Cendres (3)

Djashim était bloqué sous un tas de décombres. Quand le tremblement de terre avait commencé, le jeune garçon avait eu le réflexe de se réfugier sous une solide table en métal forgé qui l’avait protégé du plus gros de l’effondrement. Le jeune garçon en était donc quitte pour quelques égratignures. Il était cependant coincé, sans aucune issue lui permettant de se dégager des blocs de béton qui avaient recouvert son abri improvisé, et il commençait à manquer d’air. C’est donc avec un grand soulagement qu’il entendit la voix de Domiel.

– Je suis là, répéta-t’il.

Le jeune garçon entendit alors un bruit au dessus de lui. Domiel était en train d’essayer de dégager les gravats accumulés au desus de sa tête. Il aurait bien aimé pouvoir l’aider, mais la table qui lui avait sauvé la vie lui bloquait également tout accès. Il ne pouvait que taper bruyamment dessus afin de guider Domiel dans son travail. Après ce qui lui parut être une éternité, il entendit soudainement un coup faire écho aux siens sur la table.

– Ecarte-toi, Djashim ! cria Domiel.

Après avoir donné un violent coup de pied à la table qui fit résonner le crane de Djashim, Domiel utilisa une barre de métal comme levier afin de la soulever. Il parvint ainsi à dégager un passage assez grand pour Djashim. Jamais le jeune garçon n’avait été aussi heureux et soulagé de sa vie. Agrippant la main que lui tendait le mage, il s’extirpa du tas de gravats.

– Suis-moi, lui dit Domiel. Lanea nous attend dehors.

Alors qu’ils amorçaient leur retour, le sol se mit de nouveau trembler très violemment, faisant perdre l’équilibre à Djashim, qui trébucha et s’étala de tout son long. Le jeune garçon mit un petit moment à se relever. Il était couvert de poussière et… Mais où se trouvait donc Domiel ? Djashim ne le voyait plus ! Il cria :

– Domiel ! Domiel !

– Ici, Djashim… lui répondit une voix rauque, juste derrière lui.

Le jeune garçon se retourna, et ne put s’empêcher d’émettre un cri d’horreur. Une énorme poutre, probablement tombée de la charpente du toit, s’était abattue sur le mage, broyant son torse et ses jambes. Domiel était couvert de sang et clairement incapable de bouger. C’était même un miracle qu’il puisse encore parler.

– Je vais vous aider, Domiel ! dit Djashim, partagé entre la panique et le désir de sauver son ami.

– No… non Djashim, répondit péniblement le mage. Tu ne peux plus… rien faire pour moi à présent. Mais… tu peux… te sauver. Pars… pars… avant que ça ne s’effondre… Je…

Djashim sentit des larmes lui emplir les yeux.

– Je ne peux pas vous laisser là, renifla-t’il, tentant de réprimer ses sanglots. Vous m’avez sauvé, et je vais vous aider.

– C’est… trop tard… pour moi… Sauve… toi… J’ai… commis une terrible… erreur… avec… Oeklos. Pars, Djashim… retrouve… Lanea… Prenez… un dragon… et partez… Je t’en prie… Pars et ne te … retourne pas.

Le jeune garçon regardait son ami, horrifié. Le mage n’avait même plus la force de pleurer, et du sang coulait de sa bouche. Il cessa soudainement de parler, et son regard devint vitreux.

– Non ! cria Djashim.

Détournant le regard de celui qui lui avait sauvé la vie, le jeune garçon se mit à courir. Il ne voyait plus rien sous le brouillard de ses propres larmes. Accélérant éperdument, il finit par franchir ce qui avait été le mur du hangar et continua à courir sans but. Il entendit soudainement derrière lui un lourd grondement. Le hangar venait d’achever de s’effondrer, devenant le tombeau de Domiel. Djashim s’arrêta net, ne sachant plus que faire. Il sentit alors un bras l’attraper. Il se retourna et vit Lanea. Lorsqu’il croisa le regard de la jeune femme il s’effondra à ses pieds. Elle se mit à genoux en face de lui et lui releva la tête. L’inquiétude qui se lisait dans ses yeux était insupportable.

– Djashim ? Où est Domiel ? demanda-t’elle.

Le jeune garçon ne pouvait même plus parler. Il se contenta de secouer la tête en regardant ses yeux verts. Lorsque la terrible réalité de ce qui s’était produit vint frapper la jeune femme, son visage se couvrit lui aussi de larmes, et et elle se prit la tête dans les mains. Ne sachant quoi faire d’autre, Djashim la prit dans ses bras, et ils restèrent ainsi pendant de longues minutes.

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