Hînkon ardayn (16)

Hînkon ardayn (16)

Le monstre de métal avait, malgré la terreur qu’il inspirait, piqué la curiosité de Wicdel. L’être n’était en effet mentionné nulle part dans les écrits de Liri’a. Il s’agissait très vraisemblablement d’une sorte de gardien du mausolée, maintenu en vie pendant des siècles par la magie des Anciens. Mais comment Liri’a avait-elle pu l’éviter ? Et que gardait-il exactement ? Des reliques des Anciens, ou les trésors que l’auteur d’Hînkon ardayn avait probablement caché ici même ? La réponse se trouvait sûrement derrière la porte de métal qui s’était ouverte au moment où la brute était apparue.

« Chasim, nous devons partir. Les ancêtres ne veulent pas que nous venions ici. C’est sacrilège ! »

Les paroles de Maychiri, n’affectèrent pas Wicdel. Poussé par sa soif de savoir, il avait déjà commencé à s’approcher de la porte. Bien que la présence de la brute lui ait inspiré une prudence salutaire, sa curiosité était toujours la plus forte. Avant de franchir le pas de la porte, il se tourna cependant vers Ethwinok.

« Qu’en pensez-vous, Ethwinok ? Devrions nous nous arrêter ici ? »

Le Sorcami jeta un simple coup d’oeil à la masse de métal inerte.

« Ce n’est pas mon avis. Continuons. »

Le ton laconique de l’homme-saurien était sans appel, et, en deux pas, il avait passé la porte. Wicdel le suivit sans hésitation et Maychiri, ne souhaitant rester seul, leur emboîta le pas à contrecœur.

La porte donnait sur un long couloir éclairé par la même lumière que celle de l’antichambre. Les murs, d’un gris terne, étaient nus, parcourus de toiles d’araignées. Le passage était interminable, et il fallut de longues minutes à Wicdel et à ses compagnons pour en atteindre le bout. Une porte de métal similaire à celle de l’antichambre se trouvait au fond. Contrairement à la porte de l’antichambre, cependant, celle-ci était déjà entrouverte et les trois compagnons purent s’y faufiler.

imagep105 Derrière se trouvait la plus grande pièce qu’il ait été donné de voir à Wicdel. Son diamètre représentait au moins cent toises. Le plafond était un dôme soutenu par des voûtes gigantesques et laissant apparaître le ciel au travers de vitres colorées. Ils n’étaient clairement plus dans une grotte mais bien dans un bâtiment construit il y avait des millénaires par les anciens. Les murs étaient l’antithèse même du gris du couloir : ils étaient recouverts de magnifiques motifs dorés que le temps, étrangement, semblait à peine avoir altérés.

Au centre de la pièce se trouvait un autel sur lequel était posé un long coffre de pierre. La nature de ce dernier ne faisait aucun doute : « Une tombe ! », s’exclama Wicdel. Son excitation était palpable : il touchait au bout. « Le trésor est dans la tombe », dit-il, répétant insciemment les mots de Liri’a.

***

 Je me rappelle de ces événements comme s’ils s’étaient produits hier. Alors que, comme à mon habitude, je rêvassais devant l’une des innombrables fontaines de Sorkhoroa, j’ai vu apparaître Ogirak. Celui qui avait été mon mentor pendant mes difficiles premières semaines dans la ville Sorcami avit l’air très inquiet, angoissé même. Je ne l’avais jamais vu dans cet état là.

« Liri’a, tu es convoquée immédiatement à la grande salle d’audience. Le Sorkokia t’attend. »

Je me suis levée d’un bond, pressentant la gravité de ce qui était arrivé.

« Je te suis, Ogirak. »

J’ai emboîté le pas au scribe, l’esprit en alerte. J’ai bien entendu essayé de l’interroger durant notre trajet jusqu’à la salle d’audience, mais en vain. Ce n’est que lorsque j’ai été amenée devant le Sorkokia que j’ai su ce qui justifiait une si exceptionnelle entrevue. Ce n’était que la deuxième fois que je me trouvais devant le maître de Sorkhoroa, et sa présence était toujours aussi impressionnante. Cette fois-ci, cependant, je pouvais comprendre ses paroles sans traduction, et cela me donnait une confiance toute relative.

« Liri’a d’Amilcamar, le peuple Sorcami a besoin de ton aide. Comme je n’en ai jamais douté, tu disais vrai à propos de la colonie que tes compagnons de voyage ont fondé au sud de notre cité. Mais contrairement à mes espérances, tes compatriotes ont réussi à prospérer sur cette terre infertile, et ils ont apparemment décidé de venir plus au nord. Un nombre important d’entre eux a trouvé la route de Sorkhoroa et se dirige vers ici. Mes éclaireurs les suivent de loin, mais ne sont pour l’instant pas entré en contact. Il est cependant vital qu’ils n’atteignent pas notre cité, et je suis prêt à employer tous les moyens pour les arrêter. Mes conseillers prônent un assaut militaire, mais je suis enclin à trouver une solution pacifique si elle existe. C’est pour cela que j’ai besoin de tes conseils, toi qui connait ces hommes. »

Les paroles du Sorkokia étaient comme autant de coups de tonnerre ébranlant le fragile édifice de mon esprit. Le capitaine Frisûn s’était donc finalement décidé à explorer les terres du Nord. Et comme moi deux ans auparavant il allait se heurter aux Sorcami. Et c’était à moi que revenait la responsabilité d’éviter que cette rencontre se termine en un bain de sang. Je devais me montrer à la hauteur…