Espoir (1)

Espoir (1)

Elinel tremblait. Il ignorait si c’était la peur ou le vent qui provoquaient ces frissons incontrôlables, mais il savait qu’il aurait tout donné pour se trouver à cent lieues de cet endroit maudit !

Il était pourtant condamné, comme le reste de son bataillon, à rester sur place. Les ordres étaient clairs, et Elinel connaissait la sanction s’il désobéissait. Sa vie n’aurait pas valu beaucoup plus cher que celle de l’un de ces hommes-sauriens…

Un cri retentit.

– Attention !

Obéissant à son instinct, Elinel se jeta à terre, comme la plupart des soldats qui l’entouraient. Juste à temps. Il entendit le sifflement du boulet, et le coup sourd lorsque ce dernier finit par toucher le sol, une vingtaine de toises derrière lui. Il en fut quitte pour quelques petites projections de terre humide, se demandant s’il aurait autant de chance la prochaine fois. Maudits canons ! Le pilonnage avait commencé dès l’aube, et les navires ennemis, en contrebas, semblaient disposer d’une réserve inépuisable de munitions…

Et si seulement c’était leur seul problème ! Elinel se rappelait encore la vision du rayon démoniaque qui avait complètement rasé les remparts de Cersamar, détruisant les murs de pierre comme s’il s’agissait d’une motte de beurre. Et pour couronner le tout, ces satanés Sorcami volants étaient arrivés ! Les Raksûlaks, comme les appelait le lieutenant, passaient en permanence au dessus d’eux pour les bombarder de lances ou de boules de poix enflammées. Il avait fallu à Elinel tout son courage pour ne pas partir en courant lorsqu’il avait vu plusieurs de ses camarades hurler à la mort, couverts de flammes. Bien sûr, personne n’avait rien pu faire pour eux…

– Serrez les rangs ! cria une voix.

C’était le lieutenant, qui répéta son ordre en aboyant comme à son habitude. Tous les soldats se mirent au coude à coude, leurs lances pointées en l’air. Une formation qui existait autant pour les protéger que pour les empêcher de fuir sous le feu de l’ennemi. Elinel n’avait pas le choix. Il se mit en rang comme tout le monde.

– En avant, marche ! ordonna alors le lieutenant.

Ils partaient ? Que se passait-il ? Rien de bon, supputa Elinel. Il allait demander à son voisin s’il en savait plus que lui, lorsqu’il surprit une conversation devant lui.

– Il parait que les Sorcami ont débarqué sur la plage Est. La cavalerie de Cersamar est en train de les repousser, et on est supposé les aider.

– Tu parles, dit son voisin… On va encore servir de chair à canon pendant que ces messieurs les cavaliers montrent la croupe de leur chevaux aux diables verts.

A ce moment, le lieutenant aboya un nouvel ordre.

– Au pas de course !

Instantanément, tous les fantassins du quatrième bataillon, troisième régiment de la légion de Bretosamar se mirent à courir. Ils descendirent rapidement le chemin menant à la plage en contrebas. Tout était rempli de fumée, mais à travers les têtes de ses compagnons, Elinel aperçut la masse noire de cavaliers aux prises avec une troupe entière de monstres à la peau verte. Et c’est vers cet endroit qu’ils se dirigeaient ! Elinel serra très fort sa lance, sentant la panique le gagner. Il n’y avait aucun échappatoire. Aucun ! Elinel vit alors le capitaine, assis sur son cheval, s’approcher d’eux.

– Soldats, dit-il. Les Sorcami, ces démons verts sans âme, entendent envahir notre Empire. Et ils s’imaginent qu’on va les laisser faire. Mais nous avons notre mot à dire, vous ne pensez pas ?

– Si ! cria quelqu’un.

– Alors tous avec moi ! Serrez les rangs et sus à l’ennemi !

Le lieutenant leva alors son épée.

– A mort ! cria t’il

– A mort répétèrent en chœur les soldats, y compris Elinel, presque malgré lui.

– Chaaaaargez ! ordonna alors le capitaine.

Et tous, tête baissée, se mirent à courir en direction des Sorcami. Oubliée, la terreur, ils allaient bien voir ce que…

Elinel n’eut pas le temps de finir sa pensée. Au dessus de lui, un Raksûlak venait de larguer un de ses projectiles de poix enflammée qui écrasa la malheureux fantassin, brûlant en même temps une grande partie de ses camarades.