Hînkon ardayn (15)

Hînkon ardayn (15)

Résumé des chapitres précédents : A la poursuite d’un trésor mentionné dans le livre Hînkon ardayn, le jeune Wicdel et son guide Maychiri se sont enfoncés dans la forêt d’Oniros. Là  ils ont été capturés par des hommes-sauriens qui les ont amené à leur village. Wicdel a alors dû déchiffrer un mystérieux médaillon, représentant une étape importante dans sa quête, et qui l’a conduit jusqu’à de mystérieuses ruines. Nous poursuivons en parallèle la lecture d’Hînkon ardayn, le récit, écrit plus de trois siècles auparavant, de la vie d’une jeune femme nommée Liri’a. Après avoir découvert le continent de Sorcasard celle-ci se décide, contre les ordres de son capitaine, à partir en expédition dans les terres inconnues et se fait capturer elle aussi par des hommes-sauriens qui décident de la retenir indéfiniment dans leur ville.

L’intérieur de la grotte était d’une obscurité presque palpable. Wicdel n’arrivait même pas à distinguer les formes de ses deux compagnons, pourtant tout proches de lui.

« Je retourne dehors chercher du bois pour une torche », annonça le jeune homme. « Nous avons besoin de lumière et… »

Wicdel s’interrompit brutalement. Au moment où il avait prononcé le mot lumière, un blanc éclatant avait empli son regard, le rendant presque aveugle. Après un petit temps d’adaptation, Wicdel constata que la grotte était à présent entièrement illuminée :  on y voyait comme en plein jour. Ethwinok  et Maychiri étaient tout aussi surpris que lui, et étaient à court de mots. Maychiri fut le premier à rompre le silence.

« C’est de la sorcellerie, chasim ! Partons avant qu’un sort nous soit jeté. »

Wicdel ne répondit pas. Il était trop occupé à observer l’intérieur de ce qu’il avait pris pour une grotte. Ils étaient clairement dans l’antichambre d’un mausolée, ce qui correspondait parfaitement à la vision de Wicdel. Les murs étaient couverts de fresques étranges, dont le temps avait effacé une bonne partie. Près de l’entrée se trouvaient des bancs de pierres, mais la pièce était par ailleurs dénuée de tout mobilier. En face se trouvait une porte métallique rongée par les ans et recouverte d’une fine couche de poussière. Des toiles d’araignées pendaient de partout, donnant à l’ensemble un aspect lugubre, malgré la lumière.

« Chasim, sortons ! » réitéra Maychiri d’un ton inquiet.

« Non Maychiri. Tu n’as pas à t’inquiéter. La magie des Anciens est puissante mais je ne pense pas qu’elle soit dangereuse. Liri’a y est venue et en est ressortie sans dommage. »

Wicdel jeta un coup d’œil a  Ethwinok  qui semblait toujours pris dans ses pensées. Il était difficile de savoir ce passait par la tête du Sorcami, et Wicdel préférait ne pas le brusquer. Il se dirigea donc vers la porte en métal, curieux de savoir ce qui se trouvait derrière.

La porte n’avait pas de poignée, et était probablement magique, soupçonna Wicdel. A coté se trouvait une plaque de verre sur laquelle était dessinée une main. Sans réfléchir Wicdel posa sa paume à l’emplacement du dessin. La plaque se mit à vibrer puis clignota d’une lumière rouge. Wicdel entendit alors un cri affolé derrière lui.

« Chasim ! »

Au centre de la pièce venait d’apparaître un être gigantesque, plus grand qu’Ethwinok, et recouvert d’une armure étincelante. L’armure semblait d’ailleurs faire partie de lui car ses brans n’étaient en fait que deux gigantesques lames sortant de la cuirasse. L’être s’approchait de Wicdel d’un pas vif. Le jeune homme eut à peine le temps de sortir sa machette pour parer le premier coup de la brute.

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La lame de l’être métallique fendit la machette comme du beurre, ne laissant dans la main de Wicdel qu’une poignée sans lame. Le jeune homme ne pouvait plus rien faire : il était collé au mur, et la brute ne lui avait laissé aucune issue.

C’était sans compter sur Ethwinok. Alors que Wicdel se croyait perdu, le Sorcami planta sa lance d’un geste précis dans le cou de son adversaire, au seul endroit ou l’armure laissait apparaître une matière noire plus souple. Instantanément, l’être métallique arrêta son mouvement et se tourna vers Ethwinok, la lance toujours  fichée dans le cou.

Le Sorcami n’avait cependant pas lâché prise, et, bandant ses muscles, il enfonça plus profondément son arme dans le cou de son adversaire, à tel  point que celle-ci sembla presque avoir disparu. Aucun sang ne sortait cependant de la plaie du géant de métal et la lance ne semblait que peu l’incommoder.

Alors, d’un coup sec, Ethwinok retira sa lance, arrachant d’un coup une quantité impressionnante de petits fils et composants métalliques qui semblaient venir de l’intérieur du géant. Le brute émit un bourdonnement étrange puis s’affaissa soudainement, ne donnant plus signe de vie.

Reprenant son souffle, Wicdel regarda tour à tour le géant et le Sorcami qui l’avait vaincu et inclina sa tête en un signe de gratitude. Ce n’était pas la première fois que le Sorcami lui sauvait la vie, mais c’est à ce moment qu’il se rendit vraiment compte de l’ampleur du courage et de la puissance du guerrier Sorcami…

***

Je crois que c’est pendant mon séjour à Sorkhoroa que j’ai vécu les années les plus heureuses de ma vie. Bien sûr, pendant les premières semaines, la frustration de ne pouvoir rentrer chez moi était présente, mais j’étais en vie et c’était tout ce qui comptait.

Ogirak m’a enseigné la langue Sorcami, et au bout de deux mois, j’étais capable de tenir une conversation correcte avec les hommes-sauriens. Ogirak m’a alors engagée comme aide-scribe. J’avais pour mission de le suivre partout où il allait et de noter ce qu’il me disait de noter. J’ai ainsi pu découvrir toutes les facettes de Sorkhoroa, et bientôt, la frustration a fait place à l’émerveillement.

A Sorkhoroa, les humains et les Sorcami vivaient en bonne intelligence. Même si en théorie les humains étaient subordonnés aux hommes-sauriens, il n’était pas rare que ceux-ci obtiennent, comme Ogirak, des postes d’importance. Il faut dire que Sorkhoroa était l’une des plus grandes villes de l’empire Sorcami. Le Sorkokia de Sorkhoroa régnait en effet sur tous les clans du Sud de Sorcasard et sa capitale était devenu le point névralgique de la région. Ses marchés regorgeaient de mets étranges et d’étoffes colorées. Ses artisans, humains et Sorcami, étaient d’une habileté incomparable…

Plus le temps passait plus j’appréciais ma nouvelle vie, et les Sorcami m’ont très vite fait confiance. J’en suis même venue à me lier d’amitié avec l’un d’entre eux, Lyotus, l’un des gardes de la pyramide. Nous échangions beaucoup sur l’histoire de nos peuples respectifs et il était aussi avide que moi de connaître l’histoire d’Erûsard.

La vie était douce et les mois ont succédé aux mois. Je m’étais faite à l’idée de passer le reste de mes jours en paix à Sorkhoroa, à rassembler toutes les connaissance que je pouvais sur les Sorcami. Mais le sort devait en décider autrement. Et c’est deux ans après mon arrivée à Sorkhoroa que tout a basculé…