Hînkon ardayn (4)

Hînkon ardayn (4)

La nuit de Wicdel avait été agitée. Ils n’étaient qu’à la lisière de la forêt d’Oniros, mais déjà des bruits étranges et inquiétants se faisaient entendre. La forêt   rappelait vaguement au jeune homme la jungle de Sorcamien, et c’était un souvenir sur lequel il n’aimait pas s’attarder. Maychiri semblait quant à lui avoir bien dormi, et il affichait toujours le même entrain.

Après un frugal petit déjeuner, les deux compagnons s’enfoncèrent sur le sombre chemin qui s’offrait à eux. Wicdel s’en remettait totalement à Maychiri. Il lui avait montré où dans la forêt il souhaitait aller et le jeune garçon avait lui même choisi les sentiers qu’ils devraient emprunter. Ce que Wicdel avait omis de dire à son guide, cependant, c’était que ce qu’il lui avait indiqué  comme destination n’était en fait qu’un point de départ. A partir de cet endroit, ils devraient s’enfoncer plus avant dans la forêt en suivant les indications inscrites sur la dernière page d’Hînkon ardayn.

La forêt se faisait de plus en plus dense au fur et à mesure qu’ils avançaient, et il devint bientôt difficile de distinguer le ciel. Le bruit du vent dans les feuilles et des petits animaux de la forêt était omniprésent. Parfois, Wicdel pouvait aussi distinguer des sons étranges qui le faisaient sursauter. Il s’en inquiéta auprès de son jeune guide, lui demandant s’il savait de quoi il s’agissait. Maychiri se contenta de prendre un air mystérieux pour répondre :

« Ça être esprits de la forêt. Eux pas dangereux si nous rester sur chemin. Toi pas t’éloigner. »

Wicdel n’arriva pas a en tirer plus de son guide. Des esprits de la forêt ?  Wicdel avait assez voyagé pour savoir que ces termes cachaient souvent quelque légende ou conte de bonne femme et rarement un danger réel. La forêt d’Oniros était cependant très ancienne, et Erû seul savait quels monstres datant de l’époque des Sorcami s’y trouvaient encore.

Malgré la densité de la végétation, les deux explorateurs avançaient  à bonne allure, et ils avaient parcouru quatre lieues lorsqu’ils s’arrêtèrent pour déjeuner. Alors qu’ils commençaient leur repas, un grand fracas se fit entendre. Pour la première fois depuis leur départ, Wicdel vit Maychiri prendre un air inquiet. Le jeune garçon se saisit d’un bout de bois se trouvant non loin de lui et se mit à observer de tous les cotés. Instantanément, Wicdel se mit sur le qui-vive et dégaina la machette dont il ne se séparait jamais.

« Toi rester ici, dit Maychiri. Moi aller voir. »

Le jeune garçon disparut alors d’un bond dans l’épaisse verdure, laissant Wicdel seul face à ses inquiétudes. Le jeune homme ne put s’empêcher de penser à Liri’a, et ce qu’elle aurait fait dans pareille situation…

***

 La vie de marin est bien plus dure que celle d’un docker, et je m’en suis rapidement rendue compte. Le travail était physiquement intense, et les temps de repos bien trop court, les quarts ne dépassant jamais six heures d’affilée. La promiscuité était de plus omniprésente et je devais déployer des ruses de plus en plus osées pour cacher ma véritable identité. Même lorsque je pouvais enfin me reposer, le tangage et le roulis du hamac rendaient mon sommeil difficile, sans parler de l’odeur infâme qui régnait sur les ponts inférieurs.

Les seuls moment où je me sentais vraiment bien était lorsque j’étais affectée à la vigie. Je montais alors aux échelles de corde jusqu’au sommet du grand mât et je n’avais rien d’autre à faire qu’à observer la mer. C’était un moment magique, la brise marine emplissant mes poumons de son parfum iodé. L’océan intérieur s’étendait à perte de vue, et après trois jours de navigation on ne distinguait plus aucune trace des côtes de Sanif…

Durant les dix premiers jours de la traversée, la mer a été très calme, et le moral de l’équipage était lui aussi au beau fixe. Mais au onzième jour, le ciel a commencé à s’obscurcir à  l’ouest, et l’inquiétude commençait à s’afficher sur le visage des plus expérimentés. Nous n’avions pas encore dépassé la longitude de l’île de Lanerbal et nous trouvions encore en eaux connues, mais aucun marin n’aime la tempête.

Bientôt nous avons commencé à sentir les vents se renforcer, accompagnés des premières gouttes de pluie. Puis en quelques dizaines de minutes,  nous nous sommes retrouvés dans la tourmente. Le vent et la pluie, bien plus puissant que tout ce que j’avais pu connaitre, nous cinglaient le visage, mêlés aux embruns apportés par les gigantesques vagues. L’Amatshîme tanguait dangereusement et ses mâts craquaient en un bruit infernal. Les gabiers étaient dans les voiles, les tenant pour éviter qu’elles ne redescendent.

storm

Les matelots du pont,  dont je faisait partie, avaient pour mission de s’accrocher à tous les cordages possibles afin qu’ils ne cèdent pas. Nous n’y voyions pas grand chose mais nous faisions tout ce que nous pouvions pour rester en vie.

C’est alors que, au plus fort de la tempête, une bourrasque a arraché ma chemise mouillée, l’envoyant par dessus bord et exposant aux yeux de tous ma féminité. Je n’avais aucun moyen de me cacher et j’ai vu les yeux du quartier-maître s’écarquiller tout grand à ma vue. La tempête le maintenait trop occupé pour s’occuper de moi pour le moment mais je me doutais qu’il n’oublierai pas ce qu’il avait vu. Qu’allait-il donc advenir de moi ?