Catégorie : Les Nains et l’Empire

Les Nains et l’Empire – Epilogue

Samel contemplait l’océan. Le ressac était comme une douce musique à ses oreilles, alors qu’il goûtait l’air marin de Leosûmar. Les Nains, comme toujours, s’affairaient comme des fourmis sur les docks. Alors qu’il méditait sur le caractère industrieux de ce peuple, un léger mouvement attira l’attention de Samel : c’était Selea, qui se tenait en silence à coté de lui.

7972037644_ed0cab8721

« Tu es toujours décidée à m’accompagner ? Ça risque de ne pas être une partie de plaisir tu sais. »

« On en a déjà discuté. Je ne vais pas, moi, ta femme, rester à l’abri ici alors que tu parcours les mers et les continent dans ta quête insensée. Il faut bien quelqu’un pour amener un peu de raison dans tes idées. »

Samel sourit.

« Très bien, » dit il sobrement.

Ses pensées vagabondaient déjà. Il se remémorait cet instant, quinze ans auparavant, qui avaient changé sa  vie : le jour où il avait accepté de devenir l’ambassadeur des Nains auprès des populations humaines de Sorcasard. C’était juste avant que les moines du Ginûfas ne s’emparent des cités sous la montagne, consommant la victoire d’Orbût Frinir sur l’Empire. Les impériaux avaient bien des fois tenté de passer la barrière des Losapic. Après une série de batailles sanglantes, ils avaient cependant fini par abandonner, laissant aux Nains, sur ordre de l’Empereur lui-même,  la maîtrise du Nord de Sorcard.

Samel avait été présent lors de la signature du traité qui avait fait d’Orbût Frinir le premier seigneur de Ginûgen, le nouveau royaume des Nains. Il avait lu la haine  dans les yeux du duc lorsqu’il avait vu ce jeune homme, autrefois son sujet, accompagné d’un Sorcami et de Nains. Le mot traître n’avait pas été prononcé, mais c’était tout comme. Samel avait compris deux choses à ce moment là. Premièrement, il savait su qu’il ne pourrait jamais remettre les pieds dans les territoires contrôlés par l’Empire de Dûen tant que le duc vivrait. Deuxièmement, il ne connaîtrait pas le repos tant que les humains de Sorcasard n’auraient pas été libérés du joug des tyrans de l’Empire. L’asservissement de son peuple ne pouvait durer éternellement. Samel s’était alors fait le serment de mettre tout en œuvre pour que les populations de Sorcasard connaissent enfin la liberté, et après tant d’années au service des Nains, il allait enfin pouvoir commencer à y travailler sérieusement.

Son premier objectif était de se rendre au Royaume des Mages pour y apprendre tout ce qu’il pouvait, et surtout pour tenter de recruter quelques-uns des maîtres du savoir des Anciens au service sa cause, si une telle chose était possible. Il ignorait ce qu’il l’attendait à Dafashûn, mais il savait que pour lui et pour Selea, l’aventure ne faisait que commencer…

***

Talakhos sirotait un délicat jus de fruit tout en admirant le jeu de la lumière sur les plantes du jardin Ûesakial. Il avait entre les mains une missive dont le contenu ne pouvait que le ravir. Après toutes ces années d’hostilité latente, les Nains avaient donc fini par signer un accord commercial avec les provinces Impériales. Les premières caravanes Nains, chargées de métaux précieux du Nord et de magnifiques ouvrages allaient bientôt silloner l’ensemble de Sorcasard, de Setigat à Niûrelhin. Et, songeait Talakhos avec un certain plaisir, les biens matériels ne seraient pas la seule chose que les Nains apporteraient avec eux. Ils répandraient, probablement sans le savoir, l’idée que l’Empire de Dûen n’était pas invincibles, et qu’il était possible de lui tenir tête. C’était probablement une idée qui mettrait beaucoup de temps à porter ses fruits, mais Talakhos était intimemement convaincu que tôt ou tard, la mainmise des Empereurs sur Sorcasard verrait sa fin. Et ce jour là, peut-être que le peuple des Sorcami pourrait retrouver une partie de sa gloire passée.

En attendant, il restait beaucoup à faire. Après le succès de sa mission auprès des Nains, Talakhos était revenu avec les honneurs à Sorcakin. Il avait réussi à capitaliser sur cette célébrité pour évincer Gerûgh du poste de Lûakseth du clan de la montagne et ainsi prendre sa place.

Contrairement à beaucoup de ses semblables, Talakhos souhaitait que les Sorcami prennent une part plus active dans les affaires des hommes. Mais la haine de certains était telle qu’il refusaient même de parler du sujet. Il restait encore beaucoup de chemin à parcourir, si les hommes et les Sorcami voulaient un jour pouvoir vivre ensemble.

Talakhos repensa au jeune Samel, qui avait su comprendre l’avantage de ne pas laisser la haine et les préjugés guider ses actions. Si seulement une fraction des humains de Sorcasard arrivaient à penser comme lui, alors l’espoir était permis…

Laissant la douce chaleur du soleil caresser sa peau, Talakhos se mit à rêvasser. Qui savait ce que réservait le futur aux hommes et aux Sorcami ?

Share Button

Les Nains et l’Empire (21)

Le retour jusqu’à Orwolia se fit sans incident supplémentaire. Samel n’osait cependant plus adresser la parole à ses compagnons, et restait perdu dans ses pensées. Ses réflexions portaient principalement sur sa tentative d’évasion. Le jeune homme était toujours surpris par le fait que Talakhos et Midenir l’avaient sauvé malgré sa trahison. Pourquoi ? Ils auraient pu le laisser mourir. C’était un acte de compassion auquel les officiers Impériaux ne se seraient jamais livrés. Quelles étaient les motivations de Talakhos ? Pour quelle raison avait il sauvé son ennemi, un membre du peuple qui avait si durement combattu les homme-sauriens. Autant de questions qui restèrent sans réponse jusqu’à leur arrivée à Orwolia.

Samel fut conduit à l’hôpital tandis que Talakhos, Midenir et Trûm partaient faire leur rapport à Orbût Frinir. Là il fut accueilli par Selea, qui ne cacha pas sa surprise et sa joie de revoir le jeune homme. Lorsqu’elle vit sa jambe cassée, cependant, elle prit un air bien plus professionnel, et se mit à lui préparer une attelle bien plus élaborée que le rafistolage rudimentaire de Midenir.

« Que s’est-il passé ? » demanda-t’elle.

Samel n’avait aucune raison de mentir à sa jeune amie. Il lui raconta donc toute l’histoire : la marche dans les montagnes, la découverte de la cité des Anciens, le revirement des moines Nains, et sa tentative d’évasion. Cela faisait du bien à Samel de pouvoir enfin parler de ce qu’il ressentait.

« C’était donc ça que tu mijotais quand tu as accepté de partir, » dit Selea d’un ton désapprobateur. « Cela aurait pu bien plus mal finir… »

« Je devais le faire, Selea. Les hommes des montagnes n’ont aucune idée du danger qui les guette. C’est pour eux que j’ai agi ainsi. »

« Peut être que le danger n’est pas si grand que cela. Cela fait quelques jours à présent que je côtoie les Nains, et contrairement à certains soldats Impériaux, ils ne me paraissent pas du type à massacrer des hommes et des femmes sans défense. Ils cherchent juste à se construire un nouveau foyer, ici au Nord de Sorcasard, pas à annihiler l’Empire. »

Samel mit un moment avant de répondre.

« Tu as peut-être raison. Pour l’instant, ceux que je considère comme mes ennemis ont fait preuve d’un plus grand sens de l’honneur que nos propres officiers. Mais que faire à présent ? Je crains que les Nains ne puissent plus jamais me refaire confiance. »

« Je ne sais pas Samel. Mais voilà le général Orbût Frinir. Je suppose qu’il vient te voir. »

Le jeune homme se redressa tandis que le général approchait, accompagné de Talakhos et Midenir.

617833E7D9660987941207A71567524E2B91494D_large

***

Talakhos observait attentivement le jeune humain. Il n’était pas encore très doué dans le déchiffrage des expressions des hommes, mais il lui semblait que Samel affichait un regard plus humble qu’a l’accoutumée, presque soumis.

Le général Orbût Frinir parla le premier.

« Talakhos et Midenir m’ont tout raconté, mon garçon. Sache avant tout que je ne te tiens pas rigueur de tes actions. Tu ne t’es jamais engagé devant moi à ne pas t’évader. J’aimerais juste savoir quelles étaient tes raisons. Car, enfin, il me semble tout de même que l’Empire n’a pas fait grand chose pour mériter une telle loyauté. »

Samel déglutit avant de répondre.

« Ce n’est pas pour l’Empire que j’ai pris ce risque, mais pour les humains des villages de la montagne, qui n’ont rien à voir avec cette guerre et risquent d’en être les victimes. Malgré tout le respect que je vous dois, et la gratitude que j’éprouve envers Talakhos et Midenir pour m’avoir sauvé, je ne peux pas vous laisser les mettre en danger sans rien faire. »

Le ton de défi avec lequel ces paroles avaient été prononcées fit sourire Orbût Frinir.

« Voilà qui est bien parlé, jeune Samel. Mais si je te disais que je n’ai aucune intention de détruire les villages de la montagne ? Mon but est simplement d’attaquer les renforts venant du Sud pendant qu’ils tenteront de franchir les Losapic. Les territoires du Nord sont bien suffisant pour mon peuple. Je n’ai ni l’envie ni les moyens de porter la guerre en Sortelhûn, n’en déplaise à notre ami homme-saurien. L’Empire saura bien se désagréger par lui-même. »

Le visage de Samel s’emplit d’étonnement. Il allait dire quelque chose, mais se ravisa, voyant qu’Orbût Frinir reprenait la parole.

« En fait, je vais même avoir besoin de toi. J’aimerais bien que tu deviennes mon ambassadeur auprès des populations humaines des territoires que j’ai conquis, à commencer par Orwolia. Si tu les convaincs de ne pas m’affronter, je leur promets un traitement équitable. Je suis sûr que les Nains et les hommes du Nord de Sorcasard peuvent vivre en bonne intelligence. »

Talakhos fut agréablement surpris de cette proposition. Contrairement au jeune Samel qui restait bouche bée, le Sorcami venait d’en réaliser toutes les implications. Si des humains de Sorcasard vivaient sous l’influence des Nains, ils réaliseraient peut-être la cruauté de l’Empire, et ce serait un pas de plus vers la division de ce dernier, son objectif principal… Orbût Frinir était vraiment un habile politicien.

Le Sorcami entendit à peine Samel acquiescer à la proposition d’Orbût Frinir. Il venait de se rendre compte que sa mission était presque terminée. Si les Nains parvenaient à tenir les Losapic, il aurait accompli sa tâche. Bientôt il pourrait rentrer chez lui, et montrer au Lûakseth Gerûgh sa véritable valeur…

Share Button

Les Nains et l’Empire (20)

Samel était de retour dans le froid des Losapic. Le vent glacial semblait presque un soulagement après tant de temps passé sous terre. A ses cotés, Talakhos et Midenir observaient le paysage couvert de neige, évaluant intérieurement la distance qu’ils avaient à parcourir pour rejoindre Orwolia et les troupes d’Orbût Frinir.

Samel élaborait quant à lui ses propres plans. Il avait passé beaucoup de temps à étudier les cartes de Midenir, et il savait qu’il lui faudrait agir vite. Son objectif était de rejoindre Losamûnd, qui était encore aux mains de l’Empire, afin de prévenir les hommes de la ville de ce qui les attendait. La ville se trouvait à l’est de leur position actuelle, et Samel savait qu’il devrait agir cette nuit même. Quelque chose le retenait cependant… Était-ce la crainte de devoir affronter seul le froid des Sordepic ? Ou quelque chose de plus profond ? Que devait-il réellement à l’Empire de Dûen ? En récompense de sa loyauté, les Impériaux avaient assassiné son meilleur ami et l’avaient fait fouetter… Samel se remémora cependant que s’il agissait ainsi, ce n’était pas pour les hommes de Dûen, mais pour les habitants du nord de Sorcasard. Ceux-ci ne méritaient pas de se retrouver au milieu d’une guerre qui détruirait leurs villages.

Alors qu’ils descendaient vers la vallée, la résolution de Samel se renforçait. Il n’était loyal  ni aux Nains ni à l’empire, mais à son peuple, et il ferait tout pour les protéger. Et pour cela, il devait les prévenir du risque que les montagnes recelaient en leur sein.  Il était temps d’agir !

P-6-042569a

Les voyageurs s’arrêtèrent à l’abri d’une anfractuosité de la montagne alors que le soleil dardait ses derniers rayons à l’ouest, illuminant le ciel d’une couleur rouge sang. Midenir alluma un feu et tous se placèrent autour. Nul ne disait mot, et chacun semblait perdu dans ses pensées. Le jeune moine Trûm semblait le plus renfermé de tous, réalisant que les autres ne faisaient que le tolérer dans leur groupe. Bientôt, les quatre voyageurs se placèrent sous leurs couvertures, s’apprêtant à dormir.

Samel attendit une petite heure afin d’être bien sûr que Talakhos, Midenir et Trûm dormaient réellement. Il entreprit alors de préparer un sac avec quelques vivres et sa couverture, dans le plus grand silence. Une fois prêt, il se dirigea vers l’est sans même un regard en arrière, guidé seulement par la lumière des étoiles.

L’air glacial était pur et limpide, et pour tromper sa peur de la solitude, Samel se prit à énumérer les constellations : il reconnaissait le grand ver, la maison, et tant d’autres dont les histoires avaient bercé son enfance.

Le jeune homme avançait le plus rapidement possible : il savait qu’il devrait mettre une grande distance entre lui et ses ex-compagnons s’il ne voulait pas être rattrapé. La progression dans le noir était cependant difficile et dangereuse, et malgré son expérience de la marche en montagne, Samel ne vit pas la crevasse qui se tenait devant lui. Il sentit tout d’un coup le sol se dérober sous ses pas et tomba dans le noir…

***

Lorsque Talakhos se réveilla, il réalisa tout de suite que quelque chose n’allait pas. Samel n’était plus là ! Que s’était-il donc passé ?

« Midenir, réveillez-vous ! » cria le Sorcami. « Samel a disparu ! »

Instantanément, le Nain  sauta sur ses pieds.

« Que dites-vous ? J’aurais dû m’en douter. Cela fait un moment que le jeune homme observe mes cartes et prépare son plan. J’aurais dû être plus prudent. Venez Talakhos, il n’a pas pu aller bien loin, et je suis assez bon traqueur. »

En un instant le Nain et le Sorcami avaient rangé leurs affaires et étaient déjà en route, suivis de près par Trûm. La piste de Samel était assez aisée à suivre, pour quelqu’un d’aussi expérimenté que Midenir et les trois voyageurs avançaient rapidement sur les pas du jeune homme. Ils s’arrêtèrent cependant devant une faille qui balafrait la montagne. Midenir semblait perplexe.

« La piste semble s’arrêter ici… C’est comme si Samel s’était jeté dans la crevasse. Je ne comprend pas. »

« Il est peut être tombé, supposa Talakhos. Appelons le ! »

Tous deux se mirent alors à crier le nom du jeune homme. Un faible écho leur parvint du fond de la crevasse.

« Je suis là… »

Prudemment, le Nain et le Sorcami observèrent le gouffre, et virent une forme se trouvant au fond.

« Il faut le tirer de là, » dit le Sorcami.

Midenir semblait hésiter.

« Cela pourrait se révéler dansgereux. Surtout pour sauver quelqu’un qui a tenté de nous trahir. Je… »

« Si vous ne voulez pas y aller, j’irai, Midenir. Nous ne pouvons pas tenir rigueur à un jeune homme qui pensait faire son devoir. »

« Vous avez raison Talakhos. Laissez moi préparer la corde, nous allons le tirer de là. »

D’un geste sûr, le Nain attacha une corde à un gros rocher. Talakhos entreprit alors de descendre le long de la crevasse. Au bout d’une attente qui semble interminable, il remonta enfin, transportant Samel sur son dos. Le jeune homme ne disait rien. Il avait visiblement une jambe cassé, et de belles égratignures, mais semblait bien vivant.

« Nous allons lui poser une attelle, et nous repartirons, dit Midenir. Nous avons perdu assez de temps. J’ose espérer que cette expérience vous aura servi de leçon Samel, dit le Nain. N’essayez plus de nous fausser compagnie à l’avenir…. »

Share Button

Les Nains et l’Empire (19)

Le couloir sous la montagne était interminable. C’était comme si Samel et ses compagnons voyageaient vers les profondeurs de l’enfer, une sensation que la lumière rouge omniprésente ne faisait que renforcer. L’ambiance était oppressante et nul ne disait mot. Chacun se renfermait sur lui même, comme si la roche environnante ne suffisait pas à isoler les voyageurs du monde extérieur. Samel n’osait rompre le silence et son imagination débordante lui faisait envisager toutes sortes de scénarios catastrophiques. Au centre de toutes ces affabulations se trouvaient les moines Nains, qui, Samel s’en rendait compte, lui faisaient peur depuis le jour du départ. Contrairement à Midenir, ces Nains semblaient guidés par un fanatisme étrange, et capables de tout. Leur vénération pour la grotte qu’ils avaient découverts semblait surréelle à Samel, et il n’osait rester près d’eux trop longtemps…

Perdu dans ses sombres pensées, Samel ne vit pas que Talakhos s’était arrêté, et heurta le Sorcami. Ce dernier se rendit à peine compte du choc, tant il était captivé par ce qui se trouvait en face de lui. Midenir était lui aussi bouche bée, et Samel se demanda ce qui avait pu surprendre ainsi les deux guides de l’expédition. Le jeune homme constata alors qu’ils se trouvaient au bout du tunnel. Le chemin s’arrêtait net sur une ouverture brillamment illuminée. Avaient-ils traversé les Losapic pour se retrouver en Sortelhûn ? Le visage de Samel s’éclaira alors qu’il s’approchait pour observer.

Le jeune homme comprit vite ce qui avait provoqué la surprise de ses compagnons.

Devant lui se trouvait une caverne si vaste qu’on n’en distinguait même pas le bord opposé. La voûte était à une hauteur telle qu’elle aurait tout aussi bien pu être le ciel lui même, surtout avec l’éclairage brillant qui s’en dégageait. Mais ce qui était le plus impressionnant n’était pas les dimensions de la caverne, mais bien ce qu’elle contenait.

Faute d’un autre mot, Samel l’aurait décrit comme une ville, mais une ville si merveilleuse et étrange qu’elle dépassait l’entendement. De hautes tours reliaient le plafond de la caverne à son sol. Ces tours étaient elles même connectées par de petits couloirs qui fermés apparaissaient à intervalles réguliers. C’était une construction fantastique, que seule la magie des Anciens avait pu produire. Que des hommes aient été capables de fabriquer une telle merveille sous la montagne dépassait l’entendement de Samel, tout comme la réaction des moines Nains de Ginûfas.

underground_city_by_julian_faylona-d4dp2vs

A la vue de la ville sous la montagne, les Nains s’étaient en effet agenouillés, et ils marmonnaient des prières quasi-incompréhensibles. Les seuls mots que Samel parvenait à distinguer étaient Erû (Dieu) et Blûnen (Mage ou Ancien). Midenir et Talakhos ne prêtaient cependant aucune attention aux fanatiques, et et commençaient déjà à s’approcher de la cité.

Soudain, à la grande surprise de Samel, les moines se mirent à leur barrer la route.

« Nous sommes désolés, mais les hérétiques n’ont pas le droit de fouler le sol de la cité sacrée de Goldarkin, où les Anciens ont créé le monde. »

Talakhos regarda le Nain qui avait parlé d’un air mauvais.

« Cette cité et les grottes sous la montagne sont les clés qui permettront à votre peuple de vaincre l’Empire de Dûen. Nous devons l’explorer pour savoir où elle mène. »

Le Nain ne se démonta pas.

« Ce n’est pas votre tâche mais celle de l’ordre de Ginûfas. Notre mission sacrée est de protéger les oeuvres souterraines des Anciens, et rien ne se mettra en travers de notre route. Nous repousserons toute force qui n’aura pas prêté le serment de Ginûfas, qu’elle vienne de l’Empire de D^uen ou du général Orbût Frinir. Ceci est la tâche sacrée de notre peuple. »

Le Nain rejeta alors sa capuche et l’épais vêtement de toile qui le protégeait pour réveler une armure et des haches. Ses neufs compagnons firent de même, et leur regard ne laissait aucun doute quant à leurs intentions belliqueuses. Talakhos s’apprêtait à leur répondre, mais Midenir le retint.

« Laissez, Talakhos. C’est ce que nous avions prévu. Lorsque vous nous avez parlé de ces grottes, le général Frinir et moi avons tout de suite compris qu’elles correspondaient aux croyances des moines de Ginûfas. Cela a toujours été notre intention de leur confier la mission d’empêcher quiconque de passer au travers des montagnes. Et même si j’aurais moi aussi souhaité explorer les mystères de ce joyaux sous la roche, mes ordres sont de laisser la main aux moines. Notre mission à présent consiste à prévenir le reste de leur ordre pour qu’ils puissent retourner dans ces grottes et accomplir leur devoir. »

Samel et Talakhos regardèrent Midenir avec surprise. Une lueur de colère passa dans les yeux du Sorcami, mais il finit par céder à la logique de son compagnon.

« Très bien, Midenir. J’espère que vous savez ce que vous faites. Mon rôle n’était de toute manière que de vous ouvrir la porte, le reste est entre vos mains. »

Midenir s’inclina. Puis se tournant vers les moines, il dit :

« L’un de vous devra revenir avec nous à Orwolia avec la preuve de ce que nous avons trouvé afin que le reste de votre peuple le suive ici. »

« Trûm est le plus jeune d’entre nous. Il ira avec vous.Allez et ne remettez plus jamais les pieds ici. Nous repousserons l’Empire pour vous, mais nous ne voulons plus voir d »hérétiques en ce lieu sacré. »

Midenir  fit alors demi tour et se dirigea vers le couloir qu’ils venaient d’emprunter, suivi par Talakhos et l’un des Nains. Samel leur emboîta le pas, réalisant à peine ce qui venait de se produire. Se trouver en face d’un tel trésor des Anciens et s’en voir refuser l’accès était très frustrant. Mais il savait qu’il faudrait qu’il revienne rapidement à lui, car il avait ses propres décisions à prendre.

Share Button

Les Nains et l’Empire (18)

C’était la pierre la plus lisse que Samel avait jamais vu, comme si à cet endroit, la montagne avait été découpée à l’aide d’un couteau géant, puis poncée jusqu’à ne laisser aucune aspérité. Talakhos observait le roc avec une joie non dissimulée, tandis que les Nains avaient adopté une expression de crainte révérencieuse.

« La porte Nord, nous l’avons trouvée ! » explosa le Sorcami.

Midenir semblait plus circonspect.

« Il ne nous reste plus qu’à découvrir comment l’ouvrir. Je ne me vois déplacer ce mastodonte de pierre à la seule force de mes bras, Talakhos. »

Samel ne disait rien, subjugué par ce qu’il voyait. Il avait devant lui la preuve tangible que les Anciens dont parlaient les histoires de sa grand-mère avaient réellement existé. Seule la magie des hommes d’autrefois avait pu transformer la pierre d’une telle façon. Piqué par la curiosité, le jeune homme posa la paume de sa main sur la pierre lisse. Le contact était froid, et Samel eut l’impression que la pierre s’enfonçait légèrement pour épouser la forme de sa main. Surpris, Samel s’écarta d’un mouvement brusque.

stone_door_by_mutiny_in_the_air-d6y6c64

A l’endroit où le jeune homme avait posé ses doigts, une empreinte lumineuse de sa main était apparue, entourée par un cercle de runes. Le message écrit était clair :

ACCÈS REFUSE

Qu’avait-il fait ? Est ce qu’il avait bloqué la porte, malgré lui ? Samel jeta un regard désespéré à Talakhos, qui n’avait pas le moins du monde l’air surpris par ce qui venait de se produire.

« C’est comme le décrivent les textes de la porte d’Aerokûpic. Les Anciens avaient fait en sorte que seuls quelques hommes dignes de confiance, puissent ouvrir ces portes. »

« Mais alors, comment allons nous entrer ? »  demanda Samel, qui avait tout d’un coup retrouvé la parole.

« Mais le plus simplement du monde, jeune Samel, en faisant croire à la porte que tu es un Ancien. »

Ne laissant pas au jeune homme le temps de répondre, Talakhos se tourna vers Midenir.

« Avez-vos toujours les affaires qui étaient en ma possession lorsque vous m’avez découvert, Midenir ? »

« Oui, » répondit le Nain, tendant un sac de cuir à l’homme-saurien.

« Une chance que les hommes de l’Empire n’aient pas réalisé la valeur de ce que contenait ce sac. »

Talakhos en sortit un étrange gant très fin qu’il tendit à Samel.

« Fais très attention à ne pas déchirer ce gant. Il est notre clé. »

Samel regarda attentivement l’objet. Le gant était presque transparent, parcouru seulement par de fines lignes sur la paume et les doigts.

« Je ne comprend pas, » dit Samel, interrogatif

« Ce gant est une relique qui appartient à mon peuple depuis des temps immémoriaux. Il reproduit avec exactitude les lignes de la main d’un des roi des Anciens. Si tu l’enfiles et que tu poses la main sur la porte, elle croira que tu es ce souverain et s’ouvrira. Essaie donc. »

Avec d’infinies précautions, Samel plaça sa main dans le gant. Celui ci lui collait à la peau. Le jeune se rapprocha alors de la porte et répéta son geste, posant sa paume contre la pierre froide. La lumière apparut de nouveau, mais au lieu de la teinte jaune qu’elle avait pris auparavant, elle était bleutée. Un nouveau message apparut en runique :

ACCÈS AUTORISE

A ce moment la terre se mit à trembler dans un grondement sourd surgi des tréfonds de la montagne. A la grande surprise de Samel, la lourde porte se mit à coulisser, laissant petit à petit apparaître l’obscurité d’une caverne. Lorsqu’elle se fut totalement ouverte, les bords de la caverne s’éclairèrent d’une lumière rouge qui illuminait un long couloir s’enfonçant au coeur de la montagne.

« Nous y sommes, » dit alors Talakhos. « Suivez-moi. Nous devons explorer ces passages pour être certains qu’ils sont encore ouverts pour l’armée des Nains. »

Sans un mot, tous suivirent le Sorcami qui était déjà dans la caverne. Les Nains avaient une expression d’admiration presque religieuse pour ce qu’ils apercevaient. Le regard de certains d’entre eux effrayait Samel, qui s’empressa de rejoindre Talakhos.

« Ce sont les Anciens qui ont construit ces cavernes, Talakhos ? demanda le jeune homme, pour occuper son esprit alors qu’ils marchaient. »

« Oui, Samel. Du moins c’est ce que les plus anciennes légendes de mon peuple racontent. Lorsque les Anciens, venus de par delà les cieux, sont arrivés sur Erûsarden, rien ne pouvait survivre à sa surface. Ils se sont donc construits des villes sous les montagnes, en attendant que leur magie transforme le monde. Les cavernes sont les vestiges de ces villes, et un témoin de la grandeur et du savoir des Anciens à leur apogée. Il est bien dommage qu’ils aient un jour décidé d’utiliser ce savoir pour détruire au lieu de construire. »

Méditant ces paroles, Samel continua à suivre le Sorcami alors qu’ils s’enfonçaient toujours plus profondément au coeur de la montagne, baigné par l’ancestrale lueur rouge des Anciens.

 

Share Button