Combat (5)

Combat (5)

Une brume matinale recouvrait la vallée de l’Ikrin, diffusant la lueur rouge-orangée du soleil levant. Cela faisait plus d’une heure qu’Aridel était réveillé, et ils lisaient l’anxiété dans les yeux de ses hommes. Certains n’avaient visiblement pas dormi de la nuit et leurs regards rougis soulignaient leur fatigue. D’autres avaient travaillé très tardivement, préparant les défenses et les pièges qu’Aridel leur avait ordonné de construire. Ils étaient bons terrassiers, et la montée de la berge ne serait pas une partie de plaisir pour les Sorcami.

Alors qu’Aridel observait les pièges et les obstacles mis en place sur la pente, un coup sourd retentit, suivi d’un autre, puis d’un autre, puis d’un autre, le tout se fondant en un grondement menaçant. C’était l’artillerie de Sortelhûn qui pilonnait la rive opposée du fleuve. Les Sorcami étaient donc là, même si, d’où il était placé, Aridel ne pouvait les voir. La bataille de l’Ikrin venait de commencer.

***

Au loin, Aridel pouvait apercevoir une épaisse fumée noire cachant l’horizon. Une rumeur de cris et de bruits métalliques semblait venir de cette direction mais il était impossible de distinguer quoi que ce soit à travers l’épais feuillage des arbres qui entouraient le peloton d’Aridel. Cela faisait deux heures que l’artillerie de Sortelhûn continuait son pilonnage sans interruption, et Aridel commençait à douter de son efficacité. Le mercenaire rageait de ne pouvoir voir ce qu’il se passait. Il aurait aimé savoir si les Sorcami étaient en train de traverser le fleuve. Quand allait-il devoir se battre ? l’attente était intolérable.

Aridel s’apprêtait à descendre auprès de son lieutenant pour voir s’il avait reçu des nouvelles fraîches quand il aperçut une lueur emplissant le ciel.

Il ne lui fallut pas longtemps pour reconnaître la lumière qui avait frappé Fisimkin, moins de deux mois auparavant. Et juste au moment ou il réalisait ce qui allait se passer, le sol se déroba sous lui, et une explosion assourdissante emplit ses oreilles. Aridel se coucha, faisant signe à ses hommes de faire de même.

Pendant plus de dix minutes, des explosions vinrent secouer la terre autour d’Aridel, puis soudainement, le bruit se tût. On n’entendait plus non plus le grondement des canons de Sortelhûn. Instantanément, Aridel réalisa ce qu’il venait de se produire. Les Sorcami avaient utilisé leur rayon céleste pour détruire l’artillerie de Sortelhûn, laissant ainsi le
champ libre à l’infanterie des hommes-sauriens.

Aridel se releva, et ordonna d’une voix sèche. « Levez-vous, levez-vous tous ! ». Il lui fallait a présent des ordres clairs du lieutenant. Il y avait fort à parier que les Sorcami allaient attaquer sous peu.

Aridel trouva son officier supérieur caché derrière un arbre. Il était prostré, le regard vide et ne répondait a aucune question. Aridel n’insista pas. Il avait vu cet état chez de nombreux hommes. Sous la pression, ils se renfermaient sur eux-mêmes et on ne pouvait plus rien tirer d’eux. Aridel était donc de fait devenu le commandant du peloton. Il lui fallait agir vite. Instantanément, il sentit ses réflexes de soldat revenir.

« En ligne derrière les pièges ! » ordonna-t-il à ses hommes. « Restez sous les arbres ! »

Les chênes étaient en effet leur seul protection contre les Raksûlaks qui ne manqueraient pas d’arriver.

Soudain une clameur retentit, à l’endroit ou se trouvait le peloton de première ligne. Un groupe de Raksûlaks venait de débarquer sur la berge, et leur cavaliers Sorcami avaient mis pied à terre, attaquant les hommes du lieutenant Iûdel.

Aridel lut la terreur dans les yeux de ses hommes. Mais il fallait tenir ! Tout n’était peut être pas perdu.

« Ecoutez-moi ! Nous ne pouvons pas céder. Si nous fuyons ici, les Sorcami auront accès à vos terres ! Voulez-vous voir ces monstres violer vos femmes et tuer vos enfants ? Tenez la ligne ! Restez avec moi ! Nous montrerons à ces envahisseurs que rien ne peut vaincre la volonté des hommes de Sortelhûn ! »

Le discours de leur sergent eut clairement un effet sur les hommes d’Aridel car certains se relevèrent dans une attitude de défi et brandirent leurs lances en direction des hommes-sauriens.

Ce n’était pas le cas des hommes du lieutenant Iûdel qui semblaient avoir perdu le peu de bravoure qu’ils possédaient et abandonnaient leur poste de manière totalement désordonnée, les Sorcami à leurs trousses. Certains butaient dans les pièges posés par les hommes d’Aridel et se faisaient massacrer par les guerriers reptiliens.

Les hommes-sauriens se rapprochaient à présent dangereusement du peloton d’Aridel. Lorsqu’ils furent a moins de cinq toises du mercenaire, celui ci ordonna :

« Jetez leurs vos lances ! »

Les sifflements des armes entourèrent alors Aridel, qui, à son grand bonheur vit quelques Sorcami tomber à terre, une lance fichée dans leur poitrine. Il dégaina alors son épée, et la pointant vers les Sorcami, cria d’un ton de défi :

« En avant ! Chargez les ! Pour Sortelhûn ! Pour vos terres ! Pour vos familles ! »

Le mercenaire se mit alors à courir en direction de ses ennemis, prêt à se battre, peut-être pour la dernière fois de sa vie.

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