Hînkon ardayn (1)

Hînkon ardayn (1)

Reculons un peu dans le temps pour nous retrouver en 1269. Un chasseur de trésor nommé Wicdel est sur le point de partir pour une expédition dans la forêt d’Oniros, au nord de la république de Niûsanif. Il espère y trouver une fortune laissé là par l’une des premières exploratrices du continent de Sorcasard.

Note : le lecteur trouvera ici une carte du monde d’Erûsarden, qui lui permettra de mieux situer les différents lieux où se déroule cette nouvelle.

Wicdel embrassait du regard la cité de Sorelmûnd. La nuit était tombée depuis peu, et les lumières nocturnes commençaient à embraser les rues de leur éclat rougeâtre. La ville avait été construite en hauteur, et de son balcon Wicdel pouvait apercevoir au loin les formes sombre de la lisière de la forêt d’Oniros, sa destination. L’explorateur alluma une chandelle et jeta un œil sur le livre se trouvant à coté de lui. La couverture, qui avait dû être d’un rouge éclatant à l’origine, était à présent presque marron, mais on pouvait encore y distinguer le titre, écrit à la main en runique il y avait de cela presque quatre cents ans :

hinkonardayn

(HÎNKON ARDAYN)

Ces mots étaient du Sorûeni et signifiaient Terres Inconnues, une inscription qui avait immédiatement attiré l’attention de Wicdel. Bien sûr, lorsqu’il avait trouvé ce livre dans la jungle de Sorcamien huit ans auparavant, le jeune Wicdel ne connaissait pas le Sorûeni, et il lui avait fallu attendre plusieurs années avant de comprendre ces mots. Mais qu’elle n’avait pas été alors son excitation à la lecture de ce livre. Il s’était juré de suivre les pas de la jeune femme qui l’avait écrit et de découvrir à son tour les merveilles de Sorcasard. Il lui avait fallu près de deux ans pour rejoindre la république de Niûsanif mais il avait à présent atteint son objectif et son exploration pouvait commencer.

Wicdel ouvrit précautionneusement le livre. A l’intérieur se trouvait une carte, dessin qui avait guidé ses pas jusqu’à Sorelmûnd.

niusanif_hinkonardayn

On y distinguait clairement la côte est de Niûsanif, et il n’avait pas fallu longtemps à Wicdel pour découvrir que la ville de Sorkhoroa, point de départ de la carte, était l’ancien nom de Sorelmûnd, du temps où les Sorcami y vivaient. Tout l’ouest de la carte était marqué de la mention Hinkon ardayn, indiquant que ces terres n’avaient pas encore été explorées lorsque le livre avait été écrit.

Une grande croix indiquait la destination finale de Wicdel, en plein coeur de la forêt d’Oniros. Il lui tardait d’y être, et le fait de devoir attendre jusqu’au lendemain avant de pouvoir partir lui paraissait une intolérable torture. Pour tromper son attente, il se mit à lire pour la énième fois  le livre qui avait changé sa vie.

***

9 octobre 920

Je ne sais si quelqu’un lira un jour ces mots, mais ce livre est le seul témoignage que je peux laisser de mon histoire. J’écris donc ces lignes dans l’espoir que d’autres pourront un jour suivre mes pas et découvrir la richesse du continent que les hommes de l’ouest ont appelé Sorcasard. Donc bienvenue à toi, futur lecteur.

Mon nom est Liri’a, et je suis née en 885 dans la ville d’Onisamar, l’un des plus importants port du domaine de Sanif, en Erûsard. Mon père, Uraytîn, seigneur de Shâminid, était l’un des personnages les plus important de la ville. Je ne l’ai jamais vraiment connu, n’étant pour lui qu’une commodité dont il comptait se servir pour former une quelconque alliance par mariage. Je n’étais après tout que la fille de sa quatrième épouse, et selon les loi de Sanif, ma vie ne m’appartenait pas vraiment. Je n’ai d’ailleurs jamais connu ma mère, ayant été séparée d’elle dès mon plus jeune âge.

Mon enfance n’a pas toujours été facile, entre les coups de ma gouvernante et les leçons forcées sensées faire de moi une bonne épouse. Mes seuls moments de joie était les rares instants où je me retrouvais seule dans la bibliothèque du palais de mon père. Je pouvais alors m’évader dans les ouvrages s’y trouvant, rêvant aux terres lointaines qu’ils décrivaient.

Lors de mon quinzième anniversaire, mon père est venu m’annoncer qu’il me destinait à épouser Mîbayr, seigneur de Brîmin’th. Selon la loi de Sanif, le mariage aurait lieu le jour de mes seize ans, me liant à vie à cet homme. J’avais appris par mes servantes que Mîbayr était un homme cruel, et que plusieurs de ses femmes avaient péri sous ses coups pour avoir refusé ses affections. J’étais donc terrorisée à l’idée de devenir son épouse. Mais que pouvais-je faire face à la volonté de mon père ?

En proie au désespoir le plus total, j’ai résolu de m’enfuir et de quitter le palais de Shâminid. Je ne connaissais que peu de choses du monde extérieur, mais, à l’époque, il me semblait que rien ne pouvait être pire que d’épouser un homme que je n’aimais pas.

J’ai donc attendu la nuit pour quitter le palais. Je me suis déguisée en servante afin de tromper les gardes. Sortir de Shâminid a été étonnamment facile, et je me suis bientôt retrouvée dans les rues d’Onisamar, une nouvelle vie s’offrant à moi.

 

sanif