Cersamar (3)

Cersamar (3)

Domiel faisait les cent pas dans la chambre du palais de Dafakin qu’il partageait avec Lanea. Le mage avait du mal à cacher sa frustration. Trois mois ! Trois mois qu’ils étaient coincés dans la capitale du royaume des mages ! Trois mois pendant lesquels aucune décision n’avait été prise. Le seul point positif de cette attente était que Domiel avait pu passer du temps auprès de Lanea, sans la présence d’un danger imminent. La jeune femme avait en effet tenu à rester avec son compagnon tandis que le conseil des archimages statuait sur leur sort et celui de Dafashûn. A présent qu’Omoniel était mort, les deux amants n’avaient plus aucune raison de cacher leur relation, et Domiel réalisait à quel point la jeune femme avait toujours été une partie de lui, même pendant ses neuf années d’exil.

Les deux mages et Djashim avaient été appelés à comparaître de nombreuses fois devant le conseil, pour éclaircir tel ou tel point de leur histoire. Bien que l’enquête menée par les Dalfblûnen aie corroboré l’intégralité du récit de Domiel, les archimages n’arrivait toujours pas à prendre une décision. Le sort des trois voyageurs était également était toujours en suspens. C’était comme si les instances dirigeantes de Dafashûn s’étaient figées dans leur inertie, incapables de vaincre leur peur.

Pendant ce temps la situation en Erûsard étaient devenue critique. Oeklos avait profité de l’inaction des mages pour s’emparer de Sanif et Sorûen, sans rencontrer de véritable résistance. A présent, si les dernières informations d’Erûciel étaient correctes, le baron se tournait vers l’Empire de Dûen, le dernier royaume humain capable de lui tenir tête.

La situation du continent de Sorcasard n’était pas bien meilleure. Omirelhen et Niûsanif résistaient encore péniblement, mais tout le reste du continent était sous l’égide d’Oeklos. Si le baron parvenait à s’emparer d’Erûsard, que pourraient deux royaumes isolés face à une telle puissance ? Il était vital que les mages agissent rapidement et contrent les desseins de leur ennemi commun ! L’un des principes fondateurs de Dafashûn était de protéger le monde contre les menaces induites par le savoir des Anciens, et le conseil reniait ce devoir ! Domiel donna un coup de pied dans l’armoire qui se trouvait en face de lui et cria, laissant exploser sa rage. Lanea s’approcha de lui et lui mit la main sur l’épaule, tentant de le calmer.

– Ne te mets pas dans cet état, lui dit-elle doucement. Ils finiront bien par entendre raison. Mon père est borné et têtu, mais malgré tous ses défauts, je sais qu’il à l’intérêt de Dafashûn à cœur. Nous…

La jeune femme s’interrompit. La vitre devant laquelle ils se trouvaient venait de se briser en mille morceaux et un projectile était venu s’encastrer dans le mur opposé. Il était passé à moins d’un pouce de la tête de Lanea. D’instinct, Domiel plongea à terre, entraînant la jeune femme avec lui.

Au moment même où son corps touchait le sol, le sifflement d’un nouveau projectile passa au dessus de lui, rapidement suivi d’un troisième et d’un quatrième. Domiel regarda Lanea et vit la terreur dans son regard. Cela ne fit qu’alimenter encore plus sa rage. Qui avait osé ?

On tentait de les assassiner, au cœur même de la ville la plus « civilisée » du monde ! Reprenant ses esprits, il fit signe à Lanea de ramper vers la porte de la chambre, et la suivit. Au dessus d’eux, les sifflements avaient cessé, mais le mage ne voulait prendre aucun risque. Lorsqu’ils eurent quitté la pièce, il se releva et courut pour alerter le garde de faction.

***

– Je n’arrive toujours pas à réaliser ce qui vient de ce produire, dit Erûciel. L’audace de celui qui a tenté un coup pareil est incroyable ! Il faut être fou ou désespéré pour utiliser une arme à feu à Dafakin. La peur ferait faire n’importe quoi au meilleur d’entre nous, ajouta-t’il d’un air navré.

– Vous n’avez donc aucune idée de l’identité de celui qui veut notre mort ? demanda Lanea.

– Je ne peux que spéculer, ma chère enfant. Cela pourrait être un assassin mandaté par un partisan de l’inaction face à Oeklos. Mais qu’un archimage s’abaisse à de telles pratiques me parait si invraisemblable que j’ose à peine l’imaginer. Pourtant l’alternative est pire encore…

– De quoi parlez-vous ?

– Eh bien il se pourrait qu’Oeklos aie des agents au sein même de Dafakin, et que ce soient ceux-ci qui aient décidé de vous éliminer. Cela parait impensable, mais pourtant il nous faut envisager toutes les possibilités. Il se pourraient que les mages noirs n’aient pas entièrement disparu et que certains se terrent depuis des années dans notre royaume…

Le silence qui suivit était éloquent. C’était une pensée terrible. Des mages noirs infiltrés au sein même de la capitale… Domiel secoua sa tête, en plein déni.

– Cela pourrait aussi tout simplement être un jeune imbécile de l’ordre des Dalfblûnen qui cherche à venger Omoniel, mais cela me parait l’hypothèse la moins probable, reprit Erûciel. Dans tous les cas, cet acte nous force la main. Nous ne pouvons vous laisser risquer vos vies ici.

– Nous… que voulez-vous dire ? demanda Domiel

– Je ne peux pas vous en parler en détail pour le moment, mais sachez simplement que vous n’êtes pas seuls. Si la réunion du conseil de demain ne donne rien, il va nous falloir agir, avec ou sans l’aval du roi.

– Agir ? Domiel ne cachait pas sa surprise. Vous voulez …

Erûciel le fit taire d’un geste.

– Nous avons de puissants alliés, et c’est tout ce que je peux vous dire pour l’instant. Vous en saurez plus le moment venu, lorsque nous passerons à l’action. Dans tous les cas, ne perdez pas espoir. Votre message et vos actions pour Dafashûn ont touché plus de monde que ce que vous pensez. Et si tout se passe comme prévu, vous en verrez bientôt les fruits.

Domiel, interloqué, inclina la tête en signe d’acquiescement.

– A demain, donc, dit-il d’un air entendu.

– A demain, répondit Erûciel.