Hînkon ardayn (10)

Hînkon ardayn (10)

Résumé des chapitres précédents : A la poursuite d’un trésor mentionné dans le livre Hînkon ardayn, le jeune Wicdel et son guide Maychiri se sont enfoncés dans la forêt d’Oniros. Là  ils ont été capturés par des hommes-sauriens qui les ont amené à leur village. Wicdel a laors dû déchiffrer un mystérieux médaillon, représentant une étape importante dans sa quête, et se demande à présent où continuer. Nous poursuivons en parallèle la lecture d’Hînkon ardayn, le récit, écrit plus de trois siècles auparavant, de la vie d’une jeune femme nommée Liri’a. Après avoir découvert le continent de Sorcasard celle-ci se décide, contre les ordres de son capitaine à partir en expédition dans les terres inconnues .

Lorsque Wicdel avait montré à Ethwinok la manière dont il avait déchiffré le médaillon de Liri’a, le Sorcami avait presque paru impressionné. Du moins était-ce ainsi que Wicdel avait choisi d’interpréter le froncement de sourcil de son interlocuteur. Quelles qu’aient été les pensées réelles de l’homme-saurien, la prouesse de Wicdel avait tout de même réussi à ôter de l’esprit d’Ethwinok tout doute quant à la véracité des propos du jeune homme. Il avait immédiatement ordonné a ses hommes de réveiller le jeune Maychiri, et Wicdel et lui s’étaient vus confier une hutte.

Wicdel avait raconté au jeune garçon ce qui s’était passé, et la réaction de Maychiri l’avait quelque peu surpris : il s’était prosterné devant lui, disant :

« Tu as réussi à dominer les esprits de la forêt, chasim. Tu es grand sorcier, et Maychiri sera ton serviteur. »

Wicdel, qui venait d’un milieu modeste, ne pouvaiut en aucune manière accepter une telle servitude. Il avait donc aidé Maychiri à se relever, et avait expliqué :

« Non Maychiri. Je t’ai engagé en tant que guide, et c’est ce que tu seras jusqu’à ce que j’ai atteint mon objectif. Et sois assuré que tu seras généreusement payé. En attendant j’ai besoin de ton aide. Le message que j’ai déchiffré  est assez obscur, et il va nous falloir trouver à quelle partie de la forêt d’Oniros il fait référence. »

Wicdel et son guide avaient ainsi passé plusieurs heures à consulter les cartes du jeune homme pour trouver de quelle tombe voulait parler Liri’a, mais sans grand succès. Il faut dire que la forêt d’Oniros avait peu été explorée, et les cartes étaient pour la plupart très incomplètes. Wicdel avait finit par se rendre à l’évidence : il lui faudrait l’aide d’Ethwinok pour trouver l’endroit où se trouvait le trésor de Liri’a. Il était donc a présent, accompagné de Maychiri,  devant la hutte du chef Sorcami, attendant que celui-ci veuille bien le recevoir.

Lorsque l’homme-saurien fit son apparition, Maychiri eut un petit mouvement de recul. Le jeune garçon resta cependant près de Wicdel alors que celui-ci commençait à parler :

« Chef Ethwinok, j’ai besoin de votre aide. J’ai réussi a lire le message de Liri’a, mais je ne connais pas assez bien la forêt pour savoir de quel endroit il parle. Sauriez-vous où commence ce sentier de la lumière ? »

Le Sorcami sembla jauger Wicdel, mais finit par répondre :

« Tu as mis bien longtemps avant de venir me demander ce renseignement, homme-Wicdel.  J’ai moi-même réfléchi à la signification de ce message et j’ai une idée. Il y a très longtemps, se trouvait à la place de la forêt d’Oniros une cité des Mages, les anciens hommes qui ont autrefois asservi mon peuple. La nature a depuis bien longtemps réclamé ses droits sur cette antique ville, mais il en reste quelques ruines, au plus profond de la forêt. Et certains de mes hommes auraient vu ces ruines s’illuminer, par la nuit la plus noire. C’est peut-être là ce que Liri’a appelle le sentier de la lumière. »

Il s’agissait d’un indice ténu, mais c’était là le seul que détenait Wicdel.

« Pourriez-vous indiquer à mon guide où se trouvent ces ruines ? Nous partirons dès demain les explorer, avec votre permission. »

« Je ferai mieux que cela, homme-Wicdel. Je t’accompagnerai personnellement jusqu’à cet endroit. L’héritage de Liri’a se trouve dans les mains de notre clan depuis bien des années, et je veux moi aussi savoir où il mène. »

C’était inespéré. Avec l’aide du Sorcami, Wicdel trouverait beaucoup plus facilement ce qu’il cherchait. Le jeune homme était instinctivement enclin à faire confiance à cet homme-saurien qui avait gardé les secrets de Liri’a pendant si longtemps…

***

Le campement était entouré par des plaines couvertes de hautes herbes, parcourues de quelques sentiers laissés par des animaux. Notre progression a donc été bien plus lente que ce à quoi je m’attendais, et au bout deux heures de marche nous n’avions parcouru qu’une lieue et demie. Il faut dire que nous étions lourdement chargés. Mes deux compagnons avaient insisté pour transporter les rations les plus lourdes et l’eau, mais mon fardeau était loin d’être négligeable.

J’ai rapidement commencé à sentir la lassitude et la fatigue envahir mon corps. Nous ne pouvions cependant pas nous arrêter si près du camp. Je savais que le capitaine Frisûn enverrait quelqu’un à notre recherche et nous devions au moins parcourir trois lieues si nous ne voulions pas être rapidement retrouvés.

Nous avons donc continué à marcher toute la nuit, malgré les douleurs qui parcouraient nos membres. Ce n’est que lorsque les premières lueurs rouges du soleil ont commencé à apparaître, à l’est que nous nous sommes arrêtés. Nous nous sommes cachés derrière un rocher, et, montant la garde à tour de rôle, nous avons commencé à dormir.

Nous avons marché de cette manière pendant plusieurs nuits, nous cachant le jour pour ne pas être repérés. Au bout du cinquième jour, nous avons constaté que le terrain commençait à monter, menant vers des collines verdoyantes recouvertes d’arbustes. A partir de ce moment, nous avons décidé de voyager de jour. Nos rations commençaient à s’épuiser, et il allait bientôt falloir que nous ayons recours à la cueillette ou à la chasse pour nous nourrir.

Alors que nous progressions dans les collines, nous avons repéré, en contrebas de l’une d’elle, une ligne sinueuse. Il était difficile, de la où nous nous trouvions, de savoir exactement de quoi il s’agissait, mais nous espérions tous trois qu’il s’agissait d’un rivière, car nos réserves d’eau s’étaient considérablement réduites. Nous nous sommes donc dirigés vers cette ligne et qu’elle n’a pas été notre surprise lorsque nous avons pu constater qu’il s’agissait d’une route. L’excitation qui s’est emparée de moi était quasi intenable. C’était la première fois que nous voyions la trace d’une civilisation depuis notre départ ! Enfin nous allions savoir si les légendes étaient vraies !

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J’ai donc pressé mes compagnons pour que nous suivions la route. Cette dernière était inégalement pavée de pierres polies, et était bien plus agréable à suivre que les sentiers que nous avions empruntés jusqu’alors. Mais dans mon excitation, je n’avais pas réfléchi à ce qui allait se produire lorsque nous rencontrerions les constructeurs de cette route. Nous avons donc était complètement pris au dépourvu lorsque nous avons croisé pour la première fois les habitants de ce nouveau continent…