Catégorie : Tempête

Equilibre (1)

Les flocons de neige dure portés par le vent venaient piquer les joues de Lanea, en dépit de l’épais foulard qui protégeait son visage. Difficile, en regardant l’étendue désolée perdue sous les nuages de l’Hiver sans Fin, d’imaginer que cinq ans auparavant cet endroit avait été une plaine luxuriante, entourant la cité de Dafakin, capitale du Royaume des Mages. La lave refroidie et la glace avaient tout recouvert d’un manteau à la fois lisse et rugueux.

Lanea se mit à frissonner sous sa pelisse, une réaction qui n’était pas due uniquement au froid. La jeune femme revoyait dans son esprit les routes couvertes de véhicules conduisant au dôme majestueux qui protégeait l’antique cité. Il n’en restait plus à présent qu’un squelette démembré, barres de métal solitaires se détachant à peine sur le ciel sombre.

La jeune femme jeta un regard derrière elle. Personne ne la suivait. Parfait. Il ne fallait pas qu’elle se fasse repérer. Oeklos avait formellement interdit l’accès à l’ancienne cité des mages et la dernière chose que voulait Lanea était d’attirer l’attention sur elle.

Elle n’avait pourtant pas vraiment le choix. Ce qu’elle espérait découvrir dans les ruines de Dafakin avait le potentiel de changer bien des choses. Le destin de son mouvement de résistance, et peut-être même du monde, en dépendait.

Lanea se reprit. Elle devenait dramatique… Sûrement ce satané panorama. Elle devait se concentrer sur son objectif. Tout ce qu’elle cherchait à faire depuis plus de quatre ans était peut-être à portée de main. Elle rêvait de rendre la monnaie de sa pièce à Oeklos. Elle ne trouverait la paix lorsqu’elle aurait vengé Domiel et que l’empereur serait mort à ses pieds ! Ce qui s’était passé en Sorûen, rapporté par Djashim dans son message codé, lui avait redonné l’espoir.

Elle ne pouvait pas ignorer l’histoire de cet Aridel. L’homme prétendait avoir rencontré Erû, qui lui avait révélé n’être qu’une machine, une intelligence artificielle créée par les Anciens. C’était tellement incroyable que ça en devenait plausible. Ça expliquait en tout cas beaucoup de choses. C’était Erû la véritable source du pouvoir d’Oeklos. Il avait donné le contrôle de satellites de combat à l’Empereur. Et s’il fallait en croire Djashim, il avait fourni à Aridel ce même pouvoir. Il fallait donc absolument que Lanea en apprenne plus sur ces satellites. Elle se rappelait avoir lu des informations là dessus dans les ouvrages des Erûblûnen, les mages gardiens du savoir. Elle n’était alors qu’une simple étudiante à l’université de Dafakin et n’y avait guère prêté attention. Elle allait devoir rattraper son erreur.

Ce qui piquait le plus la curiosité de Lanea, cependant, était de comprendre à quel jeu jouait Erû, s’il s’agissait réellement d’une machine. Pourquoi avoir aidé Oeklos à réduire à l’état de glaçon la moitié du monde et à fonder son empire, si c’était pour le détruire ensuite ? Quelle était la raison pour laquelle l’entité leur venait en aide maintenant ? Quel jeu jouait donc ce faux dieu ? Etait-ce un plan pour mener les hommes et les Sorcami à leur destruction finale ? Ce n’était pas exclu, et Lanea devait en apprendre plus à son sujet pour mesurer l’ampleur du danger, d’où sa présence dans les ruines de Dafakin.

Le progression de la jeune femme devenait de plus en plus difficile à mesure qu’elle s’approchait des restes du dôme. Les débris figés par la lave ressortaient du sol aux endroits les plus improbables, cachés par la neige. Lanea trébucha plusieurs fois avant d’arriver au pied de l’enceinte.

Même à l’état de ruines, les fondations du dôme demeuraient impressionnantes. Impossible de les franchir sans trouver une porte. Lanea regarda autour d’elle et finit par apercevoir une trouée dans le mur noir de métal, de verre et de roche. Elle s’en approcha sans hésitation. Il s’agissait à n’en pas douter d’une des anciennes entrées de la ville, laissée béante par la destruction qu’avait causée l’éruption de L1.

Lanea franchit donc l’enceinte avec précaution et se retrouva dans Dafakin. Elle sentit des larmes lui monter aux yeux malgré elle en apercevant l’état de délabrement dans lequel se trouvait l’endroit où elle avait passé la majeure partie de son existence. Tant de gens, ses amis, ses connaissances, avaient péri ici, brûlés par la lave ou suffoquant sous les gaz toxiques. Maudit Oeklos ! Lanea prit une grande inspiration et se ressaisit. Ce qu’elle cherchait se trouvait au centre de la ville : l’université.

La jeune femme avançait en essayant de ne pas trop regarder autour d’elle, de peur de se laisser à nouveau envahir par ses émotions. Elle devait cependant observer un minimum ses environs pour se repérer. Elle aperçut au loin le dodécaèdre brisé du palais royal. Elle était dans la bonne direction.

On distinguait encore au sol les traces des rues, et Lanea n’eut pas trop de difficulté à trouver les ruines de l’université. Quel gâchis de voir tout ces bâtiments, le cœur du savoir de Dafashûn, inhabitables et hors d’usage.

Elle finit par s’approcher de l’un de ces édifices, qu’elle reconnaissait malgré les cendres et la neige qui le recouvraient. Tout comme le palais royal, il avait la forme d’un dodécaèdre. Aucun doute possible : c’était le centre administratif de l’université. Et en son sein se trouvait la destination de Lanea : le Noyau.

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Extrêmes (6)

– Je ne peux pas vous laisser courir de tels risques, Ûesakia-Itheros. Si les Omirelins ou pire encore, les légions d’Oeklos, s’emparent de vous, vous disparaitrez, et avec vous tout l’espoir de notre peuple.

– C’est justement pour apporter cet espoir à notre peuple que je dois partir, Itheros. Ma décision est prise. Si princesse-Shas’ri’a accepte de m’accompagner, je retournerai en Sorcamien. Nos semblables doivent quitter le chemin que leur a tracé Oeklos. Si je dois mourir en accomplissant cette tâche, ainsi-soit-il.

Daethos observait son aîné. Il ne savait plus quoi dire. Les traits d’Itheros avaient beau être tirés, signes visibles de son âge et de la fatigue de ce long voyage en mer, sa détermination semblait inébranlable. L’ancien juge suprême des Sorcami n’avait rien perdu de sa volonté, et cela n’était pas sans rappeler à Daethos son propre caractère. Il comprenait donc parfaitement le vieil homme-saurien, mais n’arrivait pas à accepter sa décision.

– Venez plutôt avec moi dans la forêt d’Inokos, insista Daethos. Nous pourrons contacter les autres clans à ce moment.

– Loin de moi l’idée de manquer de respect à vos semblables, Daethos, mais Inokos est trop éloigné de Sorcamien. C’est à Sorcakin que tout se joue. Et je sais que vous en êtes aussi conscient que moi. Nous avons tous deux nos responsabilités, et notre devoir est clair. Capitaine-Imela nous avait apporté une lueur d’espoir, mais cette étincelle est à présent éteinte. Nos destins ne sont plus liés au sien. Le mien est auprès de notre peuple, je dois faire tout ce qui m’est possible pour le libérer de l’emprise d’Oeklos. Je plaiderai cette cause devant les Lûakseth si je le peux. Mais je comprends parfaitement que vos pas vous portent vers Inokos, où votre clan vous attend.

– En avez-vous déjà parlé à capitaine-Imela ? demanda alors Daethos, en désespoir de cause. Je ne suis pas certain qu’elle accepte de…

– Je lui ai parlé, et elle m’a confirmé que j’étais passager, pas prisonnier à bord de son navire, et donc libre de le quitter lorsque je le désirais. Elle n’a cependant pas de bras à me confier pour me servir de guide. Ce n’est pas d’une grande importance. Si princesse-Shas’ri’a accepte de me suivre, nous saurons bien trouver notre chemin.

Pour la première fois depuis des années, Daethos faillit presque perdre son calme. Comment Itheros pouvait-il se montrer aussi borné ? Le vieux Sorcami souhaitait-il mourir en entraînant Shari dans sa folie ? Rien ne semblait pouvoir le faire changer d’avis. Il prit une grande inspiration, analysant de nouveau la situation. Il lui était impossible de laisser l’ancien Ûesakia aller seul vers la mort. Quelle que soit la stupidité de ce qu’il voulait entreprendre c’était un acte d’honneur et se sacrifice envers son peuple. Daethos en était conscient, et cela surlignait son propre échec. Le chaman d’Inokos avait échoué à protéger Aridel, mais peut être que le destin lui donnait maintenant une occasion de se rattraper. Il avait une décision à prendre, et son choix ne fut finalement pas très difficile.

– Dans ce cas, je vous accompagnerai, dit-il sobrement.

Daethos ressentit une certaine satisfaction lorsqu’il vit la surprise apparaître dans les yeux de son aîné.

– Vous voulez venir avec moi ? Mais vous me disiez à l’instant que votre place était auprès de votre peuple.

– Vous devriez plutôt dire « notre » peuple. Car même si le clan d’Inokos vit séparé du reste de Sorcamien depuis des générations, nous partageons la même culture. Nous n’envoyons personne à l’assemblée des Lûakseth, mais nous n’avons jamais cessé de prêter le serment des clans. Si vous croyez réellement que votre retour à Sorcakin peut bénéficier à tous les Sorcami, alors mon devoir est de vous aider. Pour la première fois depuis des siècles, les hommes-sauriens d’Inokos auront un Lûakseth et reprendront la place qui leur revient de droit.

Itheros s’inclina alors, marquant son respect.

– Ce sera un honneur pour moi que de voyager à vos côtés. J’espère que princesse-Shas’ri’a se joindra à nous.

– En effet, et je pense que ce serait un grand bien, pour nous comme pour elle. Il faut qu’elle détache son esprit de la recherche de prince-Aridel.

– Oui, puisse cette nouvelle quête nous redonner à tous l’espoir dont nous avons besoin.

***

Daethos était de retour dans les cales du Fléau des Mers où il s’employait à compter les caisses et les barils de provisions récemment chargés pour chasser ses sombres pensées. Il avait tenu à conserver son statut de simple membre d’équipage, souhaitant ainsi payer sa dette envers Imela. Comme le Sorcami savait lire et écrire, la capitaine lui avait donné le grade de maître, et il était responsable des provisions, dont il tenait les livres de compte. C’était un travail répétitif, mais qui occupait bien l’esprit du Sorcami, lui permettant de se vider la tête.

Ce soir là, cependant, il sentit qu’il n’était pas seul. Il se retourna pour se trouver nez à nez avec une dizaine de matelots du pont inférieur à l’air sévère.

– Puis-je vous aider ? demanda le Sorcami.

– Ouaip, répondit l’un d’eux, un grand barbu au front balafré. On voudrait t’offrir un bain, aux frais de la princesse. C’est grâce à ton espèce qu’on voit plus le soleil, et maintenant que ton pote qui couchait avec la capitaine est plus là, on voulait te remercier proprement.

Daethos, conscient de la menace, tenta de prendre un air conciliant.

– Je ne veux pas d’ennuis, ami, dit-il. Je peux m’en aller et vous laisser la place si vous en avez besoin.

L’homme ignora totalement les propos du Sorcami

– La cap’taine t’a à la bonne, rapport à c’que t’as été avec elle sur la glace, tout ça, mais on n’est pas dupes. Les monstres comme toi ça a pas d’honneur. Dès qu’tu pourras tu vas nous saborder !

– Je vous assure que ce n’est pas…

Daethos n’eut pas le temps de finir sa phrase. Sortain de sa tunique un couteau à la lame émoussée, l’homme se jeta sur lui, suivi de près par ses congénères. Daethos, par réflexe, l’écarta d’un coup de poing. Il savait qu’il était bien plus fort qu’un seul de ces hommes, mais il en avait dix à affronter. Il s’apprêtait à défendre chèrement sa vie lorsqu’une nouvelle voix retentit.

– Cessez immédiatement !

C’était Demis, le second du navire, accompagné de quelques lanciers.

– Blisol ! interpella l’officier. Si tu aimes les combats à un contre dix, je pense que tu vas adorer le chat à neuf queues. Aux fers ! ordonna-t-il aux lanciers.

Les matelots qui avaient assailli Daethos arrêtèrent immédiatement et l’air à la fois dépités et furieux suivirent les lanciers qui les conduisirent jusque dans les tréfonds du Fléau des Mers. Demis s’approcha alors de Daethos.

– Quoi qu’en dise le capitaine, ils vaudrait mieux pour vous que vous vous fassiez discret, à présent. Nous sommes dans le souffle d’Erû, et l’équipage est inquiet. Les marins sont superstitieux et la présence d’un Sorcami à bord est loin de les rassurer. Au moindre problème vous risquez d’être tenu pour responsable.

Le sorcami acquiesça.

– Je vous remercie lieutenant-Demis.

Demis inclina la tête en signe de salut et s’éloigna, laissant Daethos seul. Si Itheros voulait vraiment créer une alliance entre hommes et Sorcami, le chemin à parcourir allait être long.

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Extrêmes (5)

Aridel avait retiré son armure et se sentait redevenir lui même. La cuirasse était d’une légèreté surprenante lorsqu’il la portait, et pourtant il la ressentait comme un poids qui lui était imposé, régulant sa vie. Cet objet l’avait transformé aux yeux de son entourage. Il était devenu pour beaucoup un Dasam, messager divin aux pouvoirs surnaturels, dont la présence était le seul moyen de contrer Oeklos.

Messager divin… La vérité était bien plus prosaïque. Il n’était en réalité qu’un homme comme les autres. Ses défauts surpassaient de beaucoup ses prétendues qualités. Né prince d’Omirelhen, il avait dans sa jeunesse fui ses responsabilités pour devenir mercenaire. Et il n’avait même pas appris de cette erreur ! Il avait de nouveau abandonné son peuple lorsque son père était mort, laissant sa sœur Delia prendre illégitimement le pouvoir. En réalité Aridel était un lâche, manipulé par une machine qui lui avait confié une tâche dont il ne voulait absolument pas.

Il savait que personne n’acceptait ce qu’il savait être la réalité. Difficile pour la plupart d’imaginer qu’Erû, le dieu tout puissant vanté par leurs religions, n’était qu’une création des Anciens. Les premiers hommes d’Erûsarden avaient construit cette machine des millénaires auparavant pour superviser leur colonisation de ce nouveau monde. Une histoire que même Aridel jugeait parfois totalement invraisemblable. Pourtant il en avait eu la preuve, ayant pénétré dans la cité céleste de Dalhin.

Le pire dans tout cela, n’était pas qu’Erû ne soit pas un dieu, mais qu’il soit en réalité responsable de tous les malheurs qui s’étaient abattus sur le monde ces cinq dernières années. C’était lui qui avait donné son pouvoir à Oeklos, permettant à l’empereur de transformer l’hémisphère nord en une plaine gelée où le soleil n’apparaissait plus.

En contrepartie Erû avait fourni à Aridel cette armure, le moyen de contrer le rayon céleste d’Oeklos et d’invalider son avantage stratégique. L’empereur Oeklos, qui voulait imposer sa volonté aux hommes comme aux Sorcami, avait maintenant un adversaire à sa taille.

L’armure d’Erû était cependant un cadeau empoisonné. Après plusieurs semaines à l’utiliser, Aridel n’avait plus le moindre doute. Fort de son pouvoir, l’ex-mercenaire avait mené les armées du roi de Sorûen, Codûsûr, de victoire en victoire.

Après avoir libéré la cité de Samar, les Sorûeni, guidés par leur Dasam, étaient descendus au sud du royaume, balayant toute résistance dans un bain de sang. C’étaient ces batailles qui laissaient un gout amer dans la bouche d’Aridel. Il avait brandi l’épée, et massacré ses semblables. Etait-ce là tout ce qu’il savait faire ? Comment pouvait-il prétendre avoir amélioré le quotidien des hommes de Sorûen ? Il fallait qu’il arrête de se mentir à lui même sur sa prétendue « mission ». Pourtant que pouvait-il faire d’autre ?

Le plus puissant allié d’Oeklos dans la région, l’armée de Sanif, avait été vaincue quelques heures auparavant et Aridel avait espéré un instant de répit. C’était sans compter sur la soif de pouvoir de Codûsûr. Le roi ne voyait que son propre intérêt. Il ne se battait pas pour aider son peuple et les misérables qui souffraient du joug impérial. Non, il voulait juste de l’or et de la gloire. Peu lui importaient que des gens meurent de faim au nord du continent ou en Sorcasard.

Aridel se sentait perdu. Il aurait tout donné pour redevenir anonyme l’espace d’un instant, et oublier tout ses malheurs enlacé dans l’étreinte d’une fille de joie, enivré par l’alcool, au milieu d’un bouge quelconque. Mais l’ex-mercenaire savait, depuis qu’il avait embarqué à bord du navire d’Imela, un an auparavant, qu’il n’avait aucun moyen d’échapper à son destin.

Imela… Où donc se trouvait la capitaine qui avait été son amante, à présent ? Erû lui avait assuré qu’il la renverrait auprès du Fléau des Mers, mais la machine avait-elle réellement tenu parole ? Et Shari ? Et Daethos ? Étaient-ils encore avec elle ? Autant de questions pour lesquelles, il le savait, il n’obtiendrait aucune réponse.

Il entendit un grattement sur le battant de sa tente. Pas moyen d’être seul ?

– Entrez ! grogna-t-il.

C’était Djashim, bien sûr. Le jeune général semblait tout aussi dépité qu’Aridel. Peut-être s’était-il attendu à mieux de la part du roi de Sorûen ?

– Il faut que nous parlions, dit-il sobrement.

– Je t’écoute.

– Je n’arrive plus à supporter Codûsûr. Il n’a clairement aucune confiance en moi, et je n’ai pas rejoint les Sorûeni pour lui permettre de s’enrichir. Pourquoi tient-il tellement à envahir Sanif ?

– Sanif est une lame à double tranchant, Djashim. C’est un pays très riche, et dont les instances dirigeantes soutiennent Oeklos. L’empereur les a autorisé à reprendre leur activité d’esclavage, un commerce aussi lucratif qu’immoral qu’ils avaient abandonné depuis des siècles. Les princes marchands croulent sous l’or et cherchent toujours à en obtenir plus. Nous pourrions cependant en faire des alliés en nous montrant magnanimes. C’est un sujet très complexe, mais si Codûsûr préfère s’en faire des ennemis en s’emparant de leurs richesses, libre à lui. Je n’ai aucun moyen de l’en empêcher. Les Sanifais deviendront son problème, plus le mien.

– Que voulez-vous dire ? Nous ne pouvons pas laisser les Sorûeni seuls face à Oeklos !

– Oeklos n’a plus vraiment d’emprise en Erûsard à présent. La deuxième légion, que tu dirigeais, est à présent sous les ordres de Codûsûr. Nous avons écrasé la première légion lorsqu’ils sont descendu dans le désert pour tenter de reprendre Samar, et la troisième s’est ralliée à nous. Et maintenant l’armée sanifaise est hors de combat. Oeklos n’a plus aucun avantage ici. S’il veut reprendre Erûsard il va devoir reconstituer une armée et la transporter depuis Sorcasard ou Lanerbal. Cela prend du temps et à en croire les rumeurs, ses alliés Sorcami sont de plus en plus frileux. Erûsard est à l’abri d’Oeklos pour le futur proche.

– Mais alors que voulez-vous faire ? On ne peut pas juste rester là à attendre qu’Oeklos revienne !

– En effet Djashim, j’ai une mission à accomplir. Et pour cela, je crains que mes pas ne doivent me porter jusqu’en Sorcasard. Comme l’a si bien dit Codûsûr, mon trône ne se trouve pas sur ce continent. Et il est très probablement temps que je réclame ce qui me revient de droit.

– Alors vous étiez sérieux ? Vous voulez partir ?

– Oui. Ma décision est prise, et je ne crois pas avoir vraiment le choix de toute manière. J’espère que mon retour en Omirelhen ne sera pas aussi sanglant que ce qui s’est passé ici. Je n’ai pas envie de voir souffrir mon peuple. Mais je suis le véritable souverain du Royaume de la Sirène. Je dois l’accepter et prendre mes responsabilités.

– Dans ce cas, je vous accompagne. Je n’ai aucune raison de rester.

– Tu es sûr ? Je…

– Inutile de protester. Je vous suivrai, quoi qu’il arrive. Mon objectif est de faire tomber Oeklos, pas de servir le roi de Sorûen.

– Et Ayrîa ?

– Je viens aussi !

A la mention de son nom, la jeune femme, qui écoutait la conversation, était entrée dans la tente. Elle continua.

– Si vous croyez pouvoir vous débarrasser de moi, vous vous trompez lourdement. J’ai beau devoir mon allégeance à Chînîr, je ne vais pas laisser Djashim hors de ma vue. Il risquerait de se faire tuer.

Le jeune général leva les yeux au ciel mais ne dit pas un mot. Aridel, les regardant tous les deux, sourit :

– Je suppose qu’il serait vain de tenter de te convaincre du contraire. Taric aussi viendra avec nous, au moins jusqu’à Goderif. Il souhaite ensuite retourner en Dafashûn pour se soigner si cela est encore possible.

– Mais il est trop malade pour…

– Ce n’est pas une option, Djashim. Tout comme moi, Taric a accepté son destin, et il espère, je pense, pouvoir le réaliser en Dafashûn.

Le jeune homme acquiesça sans mot dire. Aridel reprit.

– Très bien, inutile de tergiverser. Si vous voulez vraiment venir, allez vous préparer. Nous partons à la tombée de la nuit.

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Extrêmes (4)

Shari faisait les cent pas dans sa cabine, énervée. Elle n’arrivait pas à comprendre Imela ! Elles recevaient, pour la première fois depuis leur retour à bord du Fléau des Mers, des informations extrêmement importantes et la capitaine s’en moquait, ou presque. Si la résistance de Sorûen avait réellement réussi à contrer Oeklos, cela ne pouvait être une coïncidence ! Une lueur d’espoir apparaissant au moment ou Aridel disparaissait ? Il y avait forcément un lien ! Il ne pouvait en être autrement.

Comment Imela, qui avait guidé Shari, Aridel, et tout leur groupe dans les étendues gelées du Nord de Sorcasard en suivant une simple vision, pouvait-elle ignorer ce signe du destin ? Shari avait appris à ses dépens que les conséquences du doute, ou du simple fait d’attendre pouvaient être catastrophiques ! La jeune femme rageait intérieurement. Elle ne pouvait rien y faire. Elle n’était qu’une passagère, soumise au bon vouloir d’Imela, sur le Fléau des Mers.

Elle s’assit sur son lit, tentant de se calmer en parcourant les pages d’un livre. En vain. \emph{La fondation de l’Empire de Dûen} n’était pas vraiment la lecture qu’il lui fallait. Alors qu’elle relisait la même page pour la troisième fois, elle entendit frapper à sa porte. Curieuse, elle alla ouvrir.

Elle se retrouva en face d’Itheros, le Sorcami qui avait pendant longtemps été le Ûesakia de son peuple, le juge suprême des hommes-sauriens. Malgré son grand âge, près de deux siècles, il était toujours très impressionnant. En l’invitant à entrer, Shari se demanda si sa cabine serait assez grande pour les accueillir tous les deux.

– Bonjour, maître-Itheros, salua-t-elle courtoisement, retrouvant quasi-instantanément ses instincts de diplomate. Que me vaut l’honneur de votre visite ?

Le Sorcami esquissa ce qui s’apparentait à un sourire sur son visage allongé de reptile.

– Nul besoin de vous montrer aussi formelle, princesse-Shas’ri’a. Je viens discuter avec vous de l’avenir.

Les mots parfaits pour piquer la curiosité de Shari.

– De l’avenir ? Vous parlez de notre destination ?

– Oui en quelque sorte, mais pas seulement. J’ai une idée que j’aimerais vous soumettre. Puis-je m’asseoir ? J’ai bien peur que mon âge ne commence à me rattraper.

– Oh ! Je vous en prie, s’excusa Shari. Installez vous, dit-elle en lui approchant une chaise.

Le Sorcami y prit place et continua :

– Nous sommes, vous et moi, les seuls véritables politiciens à bord de ce navire. Nous avons tous deux baigné dans les méandres du pouvoir. Pourtant nous n’avons jamais pris le temps de réellement discuter de ce sujet et je le regrette, car je pense que nous avons beaucoup de points communs.

– Je n’en doute pas, répondit Shari, mais le thème est vaste.

– C’est pourquoi j’irai droit au but, reprit Itheros. Tout comme vous, je souhaite que mon peuple prospère, et tout comme vous, je sais que ce n’est pas sous la domination d’Oeklos que ce rêve pourra se réaliser. L’empereur a détruit la moitié du monde… Qui sait jusqu’où il est capable d’aller ? Son pouvoir est grand, et je suis persuadé que ce n’est qu’en travaillant ensemble que nous pourrons le contrer.

– Ensemble ? Vous voulez dire Sorcami et humains ?

– Oui princesse-Shas’ri’a. Je suis persuadé que nos deux peuples peuvent et doivent marcher main dans la main pour redonner au monde un semblant de vie. Une alliance entre hommes et Sorcami est une force que même l’empereur redoutera. Lorsque Leotel Ier, roi d’Omirelhen, a forgé son alliance avec Sorcamien, nous deux pays en ont grandement profité. Et c’est cette alliance qui a permis de vaincre la menace des mages noirs qui pesait déjà à l’époque. La situation actuelle n’est pas si différente. Dans les deux camps, il existe des individus prêts à accepter une alliance. Voyez Daethos, qui a suivi Aridel tout ce temps, même s’il n’a jamais oublié son peuple. Malgré ce que beaucoup d’entre vous pensent, nombre de mes semblables ne souhaitent pas l’anéantissement des humains. Et je suis certain que depuis le début de l’Hiver sans Fin, la confiance qu’ils accordaient à Oeklos a grandement diminué.

– Comment pouvez-vous affirmer cela ? demanda Shari. Cela fait plus de cinq ans que vous avez quitté Sorcamien.

– Comme je vous le disais j’ai vécu très longtemps dans la politique de Sorcakin. J’ai vu de mes propres yeux comment l’influence d’Oeklos a grandi auprès du peuple et de ses représentants. Il a promis bien des choses à mes semblables. Il voulait reconstruire l’ancien empire Sorcami, leur donnant un accès illimité au monde, qui jusqu’à présent leur était quasiment fermé. Ces promesses n’ont été que partiellement tenues, et mon peuple le sait. A cela il faut ajouter les pertes en vies et en matériel provoquées par la guerre. Les opposants à Oeklos ont du grain à moudre, croyez-moi. Il suffirait de peu pour les convaincre de la justesse d’une alliance.

– Vos explications paraissent logiques, mais je suis bien mal placée pour en juger. Ce qui m’amène à une autre question. Pourquoi tenez vous à me parler de tout cela ? Contrairement à vous, je ne connais pas grand-chose à la politique Sorcami.

– J’ai vu vos talents, princesse-Shas’ri’a. Vous avez un don naturel pour la diplomatie et les négociations, et vous apprenez vite. Sans oublier que vous avez un avantage sur moi: la jeunesse. Je ne vais pas tourner autour du pot plus longtemps. J’ai besoin de quelqu’un pour convaincre mon peuple que nous pouvons travailler avec les humains, et je souhaiterai que vous soyez cette personne.

Shari eut un hoquet de surprise. Elle n’en revenait pas. Emportée par ses émotions, elle répondit sans réfléchir.

– Moi ? Mais vous n’y pensez pas ! Vous voudriez que je me rende avec vous en Sorcamien ? C’est de la pure folie. Sans parler du danger potentiel que représente une telle expédition, je ne peux pas abandonner la recherche d’Aridel !

Le visage d’Itheros changea d’expression. Shari l’interpréta comme de l’amusement, ce qui la vexa légèrement.

– Ne vous méprenez pas, princesse-Shas’ri’a. Je ne vous demande pas de tout abandonner à l’instant. Je souhaiterai simplement que vous réfléchissiez à cette proposition. Vous n’avez aucune décision à prendre jusqu’à notre prochaine escale. Je tiens juste à ajouter que votre présence pourrait faire une réelle différence dans la lutte contre Oeklos. Imaginez ce qui pourrait se produire si nous tournions ne serait-ce qu’une partie de mon peuple contre l’empereur…

Shari se calma un peu.

– Excusez-moi, je suis un peu énervée en ce moment. Merci de votre proposition, maître-Itheros. Je… je vais y réfléchir.

– Merci princesse-Shas’ri’a, c’est tout ce que je demande. Je vais vous laisser à présent. J’espère que nous aurons l’occasion de reparler bientôt.

Le Sorcami s’en alla alors, laissant Shari seule face à des pensées bouillonnantes.

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Extrêmes (3)

Ayrîa sirotait son thé tout en écoutant la discussion animée qui opposait Codûsûr, souverain de Sorûen, à Chînir, général de son armée, et chef du clan des Saüsham. Malgré sa volonté de ne pas prendre parti, la jeune femme ne pouvait s’empêcher de ressentir une pointe de mépris envers le roi. Était-ce sa loyauté envers Chînir qui s’exprimait, ou autre chose ? Elle essaya de mettre ce sentiment de coté pour analyser objectivement la conversation.

– Le domaine de Sanif nous appartient, Chînir ! Pour la première fois depuis six siècles, Sorûen à la possibilité de reprendre ce territoire qui lui revient de droit. Nous pouvons redonner à notre royaume sa gloire passée, et devenir la seule force capable de contrer Oeklos.

– Majesté, puis-je me permettre de vous rappeler que nous devons ces victoires à la présence d’Aridel et au fait qu’il soit capable de contrer le rayon d’Oeklos ? L’empereur est loin d’avoir dit son dernier mot, j’en suis certain. Plutôt que de nous lancer dans une conquête systématique de Sanif, je pense que nous devrions chercher à nous en faire des alliés. Cela nous permettrait de nous tourner vers Sûsenbal qui représente encore un risque…

– Sûsenbal ! Laisse moi rire ! Les îles ne sont plus que l’ombre de ce qu’elles ont été, un simple état vassal à la solde d’Oeklos. Nous n’avons pas grand chose à craindre des Sûsenbi. Par contre nous avons énormément à gagner à nous rendre à Stelthin. La capitale de Sanif pourrait devenir notre nouvelle base d’opérations.

– Et vous en profiteriez au passage pour mettre la main sur les richesses et l’or des marchands Sanifais ? Un bon plan pour vous, Codûsûr, à n’en pas douter.

L’homme qui venait de parler, entrant dans la tente de commandement sans s’annoncer, était Aridel bien sûr. Personne d’autre n’aurait osé s’adresser de la sorte au roi de Sorûen. Seul l’ex-mercenaire, héritier légitime du trône d’Omirelhen et possesseur d’une armure divine, était l’égal en rang, voire le supérieur, de Codûsûr. C’était un constat que n’appréciait guère le souverain. Aridel était accompagné de Djashim, l’ex-général d’Oeklos et agent des mages envers lequel les sentiments d’Ayrîa étaient très confus. Le visage des deux hommes évoquait la fatigue et l’horreur du combat, mais leur expression était celle d’une colère contenue.

L’armure d’Aridel, déjà imposante en elle même était couverte de sang et de traces de lutte, et conférait aux mots de l’ex-mercenaire un poids teinté de violence. Même Codûsûr eut un petit mouvement de recul.

– Aridel, dit le roi d’un ton mi-figue, mi-raisin. Nous discutions simplement de la suite à donner à cette grande victoire. Votre avis est le bienvenu.

– Hmpf, renifla l’ex-mercenaire. Je ne peux qu’admirer votre dévouement et votre hâte à conduire cette campagne. Alors que le sang de vos hommes coule encore sur la plaine de Lûstel, vous êtes déjà à penser à l’avenir. Puis-je cependant me permettre de vous rappeler que notre objectif est de libérer la population de Sorûen, pas de soumettre celle de Sanif ?

L’ironie des propos d’Aridel déplût très visiblement au souverain de Sorûen. Il fit face à l’ex-mercenaire. Son visage était très dur, et on sentait au regard du roi que chez lui la compassion avait disparu. Elle avait été remplacée depuis longtemps par l’esprit de vengeance et l’avidité. Aridel et lui se toisèrent pendant un long moment sans rien dire, leurs volontés s’opposant silencieusement.

Ce fut Djashim qui décida de mettre un terme à ce duel sans mots.

— Majesté, si je puis vous interrompre ? Chînir à dû vous dire que notre victoire à Lûstel a été très couteuse, en hommes comme en matériel. Peut-être pourrions nous prendre le temps de nous regrouper et de panser nos plaies avant de décider quoi que ce soit ?

Le roi se tourna vers son nouvel interlocuteur.

– Ah, mon jeune « général », dit-il d’un air condescendant. Quoi que vous et vos hommes puissiez en penser, l’heure n’est plus à l’attente, mais à l’action. Il est vital que nous pressions notre avantage stratégique. Le domaine de Sanif à une très grande valeur aux yeux d’Oeklos. Nous en assurer la possession lui porterait un coup terrible.

Aridel intervint de nouveau.

– Je doute, Codûsûr, que les Sanifais soient capables de reconstituer rapidement une armée après la défaite qu’ils ont essuyée ici. Leurs ports sont d’une importance vitale pour nous, c’est un fait. Je suis cependant persuadé que nous en récolterons plus rapidement les fruits en nous alliant avec les princes-marchands, pas en les écrasant. Nous pourrions alors porter un énorme coup logistique à Oeklos tout en concentrant notre activité militaire ailleurs. Et nous n’avons pas besoin de nous rendre à Stelthin pour cela.

– Ce serait une victoire symbolique pour toute la résistance, Aridel : la première capitale reprise à Oeklos !

— La prise d’Erûsdel serait tout aussi bénéfique pour le moral de nos troupes. Et c’est bien là que se trouve votre palais, il me semble ?

Ayrîa s’amusait follement, presque malgré elle. Elle avait l’impression d’assister à une dispute de ses petits frères, se battant pour un nouveau jouet. Roi, généraux, envoyé d’Erû, tous ces hommes se comportaient comme des enfants. Elle avait presque envie de leur mettre une claque et de les envoyer se calmer dans leurs chambres. C’était hors de question, bien entendu, mais la pensée la fit sourire intérieurement.

Elle se rendait pourtant compte que contrairement à ses petits frères, la conclusion de cette dispute impacterait un grand nombre de vies. La jeune femme n’avait aucune envie de revivre un bain de sang comme la bataille de Lûstel si ce n’était pas nécessaire. Elle se focalisa sur les propos du roi.

– Erûsdel ? Vous semblez bien impatient de vous y rendre Aridel. Ce n’est pourtant pas là qu’est votre trône.

Le ton de Codûsûr était lourd d’accusations. La conversation prenait une tournure de plus en plus déplaisante. Cela faisait plusieurs semaines que les points de vue d’Aridel et du roi de Sorûen s’opposaient, mais jamais Ayrîa n’avait été témoin d’un échange aussi houleux.

– Vous avez parfaitement raison, répondit Aridel en haussant le ton. La maison de mes ancêtres est ailleurs, et je n’ai rien à apporter ici. Je ne suis, après tout qu’un simple bouclier à brandir contre le rayon d’Oeklos. Je constate d’ailleurs que vous n’avez plus besoin de mes services, et je ne vois pas pourquoi je vous aiderai à envahir une autre nation ! Je vous dis donc au revoir. Puissent nos chemins ne jamais se recroiser !

Sans ajouter un mot, Aridel quitta la tente d’un pas rapide, furieux.

– Il reviendra, dit Codûsûr, tout aussi énervé. Il a autant besoin de nous que nous de lui.

Djashim reprit alors la parole.

– Majesté, je crois qu’Aridel, comme moi et comme la plupart de nos hommes, est las du combat. Son armure protège son corps, mais ne l’empêche pas de voir les horreurs de cette guerre. C’est pour cela qu’il sera peut-être bon de marquer une pause dans notre avance, et de nous reposer un moment.

Codûsûr vint se placer en face du jeune général, la colère déformant son visage.

– Je n’ai pas de conseils à recevoir d’un enfant qui se prétend officier ! Votre seul mérite est d’avoir su faire plaisir à Oeklos et je ne veux pas savoir de quelle manière ! Retournez auprès de votre ami. Je ne veux plus vous voir ici, « genéral ».

Ces derniers mots avaient été dits avec un tel mépris qu’il était difficile de ne pas y voir des insultes. Ayrîa admirait la contenance de Djashim. Il sortit en silence de la tente, suivant les pas d’Aridel sans révéler les émotions qui l’envahissaient très probablement. Ayrîa en profita pour le suivre, poussée par la curiosité et d’autres sentiments qu’elle ne voulait pas admettre.

– Djashim, cria-t’elle. Le roi parle sans réfléchir, grisé par la victoire. Il va se reprendre.

– Non Ayrîa, répliqua le jeune homme. Il n’y a pas à raisonner avec cet homme. Si c’est pour qu’il prenne le pouvoir que nous combattons Oeklos, il nous faut revoir notre copie. Il a oublié à qui il doit sa situation actuelle !

La jeune femme ne pouvait pas contredire les propos de son interlocuteur, pour la bonne raison qu’elle pensait intérieurement la même chose.

– Que va faire Aridel, alors ? demanda-t-elle.

– Je n’en sais rien. Mais il a une mission à accomplir et quoi qu’il décide, je l’accompagnerai.

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