Hînkon ardayn (7)

Hînkon ardayn (7)

Résumé des chapitres précédents : A la poursuite d’un trésor mentionné dans le livre Hînkon ardayn, le jeune Wicdel et son guide Maychiri se sont enfoncés dans la forêt d’Oniros. Là  ils ont été capturés par des hommes-sauriens qui les ont amené à leur village. Le chef de ces derniers interroge à présent Wicdel sur Hînkon ardayn. Nous poursuivons par ailleurs la lecture de ce dernier, le récit, écrit plus de trois siècles auparavant, de la vie d’une jeune femme nommée Liri’a. Celle-ci se retrouve à bord de l’Amatshîme, un navire d’exploration se dirigeant vers l’ouest. Elle est à présent devenue l’aide du capitaine de ce navire, Censam Frisûn.

Le Sorcami avait un accent sifflant, et Wicdel ne put s’empêcher de sursauter à ses paroles. Le jeune homme n’avait que peu d’options. Il se doutait que le Sorcami n’apprécierait guère la vérité, à savoir qu’il avait trouvé Hînkon ardayn caché  près d’un temple Sorcami dans la jungle de Sorcamien. Malgré tout, l’homme Saurien semblait connaître le livre, et lui mentir risquait probablement d’être difficile, voire très risqué. C’est donc d’une voix rauque, la gorge sèche, que Wicdel expliqua, en Sorûeni :

« J’ai trouvé ce livre dans la jungle de Sorcamien, près des Sordepic, lors d’une expédition à laquelle j’ai participé. C’est un livre écrit par une humaine, et j’ai pensé qu’il devait nous revenir. »

L’expression du chef Sorcami était à présent indéchiffrable. Le visage des hommes sauriens exprimait les émotions différemment de celui des humains, et il était très difficile d’interpréter leur langage corporel. Après un long moment, le Sorcami se mit à parler.

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« Le nom de Liri’a est sacré pour nous, les Sorklath d’Inokos. Avant de quitter notre peuple, elle nous a dit qu’un jour quelqu’un viendrait avec son livre et que nous devions aider cette personne à retrouver les trésors perdus de notre peuple. Es-tu l’envoyé de Liri’a ? »

Wicdel n’en revenait pas. Mais il commençait à présent à comprendre qui étaient ces Sorcami et ce qu’ils faisaient en territoire humain. Cela faisait probablement trois siècles qu’ils devaient attendre sa venue. Wicdel n’avait à présent d’autre choix que de mentir, ne serait-ce que pour sauver sa vie et celle de Maychiri, toujours inconscient. Il commençait d’ailleurs à soupçonner que ce qui lui arrivait à présent avait été plus ou moins prévu par Liri’a.

« Oui, je suis l’héritier de Liri’a, et je suis venu réclamer mon dû. Détachez-moi, à présent ! »

Wicdel avait pris son ton le plus autoritaire, espérant impressionner son interlocuteur. Ce dernier observait Wicdel avec suspicion, mais il finit par faire signe à ses hommes de le libérer.

Wicdel se remit péniblement debout, et s’inclina alors devant son hôte.

« Merci à toi, dit il au Sorcami. Puis-je connaître ton nom ? »

« Je suis Ethwinok, shaman du clan d’Inokos et gardien du savoir. Et toi humain, quel est ton nom ? »

« Je m’appelle Wicdel, et mon jeune guide, ici présent, se nomme Maychiri. Merci de ta magnanimité, Ethwinok. »

Le Sorcami sembla apprécier ces paroles, et fit signe à Wicdel de le suivre.

« Viens avec moi, homme-Wicdel, nous avons à parler. »

***

L’honneur qui m’avait été fait par la capitaine Frisûn m’a permis de voyager bien plus agréablement qu’un simple matelot. J’avais à présent ma propre cabine, un luxe que peu pouvaient se permettre, même à bord d’un navire aussi grand que l’Amatshîme. Mon travail était aussi bien moins fatiguant, et me laissant beaucoup de temps libre, que j’utilisais à observer l’horizon, debout à la vigie, plus proche du ciel que je ne l’ai jamais été.

Je passais pratiquement toutes mes soirées avec le capitaine Frisûn, lui tenant compagnie, et l’aidant à la gestion du navire. Bientôt d’ailleurs, ma curiosité à propos de cet homme était devenue plus forte que ma timidité, et un soir, je n’ai pu m’empêcher de lui demander :

« Capitaine, qu’est-ce qui vous a poussé à monter cette expédition vers l’ouest ? »

Le capitaine m’a observée un long  moment avant de répondre.

« Ah Liri’a, c’est une question complexe, et je ne sais pas si je pourrais vraiment te répondre. Mais pour faire court, disons que c’est la curiosité qui m’a poussé à partir. Depuis ma plus tendre enfance, j’ai entendu de nombreuses légendes concernant une terre à l’ouest de Lanerbal, qui contiendrait toutes les richesses de nos ancêtres, les hommes de l’empire des Anciens, l’empire de Blûnen. J’ai toujours été fasciné par ces histoires, et les interdits qui s’y rattachaient n’ont fait que renforcer ma soif de savoir. »

« Interdits ? quels interdits ? » ai-je demandé.

« Et bien comme toute bonne histoire de trésor, il semblerait que celui des anciens soit protégé par des monstres : des êtres à moitié humains à moitié reptiliens qui ont volé le trésor à nos ancêtres et nous en ont interdit l’accès. Je n’attache cependant que peu de crédibilité à ces récits, qui sont plus probablement une tentative de découragement de la part des mages de Dafashûn qu’autre chose. Toujours est-il que j’ai toujours voulu vérifier par moi-même la véracité de toutes ces légendes, et la perspective de toutes ces richesses est très attirante. Aussi lorsque j’ai pu monter cette expédition, J’ai sauté sur l’occasion. »

Je n’ai pas réussi à en tirer plus du capitaine ce soir là. D’ailleurs, au fur et à mesure que les jours s’écoulaient, je sentais son enthousiasme s’émousser. L’équipage devenait lui aussi de plus en plus nerveux, et de nombreux conflits éclataient entre les matelots et les officiers. Cela faisait maintenant plus d’un mois que nous étions partis, et toujours pas de terre à l’horizon.

Plusieurs soirs, j’ai entendu le capitaine discuter bruyamment avec son second qui souhaitait faire demi-tour. Je savais qu’il craignait une mutinerie. Un soir il m’a même confié ses pensées les plus sombres.

« Tu sais Liri’a, si nous ne trouvons pas la terre avant la fin de la semaine, je serai forcé de faire demi-tour, et cette expédition aura été un échec. »

La seule chose que j’ai pu répondre à cet aveu de faiblesse étaient ces quelques paroles d’encouragement.

« Ne vous inquiétez pas, capitaine, je suis sûre que nous trouverons bientôt la terre des anciens. »

« J’espère que tu as raison, m’a-t-il répondu, l’air triste. »

Le lendemain, j’étais de nouveau à la vigie, respirant la brise marine. Alors que je scrutais l’horizon, j’ai commencé à entendre des bruits étranges. Au dessus de moi, des mouettes s’étaient mises à tourner , lançant leurs cris stridents. J’étais surprise et intriguée, les mouettes étant des oiseaux nichant normalement près des côtes.

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C’est à ce moment que j’ai distingué une fine ligne noire se détachant au lointain. Abasourdie, j’ai mis un moment avant de réaliser de quoi il s’agissait. Mais bientôt la nature de ce que j’observais est devenue indubitable. Envahie par une joie indescriptible, j’ai crié de toute la force de me poumons :

« Terre !  »