Combat (4)

Combat (4)

Ce n’est qu’après deux jours à se morfondre dans sa chambre de la grande tour de Rûmûnd que Shari put enfin avoir accès à la bibliothèque. Le comte de Rûmûnd, même s’il reconnaissait l’autorité du roi et donc de maître Nidon, se montrait extrêmement méfiant envers l’ambassadrice de Sûsenbal, à la limite de l’impolitesse. Il lui avait interdit toute visite de la forteresse et l’avait confinée à ses quartiers jusqu’à ce qu’il puisse vérifier avec certitude son identité. Shari ne comprenait pas cette aversion du noble envers elle. En bonne diplomate, elle s’était simplement contentée d’obéir à ses directives, tout en sachant parfaitement qu’il finirait par lui laisser le champ libre. Mais que de temps perdu ! Sans compter que l’ennui commençait à gagner la jeune femme. Quand enfin un garde était venu lui annoncer qu’elle était autorisée à circuler dans la forteresse, elle s’était donc précipitée vers la bibliothèque, où se trouvait déjà maître Nidon.

Le vieil homme était en train de parcourir un antique grimoire dont les pages poussiéreuses dégageaient une odeur de moisi. Autour de lui il y avait de nombreux livres et rouleaux, certains ouverts sur une table, certains posés à même le sol. Derrière la table où était assis maître Nidon, se trouvaient des rangées entières d’ouvrages et d’anciens textes, s’étendant à perte de vue. Shari pouvait à peine distinguer la fenêtre marquant le fond de la pièce.

– Bonjour, maître Nidon, salua la jeune femme. Vous semblez déjà à pied d’œuvre, à ce que je vois.

Le vieil homme, surpris, leva la tête :

– Oh ! Bonjour, excellence. Je suis content de voir que vous avez eu l’autorisation de sortir de votre chambre. Comme vous le voyez, j’ai fort à faire dans cette bibliothèque. Votre aide ne sera pas un luxe.

– Je le pense aussi. De quelle manière puis-je vous aider ?

– Et bien voyez-vous, je recherche tous les ouvrages ayant trait à la construction de cette forteresse, et notamment les plus anciens, ceux écrits par les Sorcami. Cela me permettra d’avoir une idée des endroits le plus susceptible de receler des artéfacts datant de l’époque des mages.

– Avez-vous déjà trouvé quelque chose ?

– Oui et non. J’ai pu déterminer que toutes les zones de la forteresse située en surface ont été construite après la conquête de Sorcasard par les Sorcami. Donc, s’il reste des reliques des anciens, elles se trouvent forcément au sous-sol, dans les caves. Mais les caves de Rûmûnd sont vastes et constituées d’un dédale de couloirs, certains non utilisés depuis des siècles… J’essaie donc de voir si je peux trouver une indication plus précise de l’endroit qui nous intéresse.

Shari se remémora alors sa conversation avec le jeune lieutenant qui les avait escorté jusqu’à Rûmûnd.

– Les natifs de la région racontent que les caves de la forteresse seraient hantées. Peut-être qu’en les interrogeant je trouverai un indice permettant d’aiguiller vos recherches ?

Le vieux sage leva la tête.

– C’est une très bonne idée excellence. Je n’y avais pas pensé. Je vous remercie par avance de votre aide.

– De rien, maître. Je reviendrai vous voir si j’ai du neuf.

***

Shari était descendue aux cuisines de la forteresse. Elle savait d’expérience que les cuisiniers et marmitons étaient les plus au courant de toutes les rumeurs qui circulaient dans un palais, et avait souvent eu recours à leurs renseignements.

La femme corpulente qui se trouvait en face de Shari ne faisait pas exception, et une fois qu’elle eût fini de raconter ses malheurs et la stupidité de ses aides, elle était prête a parler des légendes de la forteresse.

– Ah les caves, m’dame, vaut mieux pas y aller seule, moi je vous le dis. Il s’y passe des choses pas nettes, d’la sorcellerie d’l’ancien temps si vous voulez mon avis.

L’accent de la cuisinière était très prononcé, et Shari avait parfois du mal à suivre ce qu’elle disait.

– Quel genre de sorcellerie ? demanda la jeune femme.

– Oh ça je veux pas le savoir, m’dame. Ma sœur elle dit que c’est l’fantôme de Cersam Gindûn, le sorcier noir, qui hante le château. Moi j’crois plutôt que c’est l’château lui même qui veut pas qu’on l’visite. En tout cas moi j’mettrai plus jamais les pieds dans l’vieux cellier, ça pour sûr.

Cette dernière phrase interpella Shari.

– Pourquoi donc ? Qu’y a-t’il dans ce vieux cellier ?

– Oh et bien,pour vous dire la vérité, quand j’étais toute jeunette, j’y ai été une nuit avec un bon ami à moi. On voulait être tranquille, si vous voyez c’que j’veux dire. Et alors qu’on commençait à s’occuper un peu, tout d’un coup, comme ça, le sol s’est allumé, comme si les feux d’l’enfer venaient nous chauffer les pieds. Et bien sûr y avait personne. J’peux vous dire qu’mon ami et moi on a détalé comme des lapins, et on m’reprendra plus à visiter le cellier de nuit !

Voilà qui devenait intéressant. Le sol lumineux était un signe souvent présent dans les ouvrages parlant des Anciens.

– Pourriez-vous m’indiquer où se trouve ce vieux cellier ? demanda Shari.

– Oh m’dame ! Vaut mieux pas qu’vous y alliez. C’est pas un endroit pour une belle dame comme vous et tout ça.

– Ne vous inquiétez pas pour moi. J’irai avec des gardes s’il le faut. Dites moi juste où est cette pièce.

La cuisinière expliqua alors à Shari, non sans réticence, comment atteindre les caves. Ce n’était pas très loin, et Shari décida d’y aller directement. Il lui fallait quelque chose de plus concret que l’histoire de la cuisinière à présenter à Redam Nidon, et elle espérait bien trouver ce qu’elle cherchait dans le « vieux cellier ».