Combat (2)

Combat (2)

La caravane était à présent aux portes de la forteresse de Rûmûnd. Le bâtiment de roche noire les dominait de ses hautes murailles à l’aspect inquiétant. Le lieutenant avait dû par trois fois présenter les sauf-conduits de Shari et de maître Nidon avant de pouvoir atteindre la porte principale. Même dans cette région relativement reculée d’Omirelhen, les rumeurs de guerre avaient rendu les gens méfiants et inquiets.

Les battants de la porte étaient, à l’image du reste de l’édifice, constitués d’un métal noir dont le poids devait être immense. Shari doutait qu’un simple bélier puisse les enfoncer. Deux gardes vêtus d’une cotte de maille noire se trouvaient à l’entrée et le lieutenant leur parlait avec animation.

– Nous ne pouvons laisser entrer personne après sept heures, expliquait le premier garde. Nos ordres sont très stricts, et…

– Ce sauf-conduit a été signé par le roi Leotel en personne, soldat, coupa le lieutenant. Veuillez immédiatement informer le comte Daikan de notre présence. Je pense que l’ambassadrice de Sûsenbal et maître Nidon, de la cour, n’apprécieront pas beaucoup cette attente.

Le garde semblait hésiter, incertain de la marche à suivre. D’un côté il se trouvait en présence d’un sauf conduit royal, mais de l’autre il risquait d’avoir à subir le courroux de son seigneur. Il finit cependant par céder au lieutenant.

« Ouvrez les portes ! », cria-t’il.

Instantanément, un lourd bruit de chaînes se fit entendre, et dans un grincement métallique, les lourds battants de la porte s’entrouvrirent, laissant progressivement apparaître la cour intérieure de la forteresse de Rûmûnd.

 

university_courtyard

Cette dernière semblait plongée dans l’obscurité, même si la nuit n’était pas encore tombée. Les ombres de ses hautes tours cachaient en effet complètement la lumière du jour, donnant une impression lugubre dont Shari eut du mal à se défaire.

La forteresse de Rûmûnd n’était clairement pas habituée à recevoir des visiteurs et l’hospitalité laissait à désirer. Personne ne vint accueillir les voyageurs, et il fallut que le lieutenant donne des ordres très clairs pour que l’on vint s’occuper de Shari et de maître Nidon.

Au bout d’un quart d’heure cependant, un homme descendit dans la cour, accompagné de deux gardes.

– Je suis le comte Daikan de Rûmund. Comment se fait-il que je n’ai pas été informé de cette visite, lieutenant ?

Le comte regardait Shari d’un air suspicieux. L’origine étrangère de la jeune fille semblait le gêner. Et bien il s’y habituerait, se dit-elle.

Redam Nidon était sorti de sa voiture et répondit à la place du lieutenant.

« Messire, je suis Redam Nidon, gardien du savoir d’Omirelhen. Sa majesté Leotel, roi d’Omirelhen, nous a confié une mission d’une extrême importance mais qui exige aussi de la discrétion. C’est pour cela que nous n’avons pas envoyé de messager pour nous prévenir. Nous vous expliquerons tout en détail très bientôt. Mais nous aimerions, ma compagne, l’ambassadrice de Sûsenbal, et moi, pouvoir nous rafraîchir avant tout. Auriez-vous l’obligeance de nous montrer nos chambres ? »

Le ton du vieil homme était poli mais ferme, indiquant clairement à son interlocuteur que c’était lui qui donnait les ordres à présent. Le comte, visiblement vexé, ne put que s’incliner.

« Mes serviteurs vont vous conduire aux quartiers des hôtes. J’attendrai avec impatience votre visite. »

Le comte s’en alla alors sans dire un mot de plus. Malgré cet accueil un peu froid, Shari était remplie d’excitation : elle se trouvait enfin dans la forteresse de Rûmûnd.