Catégorie : La Guerre des Sorcami

La Guerre des Sorcami – Epilogue

A partir de cette dernière entrée le journal de Fresil devient plus succinct, documentant ses efforts à Gaksûrokhos, jusqu’à l’arrivée des colons de l’empire de Dûen, mené par le duc Oria, gouverneur de ce qui allait devenir le duché d’Omirelhen. Le journal semble ensuite être abandonné par Fresil. Ce n’est que bien des années plus tard qu’il rajoute le texte qui suit, concluant ses écrits.

5 novembre 940

J’ai retrouvé dans mes coffres ce journal, récit de mon arrivée sur le continent de Sorcasard et des événements qui ont suivi, marquant à jamais le cours de ma vie. Bien des choses se sont produites depuis que ma plume a pour la dernière fois noirci ces pages.

Après m’avoir laissé  avec Loesarka a Gaksûrokhos, l’armée du général Berond a continué sa conquête de la péninsule d’Omirelhen. Les forces de l’empire on cependant dû s’arrêter sur les contreforts des Sordepic, à l’est ou la résistance des Sorcami s’est révelée très féroce. Ainsi, l’empire a dû envoyer par mer une nouvelle armée plus au Nord, afin d’encercler les Sorcami. Les conquêtes de cette armée ont été très grandes, et je n’ose imaginer les massacres qu’elle a perpétré. Les Sorcami se sont alors complètement retiré dans leur enclave au centre du continent. Protégé de toutes par par des chaînes de montagnes, ils étaient devenus inaccessibles à la férocité impériale. Les deux parties sont alors revenues à un semblant de raison, et ont signé un armistice mettant fin à cette horrible guerre : le traité de Niûsanin.

La ville de Gaksûrokhos a été entièrement reconstruite, devenant Niûrelhin, capitale du duché d’Omirelhen, province de l’Empire de Dûen. Elle est a présent dirigée par le Grand-Duc Lûpen, fils du duc Oria, qui mène les affaires de l’empire d’une main de fer.

Les « services » que j’ai rendu à la couronne de Dûen m’on valu l’obtention du titre de comte. Je suis à présent seigneur de la province de Mastel, située à l’ombre des Sordepic, au Nord-Est de la péninsule d’Omirelhen. Cela fait maintenant dix ans que j’ai épousé Loesarka, et nous avons un fils : Kosel.

Même si la vie est devenue plus facile pour moi qu’elle ne l’a jamais été, il me reste encore beaucoup à accomplir. J’essaie le plus possible d’user de mon influence pour contrer la politique du grand-duc, qui cherche a asservir tous les autochtones de la région. Les Sorcami ont dépuis longtemps quitté ces terres, et la plupart des immigrants de l’empire considèrent les indigènes comme des sous-hommes. J’aimerais changer les choses, mais je crains qu’il ne s’agisse d’une cause perdue.

L’horreur de la destruction de Gaksûrokhos me hante toujours, et je me réveille souvent la nuit, ressassant les images de mort qui ont marqué cette épisode terrible de ma vie. J’espère que Kosel n’aura jamais a vivre de telles abominations.  J’espère qu’en lisant ce journal, il comprendra que la fin ne justifie pas toujours les moyens…

Ceci sera probablement la dernière entrée de ce journal. Qu’il soit donc un témoignage de ce que l’empire de Dûen a fait subir au continent de Sorcasard. Bien que tout se soit bien terminé pour Loesarka et moi, je ne peux m’empêcher de penser que les péchés que nous avons commis ici reviendront nous hanter un jour, nous et notre descendance.

Ce journal a été retrouvé en 1315 par Leotel, alors comte de Rûmûnd. Leotel était un ami de Kosel III, comte de Mastel, l’ultime descendant de Fresil. Lorsqu’il est devenu souverain d’Omirelhen, Leotel a fait inscrire cet ouvrage au patrimoine du royaume, et a présenté ses excuses officielles au Ûesakia des Sorcami pour les événements qui s’étaient produits à Gaksûrokhos.  

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La Guerre des Sorcami (13)

31 août 925

La vie n’a décidément pas fini de me surprendre, et après ce qui s’est passé aujourd’hui, je mets au défi quiconque prétend pouvoir connaître le futur.

Lorsque je me suis levé ce matin, j’étais prêt à affronter les conséquences les plus funestes d’une démission de l’armée de l’empire de Dûen. Mon esprit était encore empli des macabres images de la mort des habitants de Gaksûrokhos. La honte et le remord d’avoir participé à un tel massacre dominaient toutes mes pensées et je ne prêtais que peu d’attention à ce qui se trouvait autour de moi. C’est donc l’esprit rempli de pensées morbides que j’ai revêtu ma tenue d’apparat, la tunique rouge de l’empire de Dûen recouverte d’un plastron en cuir marqué du sceau de l’aigle et de la couronne, poli mon casque et ma lance. Loesarka me regardait d’un air triste. Nous avions discuté la veille de ma décision. Je savais que je mettais sa vie en danger autant que la mienne, mais ma conscience dictait mes actes, et elle le comprenait très bien.

Je suis alors sorti de ma tente, décidé à en finir. Quelle n’a pas été ma surprise en constatant qu’un nombre impressionnant de soldats de l’empire semblaient m’attendre ! A ma vue, ils se sont tous mis à pousser une ovation telle que je n’en avais jamais entendu.

« Longue vie à Fresil, fléau des Sorcami ! »

Cette phrase était répétée sans arrêt, me donnant presque le vertige. Je ne savais quoi répondre, et alors que je commençais à marcher, j’ai été saisi par de nombreux bras et porté au dessus de la tête de soldats vigoureux. Je suis ainsi passé de bras en bras au dessus de cette foule alors que les acclamations continuaient. Les soldats levaient leurs casque à mon passage. J’étais clairement perçu comme un sauveur par ces hommes à qui j’avais évité le combat… Je suis arrivé jusqu’à la tente de l’état major où m’attendait le général Berond. Là les soldats m’ont déposé, continuant leurs vivats. Le général a lors levé les mains, intimant le silence à ses hommes.

« Soldats, voici le héros qui nous a donné la victoire sur les hommes sauriens ! »

Cette simple phrase a soulevé un tonnerre d’applaudissement, laissant en moi un gout amer. Une fois le brouhaha calmé, le général a repris, se tournant vers moi :

« Fresil Cersamsûn, pour vos actions lors de cette campagne, j’ai l’honneur de vous décorer de l’ordre du grand aigle d’or. Vos actions font honneur à l’empire de Dûen et à ses colonies. »

Le général m’a alors passé une grande médaille autour du coup. Je n’ai pu bredouiller qu’un timide merci alors qu’il m’entraînait déjà dans la tente de l’état major, sous les vivats qui avaient repris de plus belle.

Ce n’est que lorsque l’auvent s’est refermé que j’ai enfin pu parler. Tout s’était déroulé comme dans un rêve, et j’avais encore du mal à réaliser ce qui s’était passé. Ces événements n’avaient cependant pas entamé ma détermination et j’ai annoncé sans hésiter :

« Mon général, je vous remercie pour cette médaille, mais je ne peux en toute conscience l’accepter. Je ne peux pas être récoimpensé pour un acte qui a couté la vie à tant de personnes. Je suis d’ailleurs venu vous annoncer ma volonté de quitter l’armée impériale. Je suis prêt à assumer toutes les conséquences de cet acte. »

Le général Berond m’a alors regardé d’un air grave, pesant mes mots. Après un long silence, ces mots, gravés à jamais dans ma mémoire, sont sortis de sa bouche :

« La vérité, soldat Cersamsûn, est que nous ne faisons pas toujours ce que nous voulons. Combattre en utilisant des armes magiques n’est certes pas honorable, mais cela nous a permis de sauver de nombreux soldats de l’empire. Et vous êtes à présent leur héros. Cette guerre est loin d’être terminée et il est important pour le moral de notre armée d’avoir des figures telles que vous. L’histoire d’un homme ayant survécu en territoire ennemi pour nous donner la victoire est une source d’inspiration pour beaucoup. Je ne peux donc pas accepter votre démission de cette armée… Je ne peux cependant pas non plus vous faire exécuter comme un vulgaire déserteur. Je vous propose donc ceci : pendant que notre armée continue à remonter sur le Nord-Est, il va nous falloir laisser un contingent dans cette ville afin d’assurer notre logistique et de maintenir le contrôle sur la population indigène ayant survécu. Si je vous place en charge de ce bataillon en tant que capitaine, acceptez vous de continuer à servir ? »

C’en était presque trop. Il a fallu un long moment à mon esprit pour digérer ces paroles, avant que je bredouille un timide oui en signe d’acquiescement. La solution du général était idéale pour moi. Non seulement je n’aurai plus à me battre, mais je pourrai rester ici avec Loesarka, réparant peut-être un peu du tort que j’avais causé aux habitants de Gaksûrokhos. Alors que je méditais encore sur la chance qui était la mienne, le général m’a congédié de ces mots :

« Très bien, nous officialiserons tout cela demain. En attendant, essayez de vous reposer, je pense que vous en avez besoin. »

Je suis alors rentré jusqu’à ma tente, escorté par des officiers qui maintenaient à l’écart les soldats cherchant à me toucher où me serrer la main. Une fois seul avec Loesarka, j’ai serré la jeune fille dans mes bras, lui expliquant ce qui s’était passé. Et c’est avec une lueur d’espoir que nous avons tous deux discuté de l’avenir et de la tâche qui nous attendait.

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La Guerre des Sorcami (12)

30 août 925

Le sentiment d’horreur et de trahison qui emplit mon esprit est tel que le simple fait d’écrire ces quelques lignes est une torture. Je me dois cependant de coucher par écrit ce qui s’est passé par écrit afin de laisser la postérité juger de mes actes et de ceux de mes compatriotes.

Comme prévu, j’ai rejoint ce matin un peloton composé d’une dizaine d’hommes de l’empire. Il s’agissait clairement de soldats aguerris, vétérans de la campagne de Sanif. Leur commandant, un lieutenant d’une quarantaine d’années, avait un regard féroce, l’air du guerrier prêt à en découdre. Mes ordres étaient de guider ces hommes jusqu’au cœur de la cité intérieure de Gaksûrokhos, et de les aider si possible à accomplir leur mission. Dès le départ, j’ai cependant bien senti qu’ils me considéraient comme un étranger à leur groupe, et certains auraient probablement préféré me voir mort, me considérant sûrement comme un traître à la solde des Sorcami.

C’est donc dans une ambiance très tendue que nous avons commencé à marcher vers la pyramide Sorcami. Nous portions une longue robe blanche par dessus nos cottes de mailles afin de ressembler autant que possible à des scribes. A l’arrière de la colonne que nous formions, deux hommes portaient un petit coffre, dont je ne devais découvrir l’utilité que bien plus tard. Je me trouvais en tête, indiquant le chemin au lieutenant qui se trouvait juste derrière moi.

L’artillerie de l’empire avait repris son pilonnage, et les habitants humains de Gaksûrokhos se terraient dans leur maison, effrayés par cette pluie de métal. Il nous a donc été très facile de parvenir  jusqu’au puits central de la ville. Ce dernier donne en effet directement sur la voie d’eau souterraine qui dessert la cité intérieure, et constituait ainsi notre point d’entrée.

Un par un nous sommes descendus dans le puits, nous aidant d’une corde. L’eau glacée du torrent souterrain nous parvenait jusqu’au torse, entravant notre marche. Nous avons ainsi mis près d’une heure à atteindre les fondations de la pyramide. Mes membres étaient engourdis par le froid, et lorsque nous avons commencé à remonter via un autre puits, il m’a fallu un bon moment avant de retrouver l’usage normal de mes pieds. Nous sommes arrivés dans une pièce déserte, l’un des nombreux patios de la pyramide. J’ai commencé à faire signe au lieutenant de me suivre, indiquant vers le centre de la pyramide, où se trouvait (du moins je l’espérais) le Sorkokia.  Mais l’officier m’a arrêté d’un geste de la main.

« Ce ne sera pas la peine, soldat Cersamsûn. Cet endroit convient très bien. »

Interloqué, je m’apprêtais à répondre lorsque je vis au regard du lieutenant qu’il serait plus sage que je me taise. Je ne comprenais pas. N’étions nous pas venus pour assassiner le Sorkokia et éviter un massacre ? C’est à ce moment que j’ai vu les deux soldats  en queue de peloton ouvrir le coffre qu’ils portaient. A l’intérieur se trouvait un petit objet sphérique de métal noir. Les soldats ont posé cet objet à l’intérieur d’une des bouches d’aération desservant le patio. Puis le lieutenant a ordonné d’une vois ferme.

« Armez-le ! »

L’un des soldats a appuyé sur le bord de l’objet et celui-ci s’est mis à clignoter d’une lumière verte. Sur le dessus de la sphère, des chiffres lumineux se sont affichés, commençant à dix mille et décroissant chaque seconde. Le lieutenant nous a alors fait signe de repartir, annonçant.

« Nous avons un peu moins de trois heures pour quitter les lieux et nous éloigner le plus possible de cette immonde édifice ! Bougez-vous ! »

Alors que je suivais mes « compagnons » dans l’eau froide du torrent, la terrible vérité commençait à se faire jour à mes yeux. La sphère était très probablement une arme magique, une bombe conçue par les mages, alliés de l’Empire de Dûen dans cette guerre. J’ignorais alors quel était son pouvoir destructeur, mais je n’allais pas tarder à le découvrir. Étions-nous donc assez lâches pour nous battre de cette manière, utilisant la magie pour obtenir la victoire ?

Nous sommes rapidement ressortis du puits central, puis nous avons couru jusqu’aux lignes impériales, tout cela sans être inquiétés par les Sorcami. L’armée des hommes-sauriens s’était apparemment repliée dans la cité intérieure, se préparant probablement à soutenir un long siège.

Le général Berond nous attendait assis sur son cheval, le lieutenant et moi. A la vue de son officier il a demandé d’un ton ferme :

« Est ce fait ? »

Lorsque l’officier eut confirmé l’accomplissement de sa mission, le général se tourna vers moi.

« Je suis désolé d’avoir dû vous mentir, Fresil, mais je ne savais pas si je pouvais réellement vous faire confiance. Vous auriez pu nous dénoncer auprès des Sorcami et ainsi briser notre seul espoir d’éviter un siège. Mais je vois que mes doutes étaient infondés. Il ne nous reste plus à présent qu’à attendre que le gaz des mages fasse son effet. L’empire de Dûen n’oubliera pas ce que vous avez fait pour lui. Et ne vous en faites pas pour les indigènes humains qui survivront, nous leur laisserons la vie sauve. »

Le général est alors parti, ne me laissant même pas le temps de répondre. Je n’aurais de toute manière rien pu dire, tant j’étais abasourdi. Je me suis assis dans les hautes herbes et, me prenant la tête dans les bras j’ai pleuré de rage et de honte, comme je ne l’avais jamais fait depuis que j’ai atteint l’âge adulte. Le temps autour de moi semblait s’être arrêté, et ce n’est que lorsque j’ai entendu les cris de joie des soldats de l’empire que j’ai su que l’impensable s’était produit. J’ai levé les yeux vers la pyramide de la cité intérieure. Une épaisse fumée s’en dégageait, cachant à peine les corps des Sorcami et humains qui tentaient de s’échapper de ce qui était devenu un gigantesque tombeau.

Le désespoir et l’horreur de ce que j’avais permis d’accomplir retombaient de nouveau sur moi lorsque j’ai senti une main effleurer mon épaule. C’était Loesarka. La jeune fille, le visage marqué par la tristesse, s’est assise sans un mot a coté de moi, m’offrant ainsi un peu de réconfort.

Je suis à présent dans la tente que l’on m’a assigné, Loesarka toujours à mes cotés. Nous sommes censés entrer dans la ville demain à l’aube, une fois que les fumées toxiques de la pyramide se seront dissipées. Mais j’ai bien l’intention de remettre ma démission au général Berond. Je ne peux plus combattre pour une armée qui cautionne de telles horreurs. J’ignore combien de Sorcami et d’humains sont morts aujourd’hui, mais je ne veux plus prendre part à ce massacre. Tant pis si je dois passer en cour martiale, il me faut apaiser ma conscience. Je suis prêt à affronter mes démons.

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La Guerre des Sorcami (11)

29 août 925

Comme je l’avais prévu, l’armée de l’empire est finalement arrivée aux portes de Gaksûrokhos. Ce matin, une ligne sombre est apparue à l’horizon, grandissant graduellement jusqu’à prendre la forme de bataillons en ordre de marche. Autour de moi, les habitants humains de la cité semblaient retenir leur souffle, et ils n’ont commencé à bouger que lorsque le signal de retraite provenant de la cité intérieure a retenti. Alors tous se sont mis à courir vers la grande pyramide, dont les murs constituaient le seul rempart face à l’ennemi en marche. Je n’ai cependant pas suivi ce mouvement, gardant Loesarka auprès de moi dans la maison de Rithan.

Tous les humains ne sont pas autorisés à pénétrer dans le cœur de  Gaksûrokhos, et beaucoup se sont vu refuser l’entrée de ce havre de protection. Le spectacle de ces malheureux contraints à affronter la mort m’a déchiré le cœur. J’ai vu une mère, accompagnée de ses deux jeunes enfants, repartir en larme vers sa maison située à l’extérieur de la ville.

Cela n’a fait que renforcer ma résolution de rejoindre l’armée de Dûen. Je sais à présent comment accéder au cœur de la cité en passant par l’aqueduc souterrain qui la dessert. J’ai donc décidé de fournir ces informations aux autorités impériales, en espérant qu’elles épargneront ainsi la vie des humains de Gaksûrokhos.

Alors que les canons de l’empire commençaient déjà à pilonner les abords de la cité, emplissant l’air de bruits de tonnerres et de sifflement menaçant, nous avons commencé, Loesarka et moi, à nous diriger vers la ligne de front. J’avais confectionné un grand drapeau blanc à l’aide de linge trouvé dans la maison de Rithan et je l’agitais dans l’espoir que cela empêcherait les soldats de Dûen de m’abattre sur le champ.

Nous avons fini par arriver à portée de voix du plus proche bataillon, et j’ai crié de la vois la plus puissante que je pouvais donner :

« Mon nom est Fresil Cersamsûn, soldat de première classe de l’armée impériale. J’apporte des informations importantes concernant cette ville. »

J’ai répété cette phrase à m’en arracher les cordes vocales, jusqu’à ce qu’un officier se décide enfin à approcher de moi. Debout à mes cotés, Loesarka tremblait.

« Vous n’êtes pas en uniforme, soldat. » m’a dit l’officier. « Et que fait ici cette femme indigène? »

« Elle est avec moi, lieutenant, » ai-je répondu le plus respectueusement possible. « Grâce à elle, j’ai découvert un moyen d’infiltrer le grand bâtiment au centre de la cité. C’est la que souvent tous les Sorcami. Conduisez-moi vite à l’état-major. »

Le lieutenant paraissait très jeune, et j’ai bien vu qu’il avait hâte de pouvoir se débarrasser de moi. Il a donc nommé deux de ses hommes pour m’escorter, moi et Loesarka jusqu’à la tente de l’état major. Les généraux étaient en grande discussion, se querellant sur la marche à suivre pour prendre la pyramide. Aussi ont-ils été très surpris lorsque j’ai annoncé que je venais de passer presque un mois en territoire Sorcami, et que je connaissais un moyen d’infiltrer ce bâtiment qui les préoccupaient.

Certains des officiers supérieurs ont bien entendu affiché leur scepticisme, allant jusqu’a me traiter de déserteur et réclamant mon exécution et celle de Loesarka. Le général Berond, commandant en chef de l’armée, n’était cependant pas de cet avis, et m’a demandé de guider une petite troupe jusque dans la pyramide, où notre mission est d’assassiner le Sorkokia, si nous le pouvons.

Souhaitant pousser ma chance jusqu’au bout, je lui ai dit que j’acceptais, à la condition que les humains de la ville ne soient pas massacré par les troupes de l’empire. Certains officiers ont crié au scandale, mais le général les a fait taire et m’a promis de laisser la vie sauve à tous les humains qui souhaitaient se rendre.

Je n’en demandais pas plus. J’ai donc accepté la mission, et je partirai des demain avec une dizaine d’hommes pour la grande pyramide. Alors que j’écris ces lignes, Loesarka dormant paisiblement à mes cotés, je me rends compte du poids écrasant de la tâche qui m’attend. J’ai bien peur que le sommeil ne me vienne que difficilement ce soir.

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La Guerre des Sorcami (10)

27 août 925

Aujourd’hui, j’ai accompagné Rithan jusque dans la cité intérieure. Nous avions convenu par avance que je devais me faire passer pour son élève, étudiant le métier de scribe afin de servir les hommes-sauriens. Ma maîtrise de la langue Sorcami est encore très imparfaite, et la prononciation de ce langage a clics est extrêmement difficile.  J’en connais cependant assez pour répondre aux questions les plus simples et passer ainsi inaperçu aux yeux des Sorcami. Ces derniers ignorent d’ailleurs pour la plupart les humains, manifestant un dédain vexant pour notre race.

Mais je m’égare. Malgré le fait que les Sorcami soient par définition mes ennemis, je ne peux que m’incliner devant leur savoir-faire architectural. La cité intérieure qui, vue de loin, ressemble à une grosse pyramide est en fait une merveille de construction. Le nombre de salles ou devrais-je plutôt dire d’habitations, est impressionnant. A chaque détour de couloir ou presque habite une famille Sorcami. Les hommes-sauriens sont logés confortablement, chaque foyer disposant d’au moins trois pièces de la pyramide pour vivre. Le bâtiment lui même est brillamment éclairé à l’aide d’ouvertures régulières amenant la lumière dans chaque recoin. Certaines de ces ouvertures donnent sur des patios remplis de luxuriantes plantes vertes entourant de petites fontaines. Ces dernières sont les points d’eaux de la pyramide, alimentés par un conduit souterrain.

De par sa nature, la cité intérieure est facile à défendre, car seules deux entrées sont directement accessible à des assaillants éventuels. Mais cet avantage peut aussi devenir un inconvénient : la cité ne peut pas être évacuée rapidement. Rithan et moi n’avons pas risqué de nous approcher du cœur de la cité ou se trouve le Sorkokia, sorte de roi Sorcami, et ses troupes. Mais je ne désespère pas d’y parvenir demain. Si j’arrive à mémoriser le chemin jusqu’à cet endroit, je pourrais peut-être y guider un petit nombre d’hommes de l’empire camouflés en esclave et éliminer le Sorkokia, réduisant ainsi tout risque de massacre. C’est du moins mon secret espoir et je m’y accroche comme si ma vie en dépendait.

Je n’ose encore en parler à Loesarka. Elle comprend en effet de mieux en mieux le Dûeni, et notre relation a grandement mûri depuis notre fuite. Je ne souhaite donc pas mettre en péril le lien d’amitié qui nous unit à présent en évoquant l’assassinat de ses anciens maîtres. Il faudra cependant bientôt que je lui explique mes intentions car l’armée de l’empire devrait être là d’ici quelques jours…

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