Evasion (6)

Evasion (6)

Shari n’avait pratiquement pas dormi de la nuit, retournant dans son esprit les renseignements qu’elle possédait sur la crise de Fisimhen. Elle n’arrivait pas à comprendre la logique qui sous-tendait les actions des hommes-sauriens. Pourquoi ce peuple si fier s’était-il allié à un humain ? Et pourquoi attaquer maintenant ? Était-ce à cause de cette nouvelle arme qui avait réduit les défenses de Fisimkin à néant ? Autant de questions qui tourmentaient la jeune femme, lui faisant presque oublier tout le reste.

C’est donc dans un état second que Shari se rendit ce matin là à la réunion du conseil restreint d’Omirelhen. Alors que le clocher du palais sonnait dix coups, un garde portant la livrée de la sirène vint la chercher pour la conduire jusqu’aux portes de la salle de réunion. Le garde frappa trois fois le lourd battant, puis fit entrer Shari en annonçant d’une voix tonitruante :

« La princesse Shas’ri’a, ambassadrice de Sûsenbal. »

Shari pénétra dans la grande pièce qui avait clairement été architecturée dans le but d’impressionner les visiteurs. Cela eut cependant peu d’effet sur l’ambassadrice, absorbée qu’elle était dans ses pensées. Le roi et les quatre membres permanents du conseil restreint étaient déjà présents. Il y avait aussi, à la grande surprise de Shari, une autre femme assise sur un des sièges réservés aux invités. Shari reconnut en elle Delia Setrinadoter, marquise de Frimar, et dernier enfant du roi Leotel III. Elle devait avoir été conviée à ce conseil de manière exceptionnelle, tout comme Shari.

Comme le voulait la coutume, l’ambassadrice de Sûsenbal s’inclina face à cette illustre assemblée et s’installa sur un siège en face de Delia. Le roi Leotel III prit alors la parole :

« Nous voici à présent au complet. Nous pouvons donc commencer cette réunion. Comme c’est le cas depuis trois semaines, notre ordre du jour concerne ce qu’il convient d’appeler la crise de Fisimhen, et… »

Le roi dut s’interrompre : la porte de la salle de réunion s’était ouverte en grand fracas, laissant apparaître un homme robuste, à la longue chevelure blonde et portant fièrement l’armure d’Omirelhen, reconnaissable au symbole de la sirène orant son plastron. Derrière lui se trouvaient deux grands êtres encapuchonnés à l’allure étrange, dont le visage restait caché aux regards extérieurs. L’homme blond, qui ne pouvait avoir plus de trente ans, s’adressa alors à Leotel :

« Père ! Je suis désolé d’interrompre ce conseil, mais j’apporte des nouvelles d’une extrême importance qui ne souffrent aucun délai. »

Pour toute réponse, le roi se contenta de se lever, et après s’être approché du jeune homme, l’embrassa chaudement.

« Sûnir, mon fils ! Soit le bienvenu. Je suis heureux de te revoir en bonne santé. Mais reprends donc ton souffle. Veux-tu boire quelque chose avant de nous faire part de tes renseignements ? »

Shari observait le nouveau venu avec attention. Voici donc à quoi ressemblait le prince Sûnir, l’héritier du trône d’Omirelhen. Il était plutôt bel homme, même si sa mâchoire carrée lui donnait une légère touche de fermeté bestiale. Son regard azur était aussi vif que celui de son père, mais sans receler la même sagesse. C’était quelqu’un avec qui il faudrait compter, se dit l’ambassadrice.

– Je n’ai besoin de rien, père : j’ai bu en arrivant au palais, dit l’intéressé en réponse à la question du roi.

– Alors nous t’écoutons, reprit le monarque. Qu’est ce qui te met dans un tel état d’excitation ?

– Laissez moi avant tout vous présenter mes deux compagnons, père. »

Sûnir fit un signe aux deux êtres encapuchonnés qui se découvrirent alors la tête, découvrant deux têtes reptiliennes caractéristiques des Sorcami. Instinctivement Oris Logat se leva de son siège, la mains sur son épée, prêt à défendre son suzerain. Un signe de Leotel le fit cependant se rasseoir.

« Ne vous inquiétez pas Logat, dit alors Sûnir. Nos hôtes sont venus en amis. Père laissez moi vous présenter Wekhoseth, du clan du désert , et Itheros, Ûesakia des Sorcami. »

Sakatha

Tous restèrent bouche bée : que faisait le Ûesakia, juge suprême du peuple Sorcami, ce qui s’apparentait le plus chez eux à un roi, à la cour d’Omirelhen ?