Catégorie : Nemosor

Nemosor – Epilogue

Les quais de Sorcastel étaient presque vides, chose étrange pour une ville de cette importance. Nemosor avait récemment appris que le commerce avec Sorcasard était en fait extrêmement réduit durant la saison des pluies. La plupart des navires préféraient en effet emprunter les routes du Sud, plus longues mais plus sûres en cette période. C’était pour cela qu’Egidor avait dû attendre près de deux mois avant de pouvoir embarquer pour Sorcasard.

Nemosor avait repris ses cours à la faculté des Sûblûnen peu après la fin du procès de son ancien ami et s’était plongé dans son travail, essayant d’oublier les événements  des semaines précédentes. Il avait cependant été ramené à la dure réalité lorsque Codelia lui avait annoncé sa décision d’abandonner ses études. La jeune fille, même si elle avait obtenu le pardon du doyen pour ses actions, n’arrivait plus à travailler en ces lieux qui lui rappelaient trop de douloureux souvenirs. Elle avait donc quitté Dafakin pour se rendre dans sa ville natale de Dafenhin un mois auparavant. Nemosor n’avait plus de nouvelles d’elle depuis son départ, et le jeune homme savait qu’il était peu probable qu’elle le recontacte. Encore une victime à l’actif d’Egidor, pensa-t-il, ressentant une rancune peu commune envers celui qu’il avait appelé ami.

L’heure n’était cependant pas à la vengeance, se dit Nemosor, debout sur le quai où se trouvait amarré le Goldeo, le navire qui devait emmener Egidor à Sorcasard. Une fine brise marine vint soudain tempérer l’étouffante chaleur qui régnait à Sorcastel, rappelant à Nemosor que le départ était proche. Le jeune homme avait réussi à obtenir une dispensation spéciale pour revoir une dernière fois Egidor, et il comptait profiter de cette dernière chance pour tenter de le convaincre de ses erreurs.

Comme en réponse à ses pensées, Nemosor vit s’approcher deux gardes pourpres, escortant avec attention un Egidor à l’air détaché. Le moment était venu. Nemosor s’approcha des gardes, son autorisation à la main.

« Bonjour, dit-il. Mon nom est Nemosor et je suis celui qui a permis l’arrestation d’Egidor. J’ai obtenu de l’archimage des Sûblûnen l’autorisation de lui parler avant son départ. »

Le garde de droite regarda d’abord Egidor d’un air suspicieux, mais lorsqu’il vit le sceau apposé sur le papier qu’il tenait à la main, l’homme se détendit et indiqua.

« Très bien. Vous avez cinq minutes, le temps que j’aille régler les modalités du voyage avec le capitaine du Goldeo. »

« Merci », répondit Nemosor. Le jeune homme se tourna alors vers Egidor, qui affichait toujours son air détaché, nullement surpris de la présence de son ancien ami.

« Eh bien Egidor, je crois que voilà le temps des adieux. Lorsque nous nous sommes rencontrés, il y a plus de deux ans, je n’aurais jamais crû que nous nous séparerions ainsi. Tu t’es cependant bien trop éloigné de tout ce en quoi je crois pour que je puisse continuer à t’appeler mon ami. J’espère seulement que ton exil t’amènera à y voir plus clair et à recouvrer la raison. »

Egidor regarda alors pour la première fois son interlocuteur droit dans les yeux.

« Je vois que tu n’as toujours pas pris conscience du fait que c’est toi qui déraisonne, Nemosor. Ce que j’essaie d’accomplir est … »

Nemosor le coupa sans vergogne.

« Quelles que soient tes raisons, tes actions t’ont mené à trahir tes deux meilleurs amis et l’université qui t’avait accueilli. Aucune philosophie, aussi juste te paraisse-t-elle, ne justifie de tels actes. Et tu te retrouves à présent seul, sur le chemin d’un continent inconnu, sans personne pour te soutenir. Ne ressens-tu donc aucun remord ? »

Egidor eut un rire sardonique.

« Tu ne comprendras jamais, Nemosor. Dans le grand océan qui nous anime, ce que je vous ai fait, Codelia et à toi, n’est qu’une goutte d’eau. Et si le prix à payer est de perdre votre amitié, c’est quelque chose que j’abandonnerai volontiers. Il y a ici bien plus en jeu que tes sentiments d’adolescent attardé. »

Les mots d’Egidor étaient comme autant de poignards au cœur de Nemosor. Le jeune homme réussit cependant à garder sa contenance pour répondre.

« Il me semble alors que nous n’avons effectivement plus rien à nous dire. Je ne sais pas qui sont ces mages noirs et ce qu’ils ont fait pour te fanatiser ainsi, mais j’entend bien le découvrir. Sache aussi que j’ai déposé une demande pour partir en mission à Sorcasard dès que mes études seront terminées. Nous nous reverrons donc peut-être un jour, mais je doute que nous puissions alors faire abstraction du passé. En attendant, adieu. »

Egidor s’inclina en une courbette moqueuse.

« Au plaisir de ne plus te revoir, Nemosor… »

Nemosor commençait déjà à s’éloigner lorsque le garde revint, mais alors qu’il marchait en direction de la ville il réussit à discerner ce qu’il dit à Egidor, et put entendre les derniers mots de son ancien ami sur le sol de Dafashûn.

« Nous sommes prêts à embarquer. Le capitaine souhaite cependant que vous preniez un nom d’emprunt pour le registre. Cela vous permettra de passer plus facilement les contrôles une fois arrivé à Nirûmar. Avez-vous une idée du nom que vous pourriez utiliser ? »

« Oui, inscrivez moi sous le nom d’Apisûn… »

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Nemosor (15)

Nemosor s’assit, suivant les indications du garde l’accompagnant, sur un banc situé au premier rang de la salle d’audience. La pièce, bien que vaste, était étrangement sobre. Les murs étaient nus et le seul mobilier présent  était constitué de rangées de bancs réservées au public et aux témoins, et bien sûr de la vaste table ou siégeaient les juges. Ces derniers étaient au nombre de trois, des archimages appartenant chacun à un ordre différent de Dafashûn. Ils n’étaient pas encore présents au moment où Nemosor était arrivé.

Malgré sa grande capacité, la salle accueillait en général peu de monde. Les procès étaient en effet, dans la plupart des cas, des affaires privées qui n’intéressaient que les personnes y étant impliquées. Le cas d’Egidor était cependant une exception, et, après l’ouverture des portes, la salle se remplit quasi-instantanément. Codelia faisait partie des nouveaux arrivants et  vint s’asseoir auprès de Nemosor. La jeune fille semblait avoir retrouvé un peu de ses couleurs, mais son regard trahissait le tourment qui l’animait. Elle était un témoin clé de l’affaire et une forte pression reposait sur elle. Nemosor allait lui dire un mot quand une porte située sur le coté de la salle s’ouvrit brusquement, laissant apparaître un greffier qui annonça :

« La cour ! »

Les trois archimages entrèrent alors, impressionnants dans leur robes colorés, et prirent place sur leurs sièges. Le plus agé des trois prit alors le marteau se trouvant devant lui et frappa trois fois, intimant le silence à la salle.

« Nous sommes réunis aujourd’hui pour décider du sort d’Egidor d’Apiadomar, étudiant à l’école des Sûblûnen. Faites le entrer si’il vous plait. »

Un garde ouvrit alors une porte, laissant apparaître Egidor qui vint se placer en face des juges. A sa vue, Codelia détourna le visage, n’osant regarder son ancien ami dans les yeux. Le juge reprit alors :

« Egidor, voici la liste des accusations vous concernant : vol à l’université de Dafakin; possession illégale de dragon; accès illicite à l’enceinte du Noyau; collusion avec les mages Noirs, aussi connus sous le nom de Sarblûnen; et  enfin crime de haute trahison envers le Royaume de Dafashûn. Nous examinerons bien sûr ces chefs d’accusation un par un, mais tout d’abord, avez-vous quelque chose à dire pour votre défense ? »

Egidor ne semblait pas le moins du monde impressionné, et sa détermination paraissait plus forte que jamais, comme s’il savait qu’il ne risquait rien. Nemosor peinait toujours à comprendre son attitude.

« Je ne peux que vous affirmer que tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour pouvoir permettre à Dafashûn d’accomplir sa véritable destinée. »

Une clameur s’éleva dans la salle. Les juges eux même parurent surpris de cette réponse. Le président dut jouer du marteau pour pouvoir parler de nouveau.

« Vos propos ont été notés, dit il. Nous pouvons a présent commencer l’examen des pièces d’accusation. »

S’ensuivit alors une série de témoignages sur les vols qui avaient été commis à l’université, ainsi que sur les agissements du cercle de la tunique noire. Nemosor savait à présent que ce cercle était en fait une cellule d’espionnage mise en place par les mages noirs. Ces derniers étaient, d’après ce qu’avait compris Nemosor, un ordre de mages rebelles dont le but avoué était la restauration à n’importe quel prix de l’empire de Blûnen, la nation des Anciens. Les Sarblûnen avaient été chassés il y a longtemps par les autorités de Dafashûn, mais constituaient un danger permanent.  Nemosor n’avait pas pu en apprendre beaucoup plus car tout ce qui concernait les mages noirs relevait presque du secret d’état. Alors qu’il réfléchissait encore à la nature des mages noirs, le jeune homme fut appelé à la barre.

Nemosor appréhendait bien sûr ce moment, mais sa résolution n’était pas moins forte que celle de son ancien ami. Évitant soigneusement de regarder Egidor, il relata  les événements des dernières semaines, n’omettant aucun détail. Il savait que son témoignage était sans appel, et même lors du contre-examen, l’avocat d’Egidor ne put y trouver aucune faille.

Nemosor alla se rasseoir à la fin de son récit et Codelia fut à son tour appelée à témoigner. Elle était bien plus hésitante que Nemosor et jetait des regards fuyant à Egidor qui restait, quant à lui, impassible. Le témoignage de Codelia, bien que moins détaillé que celui de Nemosor, ne laissa lui aussi aucune chance à Egidor. Ainsi lorsqu’elle eut terminé, les juges annoncèrent :

« Nous allons à présent nous retirer pour délibérer. Nous reprendrons dans une heure. »

Tous trois quittèrent alors la salle, suivis de près par Egidor. Le public fut ensuite prié de sortir. Nemosor en profita pour interpeller Codelia.

« Comment te sens-tu, Codelia? »

Les yeux de la jeune fille semblaient voilés de tristesse.

« Aujourd’hui, j’ai trahi l’homme que j’aurais voulu épouser, Nemosor. Tu comprendras donc que je n’ai pas trop envie de parler. »

Nemosor ne put cependant s’empêcher de répliquer :

« C’est Egidor qui nous a trahi tous les deux. Nous lui avons donné plusieurs occasions de se racheter et il les a rejeté. Ce qui lui arrive est de son fait et tu n’as rien à te reprocher. »

Pour toute réponse, le jeune fille s’éloigna de Nemosor, les larmes aux yeux.

***

La cour fut rappelée une heure plus tard comme prévu. Contrairement au début de l’audience, Cependant, les juges restèrent debout, faisant amener Egidor devant eux.

« Egidor d’Apiadomar, nous avons décidé d’un verdict vous concernant. Etes vous prêt à l’entendre ? »

Egidor acquiesça.

« Nous vous déclarons coupable de tous les chefs d’accusation. Les crimes que vous avez commis sont impardonnables et doivent être sévèrement punis. Etant donné votre jeune âge nous avons cependant décidé d’épargner votre vie. Nous vous condamnons donc au bannissement à vie. Vous serez conduit à la prison de Dafakin où un implant vous sera inséré nous permettant de savoir si vous vous trouvez sur le sol de Dafashûn. Une fois cet implant posé, vous rejoindrez Sorcasard par le premier bateau en partance de Sorcastel et vous pourrez vivre là votre vie. Mais si jamais vous remettez un jour les pieds en Dafashûn, nous n’aurons d’autre choix que de vous mettre à mort. Comprenez vous cette sentence ? »

Egidor acquiesça. Il n’avait pas cillé à un seul instant. D’un geste, le juge le fit sortir, indiquant que l’audience était terminée. Le sort d’Egidor était scellé, mais Nemosor savait qu’il se devait de le revoir une dernière fois avant qu’il ne parte…

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Nemosor (14)

La prison de Dafakin était située un peu à l’extérieur de la ville, loin des regards des citoyens « honnêtes ». Nemosor n’avait jamais imaginé qu’il puisse exister un tel endroit si près de la cité des mages, et encore moins le visiter un jour. C’était pourtant bien là qu’Egidor se trouvait après son arrestation par les forces armées de Dafashûn, et Nemosor avait enfin pu se résoudre à rendre visite à son ami. Etant en grande partie responsable de l’incarcération d’Egidor, le jeune homme avait beaucoup hésité avant d’effectuer cette visite. Nemosor savait que son ami (mais pouvait-il encore l’appeler ainsi) lui en voudrait terriblement. Le jeune mage était cependant de nature optimiste, et il voulait croire qu’Egidor pouvait encore être ramené à la raison.

De plus, le procès d’Egidor devait commencer deux semaines plus tard, et Nemosor étant un témoin clé dans cette affaire,  les visites allaient sous peu lui être interdites. Nemosor, tout comme Codelia, n’avait plus le droit de continuer ses études jusqu’à ce que le procès se termine. Tous deux avaient donc beaucoup de temps libre. Nemosor s’employait à lire et à occuper son esprit, mais Codelia ne pouvait s’empêcher de ressasser les derniers événements, et le poids de sa responsabilité dans les vols commençait à se faire sentir. A chaque fois que Nemosor la croisait, avait les yeux rougis et le visage cireux, et ne prononçait pas plus de quelques mots à la fois. Il était bien loin le temps où la jeune fille l’emmenait en riant faire le tour des bars de Dafakin.

C’est donc le cœur lourd que Nemosor franchit les portes de la prison de Dafakin. Le bâtiment était une véritable forteresse dont les murs en béton gris accentuaient l’impression d’inviolabilité. Un homme de la Garde Pourpre accompagna Nemosor au travers des longs corridors bordés de cellules vides aux barreaux rouillés jusqu’à la geôle où dormait Egidor.

Ce dernier était assis sur la paillasse qui lui servait de lit, les yeux fermés comme s’il essayait de se remémorer quelque chose. Le garde frappa aux barreaux à l’aide de sa matraque,  faisant retentir un son métallique dont les échos allèrent se perdre au fond du couloir.

« Un visiteur pour vous ! »

Egidor ouvrit les yeux, et, apercevant Nemosor, il eut un petit ricanement.

« Tiens donc ! Je me demandais si tu allais venir me voir avant le procès. Je vois que tu es plus courageux que je n’aurais pensé. Mais tu as fait le voyage pour rien. Je n’ai rien à te dire, Nemosor. »

Nemosor s’était attendu à ce type de sarcasme et il ne se laissa pas démonter.

« Je suis pourtant ton dernier espoir. Si tu reviens à la raison, je pourrais peut-être faire en sorte que mon témoignage pèse en ta faveur. Tu dois bien te rendre compte que tu es à présent seul : les membres de ton cercle de la tunique noire ont réussi à fuir, ne laissant que toi comme responsable de ce qui s’est passé. Et la présence d’adakan dans les restes de ton dragon montre que tu es lié aux vols. Ta culpabilité ne fait aucun doute. Ta seule chance de t’en sortir est de l’admettre et de montrer que tu souhaites te repentir. »

« Me repentir ! Laisse moi rire Nemosor !  Je me demande comment j’ai jamais pu t’appeler mon ami. Je ne vais pas renier ce que je sais être la vérité pour les beaux yeux de quelques vieillards corrompus. C’est à cause de ceux-là même qui vont me juger que Dafashûn ne peut réaliser son plein potentiel. Ils ont de la chance de disposer de fidèles chiens de garde à l’esprit étroit comme toi, sinon je leur aurai montré ce qu’est le véritable pouvoir.  »

Nemosor n’allait pas se laisser abattre pour si peu.

« Tu parles de pouvoir, mais c’est toi qui es à présent derrière les barreaux. Ne reste-t-il donc plus rien d’Egidor le musicien qui aime tant s’amuser et apprendre ? Tu risques le bannissement à vie, voire pire pour ces actes de trahison et de vol. Ne souhaites-tu pas atténuer cette peine ? »

A ces mots, un léger voile de tristesse sembla passer sur le visage d’Egidor, mais sa réponse fut sans appel.

« J’ai fait mes choix, Nemosor, et je les respecterai. Je ne vais pas me détourner de mon objectif juste pour alléger ma sentence. Si tu t’attendais à un acte de rédemption de ma part, je crains que tu ne reste sur ta faim. »

« Mais… », commença Nemosor, avant d’être coupé par cet ami qu’il ne reconnaissait plus.

« Je n’ai rien d’autre à te dire. A présent va-t-en et ne reviens plus ici. Nous nous reverrons au procès. »

Nemosor essaya de dire quelque chose, mais le garde, qui était resté présent durant tout l’échange, lui fit signe de le suivre, lui indiquant que l’entrevue était terminée. Nemosor obtempéra, pensant en son for intérieur : « Oui, Egidor, nous nous reverrons au procès. »

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Nemosor (13)

La piste d’essai de la faculté des Sûblûnen se trouvait à l’extérieur du dôme de Dafakin, et il fallut plus d’une demi-heure avant que Nemosor et le capitaine Semorel arrivent en vue des premiers hangars. L’alerte avait apparemment été donnée car il régnait sur place une effervescence que Nemosor n’avait jamais vue, même lors des exercices les plus intenses. Les mages chargés de l’entretien des dragons semblaient bouleversés. Quelque chose de terrible s’était peut-être déjà produit.

Le capitaine Semorel n’avait pas manqué de remarquer cet état de fait et il attrapa au vol l’un des Sûblûnen.

« Que s’est il passé, ici ? » demanda-t-il d’un ton impératif.

Le mage allait répliquer mais lorsqu’il vit la tunique rouge de son interlocuteur, il se ravisa.

« Un des élèves de la faculté s’est emparé d’un dragon sans que nous puissions rien faire. Et tous les pilotes sont en ce moment à l’autre bout de la ville, nous n’avons personne à envoyer à sa poursuite. »

Semorel et Nemosor se regardèrent. Ils étaient arrivé trop tard encore une fois. Mais une idée venait de germer dans l’esprit de Nemosor.

« Depuis combien de temps est-il parti ? » demanda-t-il au technicien.

« Un quart d’heure environ. »

Il était donc peut-être encore temps d’agir.

« Capitaine Semorel, je suis pilote. En partant tout de suite j’ai peut être une chance de rattraper Egidor : se croyant seul il ne va sûrement pas utiliser la puissance de réserve de son dragon, nous laissant ainsi un espoir. Mais il faut agir vite. »

Le capitaine sembla hésiter une seconde, mais il savait que le temps était essentiel s’ils voulaient rattraper Egidor.

« Très bien, dit il. Trouvez un dragon pour ce jeune homme et faites le partir sur le champ. Nous n’avons pas une seconde à perdre. »

Semorel s’était adressé au Sûblûnen qui le regarda d’un air incrédule. Le mage n’osa cependant pas contredire le garde pourpre qui semblait savoir ce qu’il faisait.

***

Nemosor n’avait jamais été aussi rapide à décoller dans un dragon. Il s’était à peine passé dix minutes entre le moment où lui et Semorel étaient arrivé à l’aéroport et l’instant où les roues du dragon avaient quitté le sol.

Se sachant pressé par le temps, Nemosor poussa la manette des gaz de l’appareil à fond, et une fois passé le seuil d’altitude de deux mille pieds, il enclencha la réserve de puissance d’urgence, qui n’était normalement à utiliser qu’en cas de guerre. Le jeune homme se retrouva collé sur son siège, écrasé par l’incroyable accélération de l’appareil. Nemosor savait que le dragon ne pourrait pas tenir cette allure plus d’une heure avant que le moteur ne  surchauffe, et il espérait que cela serait suffisant pour rattraper Egidor. Le dragon de ce dernier apparaissait comme un petit point vert avançant lentement vers l’ouest sur l’écran se trouvant en face de Nemosor et à cette allure, il pourrait probablement le rejoindre en une demi-heure.

Il ne fallut en fait que vingt minutes à Nemosor pour commencer à distinguer la forme noire de l’appareil de son ami. Celui-ci avait dû le détecter car il s’était mis à accélérer. Il était cependant trop tard pour lui. Nemosor avait un clair avantage en altitude et en vitesse. Il lui suffirait de piquer pour intercepter Egidor. Nemosor envoya donc un signal au dragon de son adversaire lui intimant de se rendre, signal qu’Egidor ignora superbement.

Nemosor n’avait plus le choix. Egidor avait beau être son ami, il ne pouvait pas le laisser détruire tout ce en quoi il croyait. Il devait agir. Le jeune homme activa donc le viseur de son dragon ainsi que ses armes. Celles-ci consistaient, en plus du lance-flamme utilisé pour détruire les cibles au sol, en deux canons de gros calibre capable de percer le métal le plus solide.

Une fois le viseur en place, Nemosor baissa le nez de son appareil, amenant l’hélice du dragon d’Egidor dans la cible. Ce dernier avait cependant dû se rendre compte du danger qui le guettait car il s’était mis a zigzaguer enchainant sans répit des manœuvres toutes plus dangereuses les unes que les autres.

Ce n’était cependant pas suffisant pour semer Nemosor dont l’avantage ne pouvait être comblé. Le jeune homme pouvait suivre sans peine les mouvements  de son adversaire. Ajustant son viseur pour prendre en compte la déflection du tir, Nemosor appuya douchement sur la gâchette de son arme.

Les vibrations du canon secouèrent le dragon, faisant presque perdre prise à Nemosor. Les projectiles, sortant à une vitesse supérieure à celle du son, vinrent frapper de plein fouet la queue du dragon d’Egidor, détruisant son gouvernail.

L’appareil était à présent incontrolâble et Nemosor le vit avec horreur partir en vrille. C’était la première fois qu’il tirait à balle réelle, et à présent qu’il était confronté à la dure réalité de son acte, le remords l’envahissait.

Egidor n’avait cependant pas perdu tout contrôle. Il avait réussi à ouvrir la verrière de son dragon et en était sorti. Nemosor vit avec soulagement un parachute s’éloigner de l’appareil en perdition. Il lança immédiatement un appel de détresse afin que l’on vint secourir Egidor, et surtout l’arrêter…

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Nemosor (12)

Le noyau était véritablement le point central du bâtiment administratif. Tout comme ce dernier, la salle avait une forme dodécaédrique, donnant à l’ensemble une architecture fractale. Les douze faces du Noyau étaient recouvertes de machines et d’écran, toutes émettant un bourdonnement qui en devenait presque assourdissant. Même le sol, protégé par une dalle de verre renfermait une partie de la machine. A l’intérieur de ces murs se trouvait regroupé l’ensemble du savoir des mages, un fait qui imposait à tous les visiteurs un silence révérencieux.

Nemosor n’aurait jamais crû pouvoir pénétrer un jour dans ce saint des saints et malgré les circonstances hautement inhabituelles et urgentes qui entouraient sa visite,  le jeune homme ne put s’empêcher de marquer une pause.

Il fut cependant vite ramené à la réalité : la salle, qui était sensée rester vide en temps normal, contenait déjà une présence humaine, en plus de Nemosor et du capitaine Semorel. Egidor les avait devancé et était en train de travailler sur une des machines, Codelia à ses côtés.

Il ne fallut pas longtemps à Nemosor pour se rendre compte que la jeune fille n’était pas là de son plein gré. Elle était bâillonnée, ses mains ligotées, une corde les reliant au poignet d’Egidor. Ce dernier se rendit quasi-instantanément compte de la présence de Nemosor et du capitaine. A leur approche, il leva sa main, qui contenait un petit appareil.

« N’approchez plus ! J’ai recouvert Codelia d’une ceinture de poudre explosive, que je peux faire sauter d’une simple pression sur ce détonateur. Vous pourrez alors dire adieu à Codelia et à votre précieux Noyau. Je savais que tu préviendrais la sécurité, Nemosor, et je suis venu préparé, comme tu peux le voir. »

C’est à ce moment que Nemosor remarqua que son ami portait une tenue de pilote de dragon, combinaison qui apportait une excellente protection contre le feu. Ce fait plus que tout autre convainquit le jeune homme que la menace d’Egidor était sérieuse. Jusqu’où était-il donc prêt à aller pour accomplir ce qu’il croyait être sa mission ? Nemosor tenta tout de même une dernière fois de le raisonner.

« Je t’en prie, Egidor : arrête cette folie avant que quelqu’un ne soit blessé. Même si tu parviens à sortir d’ici  avec l’information que tu souhaites, tu ne pourras jamais terminer ta machine maintenant que la garde pourpre est au courant. »

« Ça c’est ce que tu crois. Permets-moi de douter de la capacité de la garde à déjouer mon plan. »

Ce fut le capitaine Semorel qui répondit.

« Ne soyez pas stupide. Nous sommes parfaitement au courant de la présence de mages noirs au sein de Dafakin, et à l’heure qu’il est mes hommes doivent déjà être en train de les arrêter. Vous n’avez aucune chance. »

Un éclair de colère passa devant les yeux d’Egidor.

« C’est ce que nous verrons », dit-il simplement. Il retourna alors à son travail. Ni Nemosor ni Semorel n’osaient s’approcher. D’autres gardes étaient entrés, mais le capitaine leur avait fait signe de s’arrêter, conscient du danger qu’ils risquaient.

Ce statu quo dura une dizaine de minutes qui parurent une éternité à Nemosor. Egidor finit alors par se relever et poussa d’un geste Codelia, coupant la corde qui la reliait à lui. Il lâcha alors un « Merci de votre coopération. » sarcastique avait de disparaître dans un éclair aveuglant. Le téléporteur, bien entendu.

Malgré son désir de réconforter Codelia, Nemosor n’avait pas le temps de s’attarder sur le sort de la jeune fille. Dans un éclair de lucidité, il avait deviné le plan d’Egidor, et il fallait agir vite s’il voulait le contrecarrer.

« Je suis certain qu’il se rend à la piste d’essai des dragons de la faculté des Sûblûnen. » dit-il au capitaine Semorel. « Il a probablement l’intention de voler un dragon pour s’enfuir de Dafakin. »

Le capitaine regarda le jeune homme d’un air surpris puis répondit au bout d’un moment.

« Cela parait en effet logique. Les téléporteurs sont difficile à utiliser sur de grande distances, car notre maîtrise de la grille dimensionnelle est bien plus faible que celle des Anciens. Votre ami va donc en effet chercher un autre moyen de transport, et sa tenue est un indice en faveur de votre hypothèse. Suivez-moi ! »

Tous deux se mirent alors à courir hors du noyau, laissant sur place Codelia et les gardes pourpres qui attendaient toujours des ordres de leur chef.  Une fois hors du bâtiment administratif,  Ils se précipitèrent en direction de la faculté des Sûblûnen.

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