Hînkon ardayn (17)

Hînkon ardayn (17)

Tous les Sorcami et humains de la cour du Sorkokia me regardaient d’un air mauvais. Je pouvais presque lire dans leur pensées : « Qui était cette étrangère qui avait réussi à gagner la confiance du Sorkokia au point qu’il lui demande conseil ? ». Le Sorcami qui m’était le plus hostile était clairement Riûkhlos, qui m’avait interrogée en premier lors de mon arrivée à Sorkhoroa. Il était le commandant en chef de l’armée du Sorkokia et son principal conseiller militaire. C’était sûrement lui qui avait conseillé l’assaut à son souverain, ce qui en faisait mon principal « adversaire ». Il s’agissait donc pour moi d’être plus convaincante que lui. Prenant mon courage à deux mains, j’ai donc commencé mon plaidoyer :

« Ô noble Sorkokia, je ne pense pas que la destruction de mes compagnons soit la meilleure solution à votre problème. Comme vous l’avez dit, j’ai voyagé avec eux et je connais leurs motivations. Je ne vous mentirai pas en disant que leurs intentions sont entièrement désintéressées. Ces hommes, et notamment leur capitaine, Censam Frisûn, sont partis à l’aventure dans l’espoir de récolter gloire et richesse. Mais la force n’est pas le seul moyen d’atteindre cet objectif : si vous les amenez à voir la splendeur de cette ville, je suis sûre qu’ils seront prêt à commercer avec vous. Nos deux peuples ont beaucoup à échanger, et peut-être est-il temps de combler le fossé qui nous sépare. »

Je n’étais pas mécontente de mon petit discours. Je sentais qu’il avait fait impression, laissant le Sorkokia dans une profonde réflexion. Du moins jusqu’à ce que Riûkhlos prenne la parole.

« Ce que propose cette humaine n’est pas conforme à nos lois, maître. Le traité de Dûngenkin est formel : le châtiment pour les humains de l’est venant sur nos terres est la mort. Cette loi est sans équivoque. Nous devons l’appliquer. Et, personnellement je ne crois pas un mot de ce que raconte cette enfant ! Même si les hommes de l’orient commencent par commercer avec nous tant qu’ils se sentent en infériorité numérique, il ne faudra pas longtemps avant qu’ils jalousent nos richesses. Alors ils nous attaqueront pour prendre ce dont ils ont envie. C’est toujours ainsi qu’ils ont procédé, et c’est la raison profonde du traité de Dûngenkin. Laissez moi donc leur apprendre la valeur de cette loi ! »

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Le Sorcami avait parlé avec véhémence, et son ton trahissait la haine qu’il avait des humains. Il me restait cependant un dernier argument pour plaider ma cause :

« Il y a fort à a parier que l’expédition qui s’approche d’ici ne représente pas l’intégralité des hommes qui ont pris la mer avec moi. Si vous les attaquez, ceux qui sont restés en arrière sauront forcément que quelque chose de dangereux a mis fin à la vie de leur compagnons. Leur réaction pourrait alors bien être l’inverse de ce que vous escomptez. Plutôt que de les inciter à ne jamais reposer les pieds sur ces terres, ils pourraient décider, par esprit de revanche, de revenir en force avec l’appui de nos souverains.  Et alors ce serait la guerre, ce qui n’est souhaitable pour aucun d’entre nous. »

A ma grande surprise, Riûkhlos n’a pas répondu et s’est contenté de sortir de la salle d’audience à grand pas. Je m’étonnais quelque peu de ce manque de respect envers son souverain, mais je n’ai pas eu le temps de m’attarder sur ce fait, car le Sorkokia avait repris la parole.

« Ton dernier argument est le même que celui que j’ai opposé à Riûkhlos. Cela me conforte donc dans ma décision. J’ai décidé de t’envoyer, en compagnie de Lyotus, pour négocier avec tes compagnons les termes d’un traité nous permettant de vivre en bonne intelligence. Tu pars dans l’heure, Liri’a d’Amilcamar. »

Ces paroles avaient clairement valeur d’ordre. Je suis donc sortie de la salle sans mot dire. Ogirak m’a accompagnée jusqu’aux portes de la ville où m’attendait Lyotus. Je n’en revenait pas ! Après deux ans de « captivité » j’allais revoir mes compagnons de voyage.

***

Wicdel commençait déjà à s’approcher de la tombe, mais Ethwinok le retint.

« Un peu de prudence, homme-Wicdel. Il y a peut-être encore des pièges  protégeant ce que tu cherches. »

Le jeune homme, se remémorant l’épisode du monstre de métal, s’arrêta net. Il valait effectivement mieux avancer avec circonspection. Il prit donc le temps d’observer attentivement la grande salle où il se trouvait. Le sol était recouvert de motifs étranges dont certains luisaient faiblement. Méfiant, Wicdel posa doucement le pied sur l’un des motifs non illuminés. Instantanément, un trait de lumière vint frapper la pierre, laissant une marque noire à l’endroit où le pied du jeune homme s’était trouvé un moment auparavant. Wicdel salua intérieurement la prudence d’Ethwinok. S’il avait continué sur sa lancée, il se serait fait transpercer de part en part par ce rayon.

Comprenant alors le véritable sens de la phrase de Liri’a « Suis le sentier lumineux », le jeune posa le pied sur l’un des motifs lumineux. Et bien sûr, aucun rayon ne vint le frapper. Il progressa alors rapidement, passant d’un motif lumineux à l’autre jusqu’à se retrouver au centre de la salle, tout près de la tombe. Mais là, une dernière surprise l’attendait…