Combat (1)

Combat (1)

Chapitre IV – Combat

Le soleil levant éclairait de sa lumière rouge les Sordepic, monts sombres balafrant l’horizon de leurs formes déchiquetées. Au milieu de ce chaos rocheux, un point noir commençait à se dessiner, comme une balise défiant les brumes matinales.

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« La forteresse de Rûmûnd, excellence, annonça le jeune lieutenant à Shari. Nous devrions l’atteindre d’ici ce soir au plus tard. »

Shari plissa les yeux, essayant de distinguer le plus de détails possible sur leur destination. Cela faisait maintenant dix jours que la jeune fille avait quitté Niûrelhin, accompagnant le vieux maître Nidon et sa suite. Elle avait passé le début du voyage dans la voiture fermée qui transportait le vieil homme. Au bout de trois jours, cependant, l’ennui avait eu raison d’elle, et Shari avait décidé de continuer à cheval. Elle chevauchait à présent à l’avant de la colonne de soldats escortant la voiture, tenant compagnie au lieutenant de peloton qui était aussi leur guide. Shari avait conscience qu’une femme montant à cheval n’était pas chose courante dans la culture Omireline, mais elle n’en avait cure. Les Omirelins s’y feraient. Le jeune lieutenant s’était d’ailleurs montré très aimable avec l’ambassadrice, prenant très à cœur son rôle de guide auprès d’elle. Shari avait ainsi pû apprendre de nombreux détails sur la géographie du sud d’Omirelhen, parfois même plus qu’elle ne le souhaitait.

Le lieutenant était en effet natif du comté de Rûmûnd, et il semblait particulièrement heureux d’y retourner en si illustre compagnie. Shari savait donc que sa présentation de la forteresse de Rûmûnd ne s’arrêterait pas à une simple phrase, et elle ne se trompait pas.

« La forteresse n’a l’air de rien vu d’ici, mais il s’agit probablement de l’un des bâtiments les plus anciens de la péninsule d’Omirelhen, prédatant même l’arrivée de l’empire de Dûen à Sorcasard. »

Shari était d’un naturel curieux, et elle ne put s’empêcher de rebondir sur cette dernière phrase.

– Vraiment, lieutenant ? Je l’ignorais. Qui donc a construit cette forteresse si ce n’est pas les colons de Dûen ? Les Sorcami eux-même ?

– Oh non, excellence, le bâtiment est bien plus ancien que ça. Les Sorcami ont pour sûr bâti plusieurs ailes de la forteresse, mais le cœur de cette dernière n’est certainement pas leur œuvre. La forteresse est à l’origine une construction des Anciens, où du moins c’est ce que j’ai appris étant enfant.

Shari l’avait bien entendu déjà lu dans les documents que lui avait remis maître Nidon, mais entendre l’histoire de la forteresse de la bouche d’un de ses habitants pouvait se révéler enrichissant. De plus, l’ambassadrice ne voulait pas vexer le jeune lieutenant, et les histoires des mages de l’empire de Blûnen, les Anciens, la passionnaient.

« Racontez-moi donc, lieutenant. Je suis avide d’en savoir plus sur Rûmûnd. »

Le jeune officier, ravi d’avoir trouvé un public, ne se fit pas prier.

« Voyez-vous, excellence, on raconte qu’à l’époque où les Anciens dominaient le monde, le comté de Rûmûnd n’était qu’une gigantesque cité dont les constructions s’étendaient à perte de vue, cachant même les Sordepic au regard du voyageur. C’était la plus grande ville qu’Erûsarden ait jamais porté, Gogaminas la magnifique. C’est à cet endroit que les Anciens ont accompli leurs plus grands exploits et créé leurs plus belles machines. Les tours de la ville étaient si hautes qu’elles en touchaient les nuages, et au centre se trouvait la plus haute d’entre elle la tour de Sûcan. C’était un véritable palais où les mages venus des quatre coins du monde se réunissaient. A cette époque des Sorcami vivaient aussi dans la cité, s’occupant de toutes les basses besognes de la ville. Ils étaient présents paratiquement partout, dans chaque bâtiment, chaque rue, chaque cave, attendant patiemment leur heure. C’est ainsi que lorsqu’ils se sont rebellés, il leur a été facile d’infiltrer et détruire un à un tous les palais des Anciens, réduisant en un instant Gogaminas en poussière. La tour de Sûcan a cependant résisté plus longtemps, car les Anciens disposaient là d’une garnison militaire. Après plusieurs jours d’une bataille sans merci, les soldats ont malgré tout finit par se rendre aux Sorcami, non sans avoir auparavant détruit tout le haut de la tour, ne laissant intact que les fondations. Les Sorcami, reconnaissant la valeur de leurs adversaires ont alors décider de les honorer en construisant un fort sur ces dernières. C’est ce fort qui est devenu la forteresse de Rûmûnd lorsque l’empire de Dûen a reconquis la péninsule d’Omirelhen, il y a cinq cents ans. »

Le lieutenant avait parlé d’une traite, reprenant à peine son souffle. Bien que légèrement enjolivée par rapport à ce qu’avait pu lire Shari, son histoire était étrangement juste. Elle prendrait à présent plus au sérieux le jeune officier.

– Je me demande ce qu’il peut bien rester de ces fondations à présent, dit Shari, réfléchissant tout haut. Et si quelque magie des Anciens s’y trouve encore.

– Je ne sais pas si la forteresse est magique, répondit le lieutenant, mais il ne faut pour sûr pas s’aventurer seul dans les caves. Il s’y passe des choses étranges une fois la nuit tombée. Certains parlent même de malédiction ou de fantôme, mais je ne crois pas à ces sornettes. Il parait bien plus probable que les mages ou les mages noirs ont laissé quelque chose dans les caves que nous n’avons pas encore découvert. »

Shari acquiesça en silence. L’exploration de la forteresse de Rûmûnd allait se révéler bien plus intéressante qu’il n’y paraissait. Il faudrait absolument qu’elle approfondisse cette histoire de caves.