Hînkon ardayn (11)

Hînkon ardayn (11)

Résumé des chapitres précédents : A la poursuite d’un trésor mentionné dans le livre Hînkon ardayn, le jeune Wicdel et son guide Maychiri se sont enfoncés dans la forêt d’Oniros. Là  ils ont été capturés par des hommes-sauriens qui les ont amené à leur village. Wicdel a alors dû déchiffrer un mystérieux médaillon, représentant une étape importante dans sa quête, et qui l’a conduit au plus profond de la forêt. Nous poursuivons en parallèle la lecture d’Hînkon ardayn, le récit, écrit plus de trois siècles auparavant, de la vie d’une jeune femme nommée Liri’a. Après avoir découvert le continent de Sorcasard celle-ci se décide, contre les ordres de son capitaine à partir en expédition dans les terres inconnues .

Jamais Wicdel n’aurait pu imaginer que la forêt d’Oniros puisse être aussi grande. Cela faisait trois jours que le jeune homme accompagné de Maychiri et guidé par Etyhwinok, marchait dans la végétation dense, et il semblait que cet enfer vert n’avait pas de fin. Au contraire, plus les voyageurs avançaient vers le nord, plus les arbres se resserraient, formant à certains endroit des murs qui n’étaient pas sans rappeler à Wicdel la jungle de Sorcamien.

Ethwinok semblait cependant parfaitement à l’aise dans ce milieu, évoluant gracieusement parmi les lianes et autres plantes étranges. Plusieurs fois, les trois compagnons avaient croisé des êtres insolites, rappelant le monstre tentaculaire qui avait assailli Wicdel. Toutes ces créatures ne ressemblaient à aucun animal connu, et Wicdel s’en était étonné auprès d’Ethwinok, qui avait répondu de manière cryptique :

« Les créatures de la jungle ne sont que le reflet des péchés de tes ancêtres, les mages, homme-Wicdel. Nous avons appris il y a longtemps à vivre avec elles, tu n’as qu’à faire de même. »

Wicdel s’était bien gardé d’insister, et avait continué sans mot dire. Il ruminait à présent de sombres pensées, se demandant si le Sorcami ne lui avait pas menti avec son histoire de ruines lumineuses. Mais alors qu’il s’apprêtait à poser une nouvelle question à Ethwinok, il sentit que le sol sous ses pieds avait changé de consistance. Regardant sous lui, il constata avec surprise qu’il marchait a présent sur un sentier pavé, recouvert de mousse.

« Contemple, homme-Wicdel, les ruines de la cité d’Onirakin, témoins muets de la décadence des anciens mages. »

Levant les yeux, Wicdel eut la surprise de sa vie. Devant lui, les arbres omniprésents avaient fait place à d’étranges constructions d’une hauteur impressionnante. Bien que se trouvant dans un état de délabrement avancé, ces tours n’avaient rien perdu de leur majesté, et la végétation qui les recouvrait ne faisait qu’ajouter à leur aura de mystère. Ces ruines avaient plus de mille ans, et c’était la première fois que Wicdel contemplait de ses yeux le travail des mages de l’Empire de Blûnen, les anciens maîtres d’Erûsarden.

Friedrich Caspar David  - Façade ouest de la ruine d'Eldena - 1806

Le sentier sur lequel Wicdel et ses deux compagnons marchaient à présent menait au cœur même des ruines, et bientôt, le jeune homme se retrouva entouré par les anciens bâtiments. De nombreux chemins circulaient parmi ces derniers, et n’importe lequel d’entre eux pouvait être le sentier lumineux qui était le point de départ du cryptogramme de Liri’a.

« Que faisons-nous, à présent ? » demanda Wicdel à Ethwinok.

« Nous devons attendre la nuit, homme-Wicdel. Si ce que m’ont rapporté mes hommes est vrai, une partie de ces ruines devraient s’illuminer, nous indiquant où aller ensuite. »

Wicdel savait que le Sorcami avait raison, mais ne pouvait s’empêcher de sentir l’impatience le gagner. Devoir encore attendre, si près du but ! C’était insoutenable. Le jeune homme prit cependant son mal en patience et, pour se calmer, se remit à lire Hînkon ardayn.

***

Nous avions à peine parcouru une demi-lieue sur la route lorsque nous avons aperçu les « autochtones ». Ma première réaction en les voyant a été de penser à me cacher, mais il était déjà trop tard. Il était clair que les étrangers nous avaient également vu. Ils se trouvaient cependant encore à une centaine de toise, nous laissant le temps de nous organiser.

Alors qu’ils se rapprochaient, j’ai remarqué que les nouveaux arrivants avaient un aspect étrange. Leur peau semblait avoir une teinte verdâtre, et leur tête avait une forme bizarre. Peut-être portaient-ils des casques ou autre couvre-chef ornemental ?

Je me suis cependant rapidement rendu compte de mon erreur, prenant conscience de l’aspect monstrueux de ces indigènes. Le vert de leur peau n’était pas un vêtement, mais des écailles luisantes, et leur tête n’avait absolument rien d’humain, rappelant plus le serpent qu’autre chose. Ils correspondaient parfaitement aux descriptions des hommes-sauriens des légendes que m’avait conté le capitaine Frisûn.

Ces nouveaux venus se sont mis à courir en notre direction, entraînant une réaction immédiate de mes deux compagnons, qui, posant leur fardeaux, ont sorti les machettes qui leur servaient à la fois d’outil et d’arme, se préparant à défendre chèrement leur vie. Pour ma part, je ne savais trop quoi faire. Contrairement à mes compagnons, je n’avais pas été formée au combat, et je risquais d’être plus une gêne qu’autre chose. Je me suis donc légèrement reculée, un peu honteuse et très effrayée.

Les hommes sauriens sont arrivés rapidement sur nous, et lorsqu’il se sont trouvé à moins de deux toises, mes deux compagnons les ont chargés en poussant des cris de guerre.

Deux matelots mal nourris ne faisaient cependant pas le poids face à ces masses de la nature que sont les hommes sauriens. Les êtres reptiliens étaient de plus équipés de lances acérées et n’eurent aucun mal à embrocher mes compagnons avant même que ceux-ci n’aient pu les approcher suffisamment pour les frapper, le tout sous mes yeux horrifiés.

Le combat s’était déroulé en un instant, et mes partenaires, si vivants quelques minutes auparavant n’étaient plus que deux masses inertes dont le sang venait se mêler aux pavés de la route.

Par instinct de survie plus qu’autre chose, j’ai décidé de me rendre aux hommes-sauriens. Je n’avais de toute manière aucune chance de les vaincre. J’ai donc levé les bras puis me suis agenouillée sur le sol en signe de soumission. Les hommes-sauriens se sont rapprochés et m’ont encerclé. Je pouvais presque toucher leur peau écailleuse tant ils étaient proches. Ils parlaient dans une langues que je ne connaissais pas, et dont les sonorités étaient étranges, pleines de cliquetis et de sifflement.

L’un des hommes-sauriens s’est alors emparé de moi. Le contact de sa main reptilienne n’était pas aussi froid que ce j’avais pu imaginer. L’être m’a relevé et m’a intimé d’un geste, de marcher avec lui et ses acolytes. J’ai bien entendu obéi à cet ordre, et me suis engagée, entourée de ces monstres sur la route. Je n’avais aucune idée de notre destination, mais j’étais vivante, et pour l’instant, il n’y avait que cela qui comptait.