Espoir (4)

Djashim fut réveillé par une lourde vibration qui faisait trembler son lit. Les murs eux-mêmes semblaient vibrer, entrant en résonance avec un bruit intense qui venait de l’extérieur. Piqué par la curiosité, le jeune garçon se précipita instantanément à la fenêtre. Sa chambre se trouvait, tout comme celle de Domiel et Lanea, au bout de ce que les mages avaient appelé l’aérodrome, non loin de l’endroit où étaient entreposés les dragons.

C’étaient ces machines volantes que Djashim observait à présent de ses yeux ébahis. Les dragons, innombrables, défilaient, sortant un par un de leur hangar. Ils se mettaient lentement en rang sur la piste de décollage, prêts à prendre leur envol. Le vrombissement de leurs moteurs était bien entendu à l’origine du bruit qui avait réveillé le jeune garçon. C’était un spectacle surréaliste. Comment imaginer, même en rêve, une telle démonstration de puissance ? Que des êtres humains soient capable de concevoir et faire fonctionner de telles machines dépassait son entendement. Pourtant ce qu’il avait sous les yeux était on ne peut plus réel. La ligne de dragons qui se découvraient à ses yeux semblait presque infinie. Il fallait absolument qu’il les voie de plus près ! Enfilant rapidement ses vêtements, il sortit pour profiter du spectacle.

A l’extérieur, le vacarme était assourdissant. Les dragons continuaient à sortir, remplissant la piste. Djashim aperçut Domiel et Lanea qui étaient eux aussi en train d’observer ces impressionnantes manœuvres. Il s’approcha et cria pour se faire entendre par dessus le bruit :

– Qu’est ce qu’il se passe, Domiel ?

– Les dragons partent pour Cersamar, répondit le mage. Oeklos a décidé d’attaquer l’Empire de Dûen, et sans l’aide de Dafashûn, les défenseurs n’ont aucune chance.

Au moment où il finissait sa phrase, Djashim vit le dragon qui se trouvait en tête du groupe se mettre à accélérer soudainement. Sa vitesse était inimaginable, bien plus rapide qu’un cheval au galop. Arrivé au deux tiers de la longue plaine herbeuse qui constituait sa piste d’envol, l’appareil leva son nez, et se roues quittèrent le sol. Il volait ! Djashim n’en revenait pas : il venait de voir un dragon décoller. Il n’eut cependant pas le temps de s’appesantir sur ce fait, car déjà un deuxième appareil imitait le premier. Il fut suivi par un troisième, un quatrième… Et ainsi commença un défilement ininterrompu de machines volantes. Bientôt, le ciel en fut rempli, comme si une nuée d’oiseaux migrateurs métalliques avait décidé de survoler Dafashûn.

Les dragons qui avaient décollé en premier attendaient les autres en tournant au dessus de l’aérodrome. Ils volaient en formation, formant des V qui semblaient vouloir percer les nuages.

– Et voilà ! cria Domiel. Deux-cent cinquante dragons ! Cela va donner à réfléchir à Oeklos. Espérons qu’ils arriveront à temps.

– Dans combien de temps arriveront-ils à Cersamar ? demanda Lanea.

– Ils doivent faire escale ce soir à Amilcan, une de nos bases au sein de l’Empire de Dûen, donc ils arriveront sûrement demain matin.

– Prions pour que leur nombre soit suffisant…

– Il le sera, j’en suis sûr. Ces dragons apportent aux hommes d’Erûsard l’espoir. Ils vont leur montrer qu’Oeklos n’est pas invincible !

***

– Repliez-vous ! criait Aridel. Retraite ! Retraite !

Daethos se trouvait juste derrière le prince d’Omirelhen. Tout comme lui, le Sorcami était couvert de sang. Pas tant le sien que celui de ses semblables et des humains qui avaient trouvé la mort dans ce combat d’une violence inouïe. Daethos n’avait jamais vu autant de cadavres rassemblés en un seul endroit. Comment pouvait-on en arriver là ? Le Sorcami se secoua la tête. Ce n’était pas le moment de s’attarder sur ces questions. Sa survie et celle d’Aridel étaient en jeu. Les Raksûlak d’Oeklos étaient là, et ils bombardaient sans relâche les cavaliers Dûeni. Les humains n’avaient aucun moyen de défense contre ces attaques aériennes, et les arquebusiers qui auraient pu leur venir en aide étaient bloqués par l’artillerie des navires d’Oeklos. La seule chose qui restait à faire était donc de fuir, en espérant de pas être touché par les bombes des Raksûlaks.

– Il est impossible de résister à Oeklos en terrain découvert, cria Aridel au Sorcami. Si nous nous en sortons, il faudra que nous fassions rentrer le plus de troupes possible dans la ville de Cersamar, où l’avantage des Raksûlaks ne sera pas aussi grand. C’est la tactique qui m’a permis de lui tenir tête à Thûliaer.

Daethos n’avait qu’une vague idée de ce dont parlait son compagnon, mais il sentait l’urgence de ses propos. Une bombe tomba alors à moins de six toises d’eux, les éclaboussant de projectiles brûlants. Daethos tenta tant bien que mal d’ignorer la douleur, continuant à suivre le prince d’Omirelhen.

Le Sorcami vit un cavalier les dépasser. Il mit un moment à réaliser l’horrible vision qu’il avait eu devant les yeux. L’homme était en flammes. Il hurlait d’agonie, appelant sa mère dans son désespoir. C’était tout simplement une scène provenue de l’enfer. Daethos se remémora alors la mission que ses ancêtres lui avaient confié en rêve. Il aurait dû empêcher de telles horreurs de se produire ! Ses pères avaient compté sur lui, et il avait failli à sa tâche. Tout ce qu’il pouvait faire à présent, s’il voulait conserver une partie de son honneur, c’était de faire en sorte qu’Aridel survive à cette bataille. C’était une tâche qui s’annonçait des plus ardues…

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