Evasion (4)

Evasion (4)

La nuit était déjà bien avancée lorsque Locan revint chercher Aridel. La lune était à son premier quartier et éclairait d’une lumière blanchâtre le camp silencieux. D’un geste, Locan intima à son compagnon de se taire, puis le fit signe de le suivre.

Aridel, la main sur la garde de son épée se leva et marcha dans les pas du brigand, courbé afin d’être moins facilement repérable. La plupart des hommes étaient endormis et les rares personnes réveillées ne prêtaient guère attention à ce qu’il se passait autour d’elle, probablement perdues dans de sinistres pensées. Les gardes Sorcami, quant à eux, n’inquiétaient pas particulièrement Aridel. En effet, ces derniers ne surveillaient que sporadiquement le camp, probablement certains que personne n’était assez fou pour arpenter seul l’aride prairie où ils se trouvaient. Sans sa gourde, qu’il avait pu conserver avec son épée, Aridel lui-même n’aurait pas tenté l’aventure…

Victorian engraving of a young man running to escape the cold and windy weather , 1897. Image shot 1897. Exact date unknown.

Bientôt, Locan et Aridel passèrent la limite ouest du camp, sans avoir repéré un seul Sorcami. Locan semblait parfaitement savoir où il allait dans ce qui, pour Aridel, n’était qu’une vaste étendue de rocs et d’herbes.
Tous deux marchèrent ainsi pendant près de deux heures. Il finirent par arriver devant un tumulus rocheux qui constituait le seul relief à des lieues à la ronde.

« Nous y voilà », souffla Locan. « Essaie de voir si tu trouves de quoi nous confectionner une torche. Nous en aurons probablement besoin. »

Alors qu’Aridel s’exécutait, Locan se mit a parcourir de la main la paroi rocheuse, probablement à la recherche d’une ouverture. Au bout de quelque temps, ses doigts accrochèrent une anfractuosité et le brigand émit un petit grognement de satisfaction.

Ça y est, j’ai trouvé la porte. »

Aridel rejoignit son compagnon, une torche de fortune -faite de brins d’herbes et de racines séchées- à la main.

« Allume cette torche, ordonna Locan. Nous ne devons pas traîner ici. »

Le brigand tira vers lui sa main, tout en gardant ses doigts dans l’ouverture rocheuse. Un bruit sourd se fit entendre, et, à la grande surprise d’Aridel, la paroi rocheuse se fendit et coulissa en arrière, laissant apparaître l’obscure entrée du tunnel. Locan s’y engouffra instantanément et Aridel ne put que le suivre.
A peine Aridel eût-il franchi le seuil de la porte qu’il sentit un souffle d’air derrière lui, suivi d’un claquement sec. La porte s’était refermée après lui. Il était à présent forcé de continuer en avant et de suivre Locan dans cette caverne peu rassurante.

Le brigand ne semblait pas surpris outre mesure par la fermeture de la porte. Il prit la torche des mains d’Aridel et se dirigea vers un escalier, juste en face des deux hommes. Aridel le suivit et s’engagea lui aussi sur les marches de pierre.

L’air du tunnel était frais et sec et somme toute pas désagréable. De temps a autre, Aridel distinguait de petites bouches d’aération qui devait permettre à l’atmosphère de se renouveler. Le tunnel lui même semblait très solide, recouvert d’une sorte de mortier. Il s’agissait très clairement d’une construction humaine, probablement très ancienne. Aridel soupçonnait qu’elle avait été construite en des temps immémoriaux par le savoir des mages.

Locan semblait parfaitement savoir où il allait, ce qui était plutôt rassurant. Ce qui inquiétait un peu plus le mercenaire, cependant, était leur petite torche qui commençait à montrer des signes de faiblesse. Lorsqu’Aridel fit part de ses craintes à son compagnon, cependant, ce dernier se contenta de répondre :

« Nous allons bientôt arriver dans la zone éclairée ou la torche deviendra inutile. »

Zone éclairée ? Cela signifiait-il qu’il y avait des habitants dans ce tunnel ? Encore un motif d’inquiétude pour le
mercenaire. C’est donc résigné et anxieux qu’il continua à avancer à la suite du brigand.

Au bout de vingt minutes de marche, Locan s’arrêta. La lumière de la torche était maintenant réduite à une mince flammèche, n’éclairant pas plus qu’une bougie. A l’endroit où le brigand s’était arrêté se trouvait une petite protubérance dans le mur du tunnel, faite d’une matière qu’Aridel ne connaissait pas. Locan appuya alors sur cet objet, et soudainement la galerie s’éclaira d’une lumière intense, éblouissant Aridel.

Les yeux du mercenaire mirent un moment à s’habituer à cette nouvelle clarté et, alors qu’il recommençait tout juste à y voir normalement il sentit qu’on se saisissait de son bras droit.