Hînkon ardayn (14)

Hînkon ardayn (14)

Devant Wicdel, la nuit avait fait place à un jour étrange, comme artificiel. La forêt avait disparu faisant place à une cité telle que Wicdel n’en avait jamais vu. Ses hautes tours de verre semblaient défier le ciel. Ce même ciel était d’ailleurs balafré par les traînées d’engins qui rappelaient  les dragons des mages, mais en bien plus grand. Wicdel reporta alors son attention devant lui. Le sentier s’était empli d’une foule d’hommes et de femmes à l’aspect étrange qui avnçaient d’un pas solennel et régulier. La foule était précédée par six hommes transportant ce qui ne pouvait être qu’un cercueil. L’objet aux parois transparentes laissait en effet apparaitre le corps d’un vieillard. Les six hommes de tête pénétrèrent alors dans un bâtiment pyramidal qui semblait être un mausolée.

Ce fut à ce moment que la vision disparut, et Wicdel se retrouva à nouveau dans la forêt d’Oniros, baignée par la seule lumière du sentier, Ethwinok et Maychiri à ses côtés. Instantanément, Wicdel comprit ce qu’il s’était passé. Il s’agissait sûrement d’un mécanisme des Anciens permettant de voir le passé, mécanisme que Liri’a avait également du déclencher, trois siècles auparavant.

Il fit alors signe a ses compagnons de le suivre :

« Venez ! Je sais où se trouve la tombe dont parle Liri’a ! »

***

Ogirak m’a menée jusqu’au point névralgique de la cité de Sorkhoroa, l’endroit où son Sorkokia donnait ses audiences, la Grande Salle du Trône. Aucun mot, aucun adjectif ne peut rendre compte avec exactitude de la majesté de  cette pièce. Située au sommet de la pyramide de Sorkhoroa, la salle n’avait pas de mur, mais son plafond était supporté par des rangées de colonnades finement ciselée laissant apparaître l’extérieur et offrant une vue imprenable sur la cité. Le trône lui même se trouvait au fond de la salle, gigantesque siège de pierre ouvragée sur lequel était assis un Sorcami à l’allure impressionnante qui ne pouvait être que le Sorkokia. A ses côtés se tenait l’homme-saurien qui m’avait interrogé la veille.

Chensang_inner_throne_room_hall

Les membres tétanisés je me suis approché du trône. Ogirak a dû me soutenir plusieurs fois alors que je sentais mes jambes céder sous moi. Arrivée à quelque toises du Sorkokia je me suis agenouillée, n’osant lever les yeux ou croiser le regard du roi Sorcami. Ogirak s’est alors mis à parler avec une voix solennelle :

« Lève-toi humaine ! » a t’il dit, traduisant les paroles du Sorkokia. « Thûldos, Sorkokia de Sorkhoroa souhaite entendre ton histoire. D’où viens tu et que cherchais tu à faire sur nos terres. »

Je sais que j’aurais pu mentir, mais la terreur et une autre sensation que je ne saurais définir m’ont poussé à dire la vérité. J’ai donc raconté du mieux que j’ai pu toute mon histoire, depuis mon départ d’Amilcamar jusqu’à ma capture par les Sorcami, omettant seulement le fait que j’avais agi seule lorsque j’avais quitté le campement que nous avions construit. Le Sorkokia écoutait attentivement, et son regard semblait mesurer chacun de mes mots.

A la fin de mon récit, le Sorkokia s’est tourné vers son subalterne et après avoir brièvement conféré il a annoncé, via Ogirak :

« Humaine, si ce que tu dis est vrai, alors toi et tes compagnons avez violé l’interdit principal du traité de Dûngenkin, que tes ancêtres ont signé avec les miens il y a neuf siècles. Nul humain de l’Est n’a le droit de mettre les pieds sur les terres des hommes -sauriens. En violant cet interdit vous avez abandonné votre droit à la vie et mis en danger la paix qui existe entre nos deux peuples. Te rends tu compte de la gravité de ces accusations ? »

J’étais abasourdie. Je venais de réaliser que ce nous avions fait, mes compagnons et moi constituait, aux yeux de ce peuple un acte de guerre.  Mais comment aurais-je pu savoir que je violais un traité dont j’ignorais jusqu’à l’existence. Les légendes des hommes-sauriens que m’avait contées le capitaine ne parlaient pas de ce traité de Dûngenkin. Bien sûr, je savais que de nombreux écrits avaient été détruits lors des âges sombres qui avaient précédé la guerre des Sables, il y a de cela six cents ans. Ce traité en faisait peut-être partie. Mais il fallait dans l’immédiat que je sauve ma vie, les questions devraient attendre.

« Seigneur, si mes compagnons et moi avons commis une infraction en pénétrant sur vos terre, je vous en demande pardon. Nous n’avions connaissance d’aucun traité nous interdisant de venir et ne souhaitions qu’explorer de nouvelles terres. Nous ne sommes pas venu apporter la guerre. »

Le Sorkokia s’est remis à conférer avec son subalterne.

« Je suis tenté de te croire, humaine.  Si ce que tu dis est vrai, tes compagnons partiront d’eux même car les terres au sud de Sorkhoroa sont infertiles et peu propice à la fondation d’une ville. Tant qu’ils ne remontent pas jusqu’à la route du Sud, je leur laisserai donc la vie sauve. S’ils découvrent notre présence, cependant je serai forcé d’agir. Quant à toi, tu connais notre existence et je ne peux te laisser retourner chez les tiens. Tu es jeune cependant, et il n’est pas dans mon habitude de tuer des enfants. Tu seras donc condamné à vivre dans l’enceinte de Sorkhoroa jusqu’à la fin de tes jours, en tant que servante de la pyramide. Ogirak te formera. J’ai dit ! »

Ces derniers mots constituaient clairement la fin de l’audience. M’inclinant, je suis donc repartie, Ogirak me soutenant. J’avais la vie sauve et c’était tout ce qui comptait. Mais j’étais loin de me douter des merveilles que j’allais découvrir à Sorkhoroa…