Evasion (5)

Evasion (5)

C’était Locan, qui profitant de l’effet de surprise provoqué par la lumière, s’était approché de son compagnon dans le but de l’immobiliser à l’aide d’une clé de bras. Aridel s’était attendu à une action de ce genre et ne fut pas totalement pris au dépourvu : il savait que le but du brigand était de s’emparer de son épée. La réaction du mercenaire fut donc quasiment un réflexe, résultat de ses années d’entraînement au combat. Utilisant son bras gauche encore libre, Aridel sortit son épée du fourreau, et d’un mouvement l’amena par dessus son épaule, la plantant profondément à la base du cou de son adversaire. Le coup était si puissant qu’il transperça Locan de part en part, la pointe de l’épée dépassant de son flanc droit.

Un gargouillement horrible sortit de la bouche ensanglantée du brigand et il relâcha d’un coup son étreinte sur le bras d’Aridel, ramenant ses mains sur la lame dépassant de son cou. Le mercenaire avait quant à lui lâché l’épée et s’était reculé de deux pas pour observer la réaction de son adversaire. Locan était à genoux, l’épée en travers de la gorge, le sang ruisselant de son cou et de sa poitrine.

Le bandit émit un dernier gargouillis avant de s’effondrer sans un mot. Locan était mort pratiquement sur le coup. Le mercenaire se dépêcha alors de retirer son épée ensanglantée du corps inerte afin de pouvoir faire face à d’éventuels autres assaillants. Le tunnel, à présent brillamment éclairé, restait cependant vide : Locan n’avait apparemment pas de complices ici.

Aridel se retrouvait donc seul, sans guide, perdu dans ce tunnel à la lumière étrange. Il n’avait pas d’autre choix que de continuer devant lui, en espérant que Locan n’avait pas menti, et qu’il existait une autre sortie à cet endroit.

Le mercenaire continua donc à avancer, laissant sans remords le cadavre de son ex compagnon derrière lui. En effet, la mort du brigand n’avait pas particulièrement ému Aridel : il s’agissait d’un criminel qui avait probablement tué bon nombre d’innocents voyageur et il méritait son sort. Puisse Erû lui pardonner ses actes, pensa le mercenaire.

Pendant plusieurs heures, Aridel marcha, ne s’arrêtant que pour boire un peu d’eau. La galerie semblait sans fin, éclairée par la lumière sans flamme venant du plafond. De temps en temps, Aridel voyait de petites créatures passer fugitivement. Mais ses yeux devaient lui jouer des tours, car les petits êtres avaient une tête de rat et un corps de lézard. Aridel n’avait jamais vu de créatures semblables et se demanda s’il n’était pas victime de quelque sorcellerie.

dark-tunnel

Au moment où Aridel commençait à perdre espoir, se demandant si ce tunnel aboutissait vraiment quelque part, il vit que la galerie s’assombrissait. Bientôt, le mercenaire se retrouva dans le noir complet et finit par buter sur une marche.

Devant lui s’étendait sans nul doute un escalier semblable à celui qu’il avait pris pour entrer dans le tunnel. Tâtonnant, Aridel l’emprunta, et monta pendant un temps interminable avant de se retrouver face à un mur.

Il s’agissait probablement de la porte de sortie, se dit le mercenaire. Mais alors qu’il se demandait comment il fallait l’ouvrir, le mur coulissa devant lui, laissa pénétrer la chaleur et la clarté du jour. Sans se poser de questions, Aridel sortit.

Le soleil était haut dans le ciel, et ses rayons vinrent réchauffer le corps endolori du mercenaire. Il se trouvait toujours dans la plaine de Rûmido, mais probablement maintenant du coté de Sortelhûn. Ce qui signifiait qu’il était libre. Le mercenaire s’allongea dans les hautes herbes et s’endormit quasi instantanément, épuisé par sa longue marche sous terre.