayn (8)

Hînkon ardayn (8)

Résumé des chapitres précédents : A la poursuite d’un trésor mentionné dans le livre Hînkon ardayn, le jeune Wicdel et son guide Maychiri se sont enfoncés dans la forêt d’Oniros. Là  ils ont été capturés par des hommes-sauriens qui les ont amené à leur village. Le chef de ces derniers, un dénommé Ethwinok, interroge à présent Wicdel sur Hînkon ardayn.

Contrairement à ce que son aspect extérieur laissait à penser, la hutte du chef Ethwinok était richement décorée. Des tapisseries pendaient au mur, représentant des scènes quotidiennes de la vie des Sorcami. Malgré son expédition dans la jungle de Sorcamien, c’était la première fois que Wicdel était en contact direct avec la culture Sorcami, et ces derniers étaient loin d’être les bêtes qu’il avait imaginées.

« Homme-Wicdel, dit Ethwinok. Si tu es vraiment l’héritier de Liri’a, alors tu sauras déchiffrer son testament. »

Le Sorcami tenait à la main une étoffe de soie rouge, recouvrant un objet de forme circulaire. Il ouvrit l’étoffe, laissant apparaître un médaillon de terre cuite, recouvert d’inscriptions runiques.

liriacipher L’objet piqua immédiatement la curiosité de Wicdel. La première ligne de texte du médaillon était le nom de Liri’a, mais tout le reste était indéchiffrable, une suite de runes sans queue ni tête. Au centre se trouvait une reproduction de la cote de Niûsanif, un cercle indiquant la forêt d’Oniros. Après avoir observé le médaillon un long moment, Wicdel finit par demander :

« Quel est cet objet, Ethwinok ? »

Le Sorcami arbora de nouveau son expression indéchiffrable, mais finit par expliquer :

« Lorsque Liri’a a quitté nos terres, elle nous a laissé ceci, en nous expliquant que ce médaillon représentait la clé des trésors qu’elle avait cachés, et que seul son héritier serait capable de l’utiliser. Si tu es vraiment digne de suivre les traces de Liri’a, tu dois pouvoir saisir le sens de ce médaillon. Sinon c’est que tu m’as menti. »

Le ton du Sorcami ne laissait aucun doute sur le sort qu’il réservait à Wicdel si celui-ci se trouvait incapable de prouver sa bonne foi. Le jeune homme essaya toutefois de faire abstraction de cette menace pour se concentrer sur l’énigme qui lui était posée. La seule explication logique à l’existence du médaillon était qu’il s’agissait d’une carte, invalidant probablement celle qui se trouvait au dos d’Hînkon ardayn. La carte du livre était sans doute un leurre, conçu par Liri’a pour détourner les pillards de sa cachette. Il était donc doublement vital que Wicdel déchiffre ce médaillon : il devait sauver son existence et sa quête. Le jeune homme demanda au Sorcami :

« Avez-vous de quoi écrire ? »

Sans un mot, le Sorcami tendit a Wicdel un stylet en bois et une tablette d’argile mou. Ce dernier s’en empara et se mit à recopier frénétiquement les symboles du médaillon.

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La première chose qui le frappa était seuls deux des symboles étaient des chiffres. Il s’agissait du chiffre sept (un L inversé), présent à deux endroits dans le message. Il s’agissait sûrement d’un indice, et Wicdel devait en percer la signification.

« Le chiffre sept représente-t-il quelque chose de particulier pour vous ? demanda-t-il au Sorcami. »

Le Sorcami sembla surpris par l’ignorance de Wicdel.

« Bien sûr. Le sept est le pilier de notre culture. Il représente les sept patriarches des clans Sorcami, ceux qui ont permis à notre peuple de se soulever contre les mages. Par extension, le sept représente les sept contrées de notre royaume : le désert, l’ouest, la mer, les plaines, la montagne, la jungle, et la ville. Il est présent sur presque toutes nos œuvres artistiques, de cette simple étoffe aux fresques de Sorcakin. »

La présence du sept n’était donc clairement pas un hasard. Liri’a avait longtemps baigné dans la culture Sorcami, et le sens profond de ce chiffre n’avait pas pu lui échapper. Le gardant en tête, Wicdel se concentra sur le texte se trouvant au centre du médaillon, en dessous du nom de son auteur.

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Il ne lui fallut pas longtemps pour réaliser que les lettres de ce mot étaient présentes dans le texte entourant le médaillon, espacées de sept en sept, à commencer par la quatorzième lettre du texte. Encore sept ! C’était de nouveau un signe que la clé du texte devait être basée sur ce chiffre.

Wicdel commença à griffonner sur sa tablette, essayant différentes combinaisons des lettres basées sur le chiffre sept. Ethwinok l’observait, impassible.

Pendant près d’une demi heure, Wicdel essaya toutes sortes de méthodes pour changer le texte, rajoutant ou retranchant sept à chaque lettre, ajoutant les lettres du texte central … Le jeune homme commençait à désespérer quand lui vint une idée : commençant par la septième lettre du texte, il souligna les lettres de sept en sept, obtenant l’inscription suivante :

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faüloayl li

Le mot faüloayl signifiait « suivez » (ou suis) en Sorûeni, et Wicdel réalisa qu’il était sur la bonne piste. Son excitation était à son comble. Il recommença alors l’opération, débutant cette fois avec la première lettre du texte. Il inscrivit alors les lettres suivantes :

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tînchui pa

Combiné avec ce qu’il avait trouvé auparavant, cela donnait « Faüloayl litînchui pa », qui se traduisait en « Suivez le sentier de la lumière. »  Wicdel n’en revenait pas : il avait trouvé la clé du cryptogramme de Liri’a. Répétant l’opération à partir de la deuxième lettre du texte, puis de la troisième, etc. il finit par obtenir le texte suivant :

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faüloayl litînchui pat
in shatachui blaün
naypayl wathayn taürc
ches ithayl nîan

Texte qui pouvait se traduire en :

Suis le sentier de la lumière
Dans la forêt de l’ombre
Ouvre les portes de la caverne
Le trésor est dans la tombe

C’était un texte assez cryptique, et il restait à l’interpréter, mais il constituait un premier pas dans la lecture de cette carte. Et maintenant que Wicdel avait déchiffré le médaillon de Liri’a, peut-être qu’Ethwinok pourrait l’aider. Le but de Wicdel était proche, il le sentait de toute son âme !