Cendres (2)

Domiel fut soudainement projeté à terre. Sa tête heurta le plancher dur et il resta sonné pendant un long moment. Il sentait le sol vibrer de manière incontrôlable, accompagné par un bruit assourdissant. C’était comme quelque chose de gigantesque avait explosé, et continuait d’envoyer des ondes de choc en continu. Les vitres du bureau où il discutait avec Erûciel s’étaient toutes brisées, et l’air extérieur emplissant la pièce, laissant derrière lui une odeur de soufre.

Le mage tenta péniblement de se mettre à genoux. L’effort lui arracha une grimace de douleur, mais il parvint tout de même à se relever un peu. Il tourna son regard vers Erûciel, qui était lui aussi affalé sur le sol. L’archimage émettait des petits râles de douleur, tenant son bras droit couvert de sang. Il avait visiblement été lacéré par l’un des éclats de verre de la fenêtre, et son sang s’échappait à flot de la plaie.

– Ne bougez pas ! lui intima Domiel en se rapprochant de lui.

Le mage entreprit alors de déchirer sa tunique afin de confectionner un garrot improvisé. Erûciel le laissa faire sans un mot, le regard perdu dans le vague. Son visage était pâle mais son pouls était normal, ce qui rassura Domiel. Après avoir terminé son bandage, il toucha l’épaule de son aîné qui se tourna alors vers lui.

– Que… que s’est-il passé ? demanda-t’il péniblement.

Domiel ne répondit pas. C’était une question qu’il n’avait pas voulu se poser. Le mage n’osait même pas regarder par la fenêtre ouverte. Il avait peur, non pas pour sa vie, mais de devoir affronter les conséquences de ses actions. Car que pouvait être cette explosion sinon la revanche d’Oeklos ? Domiel avait laissé son orgueil le guider, et il devait maintenant faire face à ses responsabilités. Était-ce vraiment possible ? Après tout ce qu’il avait fait pour contrer le pouvoir de leur ennemi ? Domiel avait du mal à envisager cet échec et il préféra se concentrer sur les problèmes présents, comme la blessure d’Erûciel. Il savait cependant que, tôt ou tard, il allait devoir confronter ses démons.

Le grondement se fit de plus en plus intense. Le mur sur lequel était appuyé Erûciel se fissura. Réagissant d’instinct, Domiel tira l’archimage vers lui. Il passa le bras valide du blessé autour de son propre cou et parvint dans un grognement de douleur à le relever.

– Nous devons partir au plus vite ! dit Domiel. Le bâtiment est sur le point de s’effondrer, nous avons peu de temps devant nous.

D’horribles pensées vinrent alors frapper Domiel. Lanea ! Djashim ! Où étaient-ils donc ? Il fallait absolument qu’il les retrouve. Il pria intérieurement les Anciens pour qu’ils soient encore en vie ! Sans perdre une seconde, Domiel tira Erûciel vers lui, et avançant péniblement dans les décombres du bureau, tous deux en franchirent la porte d’entrée pour atteindre le couloir. Le sol tremblait toujours, mais c’était là le cadet de leurs soucis. L’escalier qui menait au rez-de-chaussée du bâtiment avait littéralement disparu. Il s’était effondré, laissant un trou béant en plain milieu de l’édifice. Domiel s’arrêta net. Que faire ? Il fallait pourtant qu’ils sortent !

Le mage eut une idée. Il fit assoir Erûciel contre un mur, et sans lui demander la permission, s’empara de sa ceinture. Il retira également son propre ceinturon et les mit bout à bout, obtenant ainsi une corde improvisée. Il attacha cette dernière à un morceau de la rampe d’escalier qui avait survécu. et la fit tomber en direction du rez de chaussée.

Domiel indiqua alors à Erûciel de s’accrocher à son cou. Prenant sa respiration, il s’empara de la « corde » et se fit glisser jusqu’en bas. Ses mains se brûlèrent pendant la descente, et il grimaça de douleur. Arrivé en bas, cependant, il ne put retenir un léger sourire de satisfaction. Le premier obstacle était franchi. Tant bien que mal, ils se mirent à courir pour atteindre l’extérieur.

Juste à temps. Derrière eux le bâtiment avait vécu ses dernières minutes, et termina de s’effondrer complètement. Domiel ne se retourna même pas. Tout autour de lui l’air était suffocant. Un épais nuage de poussière empêchait d’y voir à plus de quelques toises. Était-ce les restes de bâtiments effondrés ou autre chose ? L’odeur de soufre omniprésente ramenait Domiel à la vision de Shari. Non ! C’était impossible… Il ne fallait pas y penser. Soudain pris de panique, le mage se mit à crier.

– Lanea ! Djashim !

A son grand soulagement, il sentit une main lui toucher l’épaule. C’était Lanea.

– Je suis là Domiel, dit-elle.

La jeune femme était couverte d’égratignures et de poussière, mais elle était vivante. L’expression de son visage était cependant celle de la terreur la plus absolue, mêlée peut-être d’une pointe de soulagement. Domiel lui saisit les épaules.

– Et Djashim ? demanda-t’il, inquiet.

– Je ne sais pas… répondit-elle. Il était en train de visiter le hangar de réparation. Je…

Le jeune femme s’arrêta, ne sachant plus que dire.

– Je vais aller voir, dit Domiel. Reste avec Erûciel, je t’en prie.

Sans ajouter un mot, le mage courut vers le bâtiment que Lanea lui avait indiqué. Le toit s’était effondré, et Domiel sentit son coeur se serrer. Il continua cependant à avancer en criant

– Djashim !

Une voix étouffée lui répondit.

– Là …

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