Hînkon ardayn (12)

Hînkon ardayn (12)

Résumé des chapitres précédents : A la poursuite d’un trésor mentionné dans le livre Hînkon ardayn, le jeune Wicdel et son guide Maychiri se sont enfoncés dans la forêt d’Oniros. Là  ils ont été capturés par des hommes-sauriens qui les ont amené à leur village. Wicdel a alors dû déchiffrer un mystérieux médaillon, représentant une étape importante dans sa quête, et qui l’a conduit au plus profond de la forêt. Nous poursuivons en parallèle la lecture d’Hînkon ardayn, le récit, écrit plus de trois siècles auparavant, de la vie d’une jeune femme nommée Liri’a. Après avoir découvert le continent de Sorcasard celle-ci se décide, contre les ordres de son capitaine à partir en expédition dans les terres inconnues et se fait capturer elle aussi par des hommes-sauriens.

La nuit mit une éternité à tomber. C’était du moins le ressenti de Wicdel qui n’avait pas la patience d’Ethwinok. Quand enfin les dernières lueurs du jour disparurent derrière la cime des arbres, le jeune homme se leva, scrutant intensivement les ruines à la recherche de la lumière qu’avait mentionné son compagnon Sorcami.

Alors que les premières étoiles commençaient à apparaître dans le ciel, l’une des hautes tours en ruine s’illumina soudain, éblouissant presque Wicdel. Sur le coté de cette tour, les bords de l’une des antiques routes s’étaient également illuminés, fines traînées dorées serpentant dans la forêt. Il n’y avait plus aucun doute sur le fait que Wicdel se trouvait en présence du sentier lumineux mentionné par Liri’a. A coté de lui Maychiri était bouche bée, tentant vainement d’appréhender ce qu’il voyait. Ethwinok restait quant à lui impassible, comme si rien ne pouvait le surprendre.

Wicdel fut le premier à rompre le silence :

« Vous aviez raison, Ethwinok. Voici le premier indice que nous a laissé Liri’a ! Il ne nous reste plus qu’a suivre ce sentier et nous trouverons son héritage. Notre but est proche ! »

Le Sorcami était cependant bien plus circonspect que son compagnon.

« N’en sois pas si sûr, homme-Wicdel. La suite du médaillon de Liri’a parle d’une caverne, et je n’en vois ici aucune, pour l’instant. Il va nous falloir suivre le chemin jusque dans une partie de la forêt que ni moi ni mes hommes ne connaissons. Ceux de mes ancêtres qui y ont pénétré n’ont jamais voulu en parler en détail, mais m’ont interdit d’y entrer, comme si l’endroit était maudit. »

Une malédiction, à présent ! Ce n’était pas cela qui allait empêcher Wicdel de continuer à avancer. Il était trop proche de son objectif.

« Probablement juste une légende permettant de garder le trésor de Liri’a à l’abri, Ethwinok. De toute façon nous n’avons pas d’autre choix que de continuer. Nous n’allons pas rebrousser chemin pour quelques superstitions. »

« Non homme-Wicdel, mais restons prudent. »

Les trois compagnons se mirent donc en route, suivant, comme l’avait écrit Liri’a le sentier de la lumière dans la forêt de l’ombre. Wicdel ne pouvait s’empêcher d’admirer la science et les connaissances des Anciens, qui leur avait permis de concevoir ce chemin lumineux. Il était bien dommage que la plupart de leur savoir ait disparu.

***

Je ne sais pas combien de temps nous avons marché, mais le rythme des hommes sauriens était tel qu’au bout d’un moment, mes jambes ont commencé à se dérober sous moi. Ma fatigue, à la fois physique et mentale, était telle que je n’avais même plus la force d’avancer. Je suis donc tombée au sol, m’attendant, résignée, à ce que mes gardiens m’achèvent.

C’est tout le contraire qui s’est produit. J’ai entendu les hommes-sauriens converser dans leur langage étrange pendant un moment puis l’un d’eux m’a pris dans ses bras. Je n’avais plus été portée comme cela depuis très longtemps, et la sensation était étrange. Le contact des écailles du Sorcami (c’est ainsi que ces êtres sont nommés) n’était pas désagréable et, bercée par le rythme de marche rapide de mon « porteur », je me suis endormie.

J’ai du dormir longtemps, car lorsque je me suis réveillée, les Sorcami étaient devant une large porte, seule ouverture d’une grande muraille de pierre qui emplissait mon regard. Ce ne pouvait être que l’enceinte d’une ville.  Instantanément, ma curiosité s’est réveillée, occultant même la peur qui m’étreignait. Le Sorcami qui me tenait, voyant que je me sentais mieux, m’a reposée à terre avec une délicatesse étonnante. Risquant le tout pour le tout, j’ai alors demandé.

« Où sommes nous ? Que comptez-vous faire de moi ? »

Le Sorcami a pesé mes paroles un long moment, comme s’il essayait de les comprendre. Au bout d’un moment il a désigné la muraille du bras en prononçant ce simple mot :

« Sorkhoroa. »

Il s’agissait, comme j’allais le découvrir plus tard, du nom de cette ville Sorcami, l’une des plus grandes de la région. Voyant que mon ravisseur semblait d’humeur communicative, je m’apprêtais à lui poser d’autres questions, mais j’ai été coupée de court lorsque son supérieur lui a fait signe d’avancer. Nous avons alors franchi la porte de la ville, et je me suis retrouvée devant le plus imposant spectacle de ma vie.

Devant moi se trouvait une gigantesque pyramide, recouverte de verdure. Autour de la pyramide s’étendait un grand jardin dont les fontaines miroitaient à la lumière du soleil. Et autour du jardin, il y avait un certain nombre d’habitation pyramidales plus petites deesquelles entraient et sortaient non pas des Sorcami, mais des humains. Ceux-ci s’inclinaient respectueusement au passage des Sorcami, et il était clair qu’ils avaient dans cette cité un rôle subalterne. Ils semblaient cependant bien traités, et leurs conditions de vie paraissaient bien meilleures que celles d’un docker à Amilcamar.

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Durant notre traversée de la ville, je n’ai cependant pas eu le temps de converser avec ces humains, les Sorcami me dirigeant sans vergogne vers la pyramide centrale. C’est à ce moment que j’ai réalisé que les hommes sauriens devaient penser que j’étais une habitante de ce continent, peut-être une fugitive. Ils n’avaient aucun moyen de savoir que je venais de par delà la mer. J’avais donc peut-être une chance de m’en sortir si j’arrivais à leur faire comprendre d’où je venais. C’est en m’accrochant à ce mince espoir que je suis finalement rentrée dans la pyramide centrale de Sorkhoroa.