Catégorie : Glace

Profondeur (5)

La pièce dans laquelle Taric avait été amené était très sombre. Seule la lumière d’une petite lampe à huile placée sur la table devant lui venait briser l’obscurité. Cela lui rappelait désagréablement la geôle dans laquelle il avait été conduit à Oeklhin, et il sentit malgré lui la peur l’envahir. L’ex-mage était assis sur un tabouret, les main attachées dans son dos. Il n’avait de toute évidence pas la confiance des personnes qui se trouvaient en face de lui. Il y avait là Chînir, bien sûr, mais aussi deux autres hommes à l’allure similaire qui restaient un peu en retrait, probablement ses lieutenants.

– Comment savoir si vous n’êtes pas un agent d’Oeklos cherchant à infiltrer la résistance Sorûeni ? dit le chef nomade d’un ton méfiant. Nous n’avons toujours aucun moyen de vérifier de manière sûre ce que vous nous avez raconté.

Il tenait entre ses mains la lettre que Lanea avait confié à Taric lors de son départ. Cette missive, que l’ex-mage avait précieusement conservé sur lui, expliquait le rôle que la résistance de Dafashûn avait eu, détournant l’attention de l’Empire de Sorûen pendant plusieurs mois. La lettre ne rentrait cependant pas dans les détails, laissant planer le doute quant à son auteur.

– Vous pouvez toujours confirmer que les événements qui sont décrits dans ce document se sont bien déroulé de cette manière. Il vous suffit de…

Un homme entra soudainement dans la pièce, coupant la parole de Taric.

– Chasim, dit-il en s’adressant à Chînir, Ayrîa est ici. Elle veut vous voir au plus vite. Elle a apparemment des informations de la plus haute importance.

Chînir se retourna. La surprise se lisait sur son visage.

– Elle a quitté le palais ? A cette heure-ci ? Il a dû se produire quelque chose de grave !

Le chef nomade se leva.

– Nous poursuivrons cette discussion plus tard, lâcha-t’il à Taric avant de sortir de la pièce, suivi par ses lieutenants.

Taric, surpris par ce départ précipité, resta seul a regarder la flamme de la lampe danser devant lui. Ses pensées se bousculaient. Il fallait de toute urgence qu’il trouve un moyen de convaincre Chînir qu’il disait la vérité. Il ne pouvait cependant pas mentionner Djashim. D’une, le chef nomade ne l’aurait pas cru, et de deux il ne savait pas s’il pouvaitsans danger lui divulguer une information aussi cruciale. Il allait cependant bien falloir que l’un d’entre eux fasse le premier pas, s’il voulait réellement qu’une alliance se forme entre les deux mouvements de résistance. Le seul véritable ennemi ici était Oeklos, et…

La porte s’ouvrit brusquement, laissant de nouveau apparaître Chînir. Il était accompagné d’une jeune femme dont la beauté était à couper le souffle, même au travers de la faible lumière de la lampe. Son regard très déterminé était paradoxalement plus celui d’un soldat que d’une courtisane, et Taric devina qu’il devait s’agir de l’une des agent du chef nomade.

– Maître Taric, je vous présente Ayrîa. Elle est mon espionne principale au sein du palais comtal.

L’ex-mage ne manqua pas de noter le changement de ton de son interlocuteur, ainsi que l’emploi de la formule honorifique maître, réservée aux mages de Dafashûn. Quelque chose s’était produit et avait fait basculer l’opinion de Chînir. Ne souhaitant pas spéculer sur la nature de cet événement, le mage laissa le chef nomade continuer.

« Ayrîa a pour mission de s’approcher le plus possible du nouveau général que l’empire nous a envoyé, Djashim Idjishîn, que mes hommes surnomment l’enfant-soldat. Elle devait lui soutirer des informations sur les légions impériales, avant de trouver un moyen de se débarrasser de lui. » Il marqua une pause, observant attentivement Taric. « Je vois à votre regard que vous vous attendiez à la surprise qu’elle a eu. Le général a livré volontairement ces informations, prétendant, tout comme vous, travailler pour la résistance de Dafashûn. Votre expression semble confirmer ses dires. »

Taric n’avait pu s’empêcher d’esquisser un sourire. C’était inespéré. Voilà qui allait faire d’une pierre deux coup, et lui simplifier la tâche.

– C’est entièrement vrai. Djashim est en réalité la raison principale pour laquelle je me suis rendu en Sorûen. Vous me pardonnerez de ne pas vous en avoir parlé avant, mais étant donné la sensibilité de l’information, je ne voulais pas le mentionner de prime abord. Il s’agit de notre agent le plus haut placé au sein de l’administration impériale, et je suis censé lui servir de liaison. Je vois cependant qu’il n’a pas eu besoin de mes services pour entrer en contact avec vous.

Il tourna son regard vers la jeune femme d’un air entendu.

– Je comprends parfaitement vos raisons d’avoir voulu conserver ce « détail » secret, mais à présent jouons cartes sur table. Quelle est donc la véritable mission de Djashim en Sorûen ? Il aurait peut-être mieux valu que vous nous contactiez avant de l’envoyer sur notre terrain de jeu. Cela aurait pu très mal finir.

Taric crut lire une pointe de jalousie dans la dernière phrase de Chînir. Le nomade se demandait probablement comment les mages avaient réussi un tel tour de force.

– Pour être honnête avec vous, la mission de Djashim n’a rien à voir avec Sorûen, expliqua le mage. Il se retrouve ici car Oeklos a décidé de l’envoyer remplacer le général que vous avez assassiné. Les détails de sa véritable mission me sont inconnus, mais elle est auprès d’Oeklos en Dafashûn, pas ici. Djashim représente cependant un danger pour Walron, le principal conseiller d’Oeklos, et ce dernier a tout fait pour convaincre l’empereur d’éloigner son général. Il espérait probablement que la résistance Sorûeni se chargerait de lui.

Taric avait tu son rôle dans la trahison qui avait résulté en l’exil de Djashim, mais il sentait la culpabilité le ronger. Il en fit cependant abstraction avant de continuer.

Maintenant que Djashim est là, cependant, il y a sûrement des opportunités à saisir, et…

– En effet, je vois plein de possibilités s’ouvrir à nous, coupa alors Chînir, songeur.

– Avant de continuer, répliqua Taric, sachez toutefois que mes ordres sont de préserver à tout prix la couverture de Djashim. Il doit rentrer à Oeklhin avec la faveur de l’empereur.

– Hmmm, fit Chînir. Voilà qui pourrait se révéler problématique. Si nos plans réussissent, nous pouvons préserver la vie du général, mais pas sa disgrâce.

Les regards des deux hommes se croisèrent, et une tension s’installa dans la salle. La voix d’Ayrîa la brisa.

– Chasim, nous ne sommes pas encore assez nombreux pour réclamer Samar. Peut-être pouvons-nous en attendant faire usage des renseignements du général pour renforcer notre présence dans le désert ? Oeklos croira peut-être que nous avons détourné notre attention de la ville et rappellera ses légions. Ce serait alors le moment pour nous de frapper.

Chînir sourit.

– C’est un peu naïf, Ayrîa. Je ne pense pas qu’Oeklos soit si stupide. Mais j’admire ton enthousiasme. Il y a peut-être tout de même une idée à creuser.

– Oui, renchérit Taric. Si nous arrivons a convaincre Oeklos d’une manière ou d’une autre que la région est réellement pacifiée, il redirigera les légions ailleurs. Ses alliés Sorcami lui posent problème, et je pense qu’il aimerait leur faire une démonstration de sa puissance. Nous pouvons peut-être influencer indirectement sa stratégie.

– Cela me parait un peu optimiste, mais je suis prêt à en discuter.

Chînir s’approcha de Taric et lui délia les mains.

En attendant, maître Taric, vous êtes notre invité.

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Profondeur (4)

Shari tourna la tête, tentant en vain d’apercevoir d’ou venait la voix qui les avait interpellés. Qui donc pouvait habiter dans cette solitude glacée ? L’ex-ambassadrice, ne trouvant pas son interlocuteur, décida de parler dans le vide, pour tenter d’apaiser l’autochtone. Elle se plaça devant Imela, s’attirant un regard noir de la jeune capitaine. Il faudrait bien qu’elle s’y habitue. Shari était une diplomate, et elle considérait comme son rôle d’entrer en contact avec les étrangers qu’ils croiseraient dans leur périple.

– Nous sommes des voyageurs cherchant à rejoindre Setigat, annonça l’ex-ambassadrice en Dûeni. Nous cherchons juste un abri pour la nuit.

– Et vous avez cru pouvoir me surprendre et voler mes vivres ? répondit la voix, méfiante. Foi de Senel, j’ai encore plus d’un tour dans mon sac. Il n’est pas encore né, l’étranger qui me piègera ici !

– Nous n’avons pas du tout l’intention de vous voler quoi que ce soit, répondit Shari, apaisante. Comme je vous l’ai dit, nous avons simplement besoin d’un refuge. Nous sommes fatigués et nous aimerions nous protéger du froid.

– Pfff. Le dénommé Senel, toujours invisible, semblait incrédule. C’est ce que m’on dit les soldats du soi-disant Nouvel Empire, juste avant de piller ma maison et violer ma femme. N’imaginez pas que je vais vous croire.

Imela, à la surprise de Shari, retira alors la capuche qui lui recouvrait la tête, laissant apparaître ses longs cheveux bruns.

– Mon nom est Imela Beriladoter, et je suis capitaine du Fléau des Mers, dernier vaisseau libre de la marine de l’Empire de Dûen. Oeklos et son Nouvel Empire son tout autant mes ennemis que les vôtres. Je vous donne ma parole d’honneur que nous ne vous voulons aucun mal. Si vous nous laissez dormir ici, nous pourrons même vous donner un peu de pain et de fromage. Qu’en dites vous ?

Pendant un long moment, le sifflement du vent fut la seule réponse que reçut la jeune femme. Soudain, une forme humaine finit par apparaître sur le côté de la route. Senel, armé d’un arc rudimentaire s’était caché derrière un rocher couvert d’une fine couche de neige. C’était une créature d’allure misérable, vêtue de guenilles en laine grossière. Il s’approcha précautionneusement du petit groupe. Il portait une longue barbe pas entretenue, et ses dents étaient noires. Cela faisait visiblement un long moment qu’il vivait ici, seul, peut-être même depuis le début de l’Hiver sans Fin ?

– J’ai entendu parler de vous, Imela, dit-il. Etes-vous celle que les marins d’Ûnidel surnomment Lame-Bleue ? La dernière fois que je m’y suis rendu, il y a deux ans, Les exploits de votre navire étaient sur toutes les lèvres. Il y avait quelque part sur la mer quelqu’un qui osait défier Oeklos. Et on racontait à l’époque que vous aviez transporté des Sorteluns vers le soleil d’Omirelhen. Est-ce vrai ?

– C’est exact, dit Imela. J’ai essayé, lorsque les grandes migrations ont commencé, de sauver le plus de vie possibles. Mais pour être honnête, je doute que ces malheureux réfugiés aient trouvé en Omirelhen le havre qu’ils cherchaient. Elle jeta un regard de reproche à peine voilé à Aridel. Mais je suis fidèle à ma parole. Si vous nous aidez, vous serez récompensé.

Senel s’approcha de la capitaine, passant juste à coté de Shari. Son odeur était répugnante, mais la jeune femme se garda bien de le montrer.

– Vous avez pris un risque en me révélant votre identité, dit-il. Je vous crois. Suivez-moi.

D’un geste de la main il désigna le bâtiment pyramidal. Il résidait à l’intérieur. La majeure partie de l’édifice était en ruine, le vestibule restant la dernière salle vaguement habitable. L’hygiène de la pièce laissait à désirer, mais il y faisait chaud, et les voyageurs s’y rassemblèrent avec soulagement. Ils installèrent leurs paillasse près du feu que Senel avait allumé, et sortirent leurs vivres, partageant leur repas avec l’ermite. L’homme leur offrit alors des verres d’une liqueur qu’il distillait lui-même au fond de la pièce. Le goût en était atroce, et Shari jeta le contenu de son verre après en avoir absorbé une goutte. Elle dut se retenir pour ne pas la recracher. Elle n’avait aucune envie de savoir ce qui avait servi de source à la fermentation de ce breuvage…

Senel quant à lui absorba quatre ou cinq verres de son produit, et devint soudainement plus loquace. Son histoire était tragique et reflétait le destin de bien des gens depuis le début de la guerre déclenchée par Oeklos. Il était originaire d’une ferme non loin d’Ûnidel sur la côte ouest de Sortelhûn. Lorsque les Sorcami avaient envahi le pays, plus de cinq ans auparavant, ses deux fils avaient été enrôlés de force dans l’armée du « baron ». Ils avaient embarqué sur des navires afin de servir d’avant-garde à l’invasion des Royaumes des Nains. Après leur débarquement, Senel n’avait plus reçu aucune nouvelle d’eux, et avait fini par supposer qu’ils étaient tombés au combat, le laissant, lui et sa femme, sans enfants. Le chagrin avait alors failli détruire leur couple, mais il avaient bon gré mal gré repris espoir, tentant de rebâtir leur foyer.

C’est alors qu’était arrivée l’éruption de L1 et l’Hiver Sans Fin qui avait suivi. Nombre de Sortelûns avaient décidé de fuir vers le sud, mais pas Senel et sa femme, trop attachés à leur terre. C’était sans compter l’arrivée des noires légions du nouvel empereur, qui avaient commencé à exercer leurs exactions sur les populations au nom du « progrès ». Un jour, un peloton venu de Fisimhen était arrivé à la ferme de Senel. Profitant de sa position isolée, ils avaient pillé l’habitation avant d’y mettre le feu. Ils avaient aussi voulu emporter la femme du fermier, mais devant son refus, l’avaient violée puis décapitée. Senel avait tout perdu. Il aurait voulu mourir auprès de sa femme, mais tous deux avaient fait un pacte. Si l’un deux venait à quitter ce monde, l’autre devait vivre, pour porter la mémoire de ce que leur famille avait vécu. Senel avait donc fui vers le Nord, cherchant à échapper aux légions, et avait fini par découvrir ce refuge, où il s’était caché depuis lors.

C’était un récit terrible à entendre, et Shari sentit les larmes envahir ses yeux alors que Senel racontait le destin qui l’avait frappé d’une voix rauque. Comment Erû pouvait-il laisser de telles horreurs se produire ? N’y avait-il personne pour protéger ces gens ? Alors qu’elle ressassait ces noires pensées, Senel se tourna vers Imela.

– C’est à votre tour à présent, capitaine, dit-il. Pourquoi voulez-vous vous rendre à Setigat ? Il n’y a plus grand chose là bas à part une garnison impériale qui garde les passes des Losapic.

Imela, qui avait un peu bu, elle aussi, se montra d’une franchise peut-être un peu dangereuse.

– Nous avons à faire dans les Losapic, dit-elle. Nous devons entrer en contact avec les nains qui vivent sous les montagnes.

Senel la regarda d’un air incrédule.

– Il y a des façons plus agréables de mourir, vous pouvez me croire ! Tous les Sortelûns vivant au nord d’Ûnidel savant que le peuple sous la montagne est à éviter à tout prix. Même Oeklos ne s’est pas risqué à les attaquer. Qu’est-ce que vous leur voulez ?

– Disons pour simplifier qu’ils possèdent quelque chose dont j’ai besoin, dit Imela. Et n’insistez pas, je ne vous en dirai pas plus. Je suis par contre très intéressée de savoir si il y a un moyen de rejoindre les Losapic tout en contournant Setigat. Je n’ai aucune envie d’annoncer ma présence à la garnison impériale.

– Je peux vous indiquer comment rejoindre le mont Wimûnel, à l’est de la ville. Il vous faudra cependant quitter la route, et les chemins ne sont pas bien marqués, surtout avec la neige qui les recouvre.

– Pourriez-vous nous guider ? demanda Imela.

– Contre une partie de vos provisions, oui je pense. Mais ne comptez pas sur moi pour vous accompagner sous la montagne. Ma vie m’est encore trop précieuse, et je n’ai aucune envie de connaître le sort que les nains réservent aux étrangers.

– Sont-ils si terribles que cela ? interrogea Shari, piquée par la curiosité.

– Les histoires que j’ai entendues le sont, répondit Senel. Les nains de la montagne sont devenus fous, à rester enfermés sous la terre avec leurs reliques des Anciens. Même leurs semblables des royaumes du nord les évitent. Ne dites pas que vous n’aurez pas été prévenus…

– Notre chemin passe par eux, répéta Imela. Allons, assez parlé. Il est temps de dormir. Nous avons de la route à faire demain.

Shari ne pouvait qu’approuver ces dernières paroles. Tombant de fatigue, elle s’allongea sur sa paillasse et ferma les yeux, plongeant instantanément dans un sommeil profond.

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Profondeur (3)

Djashim, dos au mur, le couteau d’Ayrîa sous la gorge, réfléchissait aussi vite que le lui permettait son esprit embrumé par l’alcool. Pris au piège par une résistante ? D’une certaine manière c’était inespéré. Jamais il n’aurait pu imaginer que la belle jeune femme était une combattante Sorûeni. C’était pourtant la position idéale pour une espionne. La noblesse de Sorûen était très patriarcale, et beaucoup croyaient que les femmes ne comprenaient rien à la politique et à la guerre. Une grave erreur bien sûr, mais qui avait apparemment profité à la résistance. Même Djashim s’était, malgré lui, laissé prendre au piège.

Ce que le jeune général n’arrivait cependant pas à comprendre, c’était la raison pour laquelle l’espionne avait révélé sa véritable identité. Si sa mission était de l’assassiner, elle n’avait pas de temps à perdre. Et si son but était de lui extorquer des informations, elle y serait parvenu plus aisément en tentant de le séduire. Avait-elle commis une erreur ?

Il y avait bien sûr une autre possibilité. Il pouvait s’agir d’un test d’Oeklos pour vérifier la loyauté de son subordonné. Dans ce cas, Djashim devait se montrer extrêmement prudent.

– Alors général ? demanda Ayrîa. Parlez, je n’ai pas toute la nuit.

Elle appuya sa lame sur la gorge du jeune général, faisant perler une goutte de sang. Il fallait qu’il agisse. De sa main libre, Djashim frappa très fort sur le panneau de bois contre lequel il se trouvait. Surprise par le bruit, Ayrîa détourna son attention un bref instant. C’était l’opportunité attendue. Faisant appel à son entraînement au combat, Djashim s’empara d’un geste rapide du bras gauche de son adversaire, et la fit pivoter sur elle même, amenant son bras armé vers sa gorge dans le but de la menacer avec son propre couteau. Il l’immobilisa alors : la jeune femme était à sa merci.

Ayrîa essaya bien de se débattre, mais la lame la bloquait dans toutes ses tentatives. Son visage était collé à celui de Djashim. Il en émanait un léger parfum floral agréable qui troublait le jeune général. Il réussit, difficilement, à en faire abstraction, et finit par dire :

– Vous avez commis deux erreur, Ayria. La première est d’avoir supposé que j’étais aussi lent que le comte. Et la deuxième… Djashim marqua une pause. Tant pis : il allait risquer le tout pour le tout. Je ne suis pas ce que vous croyez.

Elle renifla de mépris.

– Vous allez me dire que vous n’êtes pas un bourreau et que vous travaillez pour le bien du peuple. Économisez votre salive. Vous servez Oeklos, et cela fait de vous mon ennemi. Vous devez d’ailleurs plaire à l’empereur, hein… Sinon comment un homme aussi jeune aurait-il pu devenir général ? Vous partagez son lit ? C’est pour ça que vous avez repoussé mes avances ?

Djashim faillit rire. Lui ? Partager le lit de l’empereur ? Alors qu’on disait qu’il ne se satisfaisait que de femelles Sorcami ? Cela avait quelque chose de presque comique. Combien à Samar pensaient cela ? L’enfant-général, l’appelait-on, mais peut-être avait-il de pires sobriquets. Peu importait, il connaissait la vérité, et Ayrîa allait bientôt la découvrir.

– C’est là que vous vous trompez, expliqua-t’il, plus sérieusement. Je ne sers pas réellement Oeklos. Je suis, tout comme vous, un agent infiltré au sein de l’Empire.

Afin de prouver sa bonne foi, il relâcha son étreinte sur la jeune femme, la laissant se libérer et se placer face à lui. Il savait que c’était très imprudent, mais il fallait bien tenter quelque chose. Il allait vite découvrir si sa confiance était mal placée.

Le visage d’Ayrîa fit place à une expression de doute. Elle n’essaya cependant pas d’attaquer Djashim immédiatement. Interloquée, elle se mit à l’observer des pieds à la tête, soupesant probablement ses paroles. Il reprit.

– Nous sommes alliés par la force des choses, Ayrîa. Je sais qu’il vous est difficile de me croire sans preuve, mais si vous acceptez de m’écouter je trouverai un moyen de vous convaincre.

– Cela pourrait n’être qu’un stratagème de votre part pour m’extorquer des informations, finit-elle par dire. Comment puis-je faire la différence ?

Djashim sourit.

– Il va bien falloir que l’un d’entre nous face preuve d’un acte de foi envers l’autre, si nous voulons avancer. Pour tout vous dire, ma présence à Samar n’est pas réellement voulue. Il s’agit d’un pas en arrière dans ma mission. Pour l’accomplir, le mieux est que je retourne à Oeklhin auprès de l’empereur. Mais tant qu’à être ici, autant en profiter pour déjouer ses plans et vous aider dans la mesure du possible. Je vous propose un marché. Si je vous donne les informations que vous m’avez demandé sur les positions des légions, accepterez-vous de garder mon secret et de me mettre en contact, d’une manière ou d’une autre, avec vos supérieurs ? Je pense que nous avons énormément à discuter.

– Vous en demandez beaucoup, général. Mais si vous me laissez repartir avec ces informations, peut-être qu’une alliance est possible.

Djashim lui tendit la main.

– Marché conclu ? demanda-t’il.

Après avoir hésité un moment, elle finit par prendre cette main tendue.

– Marché conclu.

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Profondeur (2)

L’œil d’Imela, rivé à sa longue-vue, scrutait l’horizon sombre. Son regard exercé arrivait à distinguer les zones un peu plus claire dans la couche de nuage qui recouvrait le ciel, lui permettant ainsi de repérer la ligne d’horizon. Il lui était cependant impossible de voir ce qui se dressait devant le Fléau des Mers. Il était temps d’y remédier.

– Feu ! cria-t’elle.

Un flash lumineux vint illuminer sa vision périphérique, suivi du bruit sourd du canon de poursuite. Le projectile enflammé qu’il venait d’éjecter traça une parabole lumineuse dans le ciel, se dirigeant rapidement vers l’océan. Ce procédé n’était pas très discret, mais dans l’obscurité, c’était l’un des moyens les plus fiables de naviguer. Depuis un ou deux jours déjà, le Fléau des Mers naviguait au milieu d’icebergs, certes de petite taille, mais représentant un risque pour la coque en bois. Le bruit de la glace se frottant contre le quille du bateau n’était jamais agréable à entendre, et si l’en d’entre eux perçait, cela pouvait se révéler catastrophique.

Imela suivit avec attention la trajectoire du boulet. Il finit par s’arrêter, s’abîmant à la surface. A la surprise de la capitaine, cependant, il resta illuminé, comme s’il brûlait sur l’océan d’ébène. Elle réalisa en un instant ce que cela signifiait. La banquise ! La glace avait donc fini par atteindre cette région. Imela savait que c’était inéluctable, mais elle ne s’était pas attendue à ce que cela arrive si vite.

– Demis ! Barre à tribord toute ! ordonna-t’elle, son souffle se transformant en vapeur dans l’air gelé.

– A vos ordres, capitaine ! acquiesça le second sans hésiter, faisant immédiatement tourner son gouvernail vers la droite.

Imela se rapprocha de lui.

– Nous avons atteint la limite des glaces, Demis. Il y a fort à parier que toute la baie d’Orwolia est recouverte par la banquise, à présent. Le gel gagne du terrain de jour en jour. Je ne pensais pas avoir à mettre cap à l’Est si tôt. Nous sommes bien loin d’avoir atteint la latitude des Losapic.

– Oui, capitaine, confirma le second. Notre dernier point nous plaçait à au moins quatre degrés de notre objectif.

– Voilà qui risque de se révéler très fâcheux, soupira Imela. Nous n’avons pas le choix. Nous ne pouvons plus continuer vers le Nord. Si le Fléau des Mers se retrouve pris par la glace, nous sommes perdus.

– Sans parler des icebergs, renchérit Demis. Ne devrions-nous pas faire demi-tour ?

– Non Demis, nous avons une tâche à accomplir. Mais de toute évidence, le Fléau des Mers ne pourra pas nous aider plus longtemps. Nous allons donc rejoindre la côte de Sorcasard et continuer à pied jusqu’à Setigat pour rejoindre les Losapic.

Les yeux de Demis s’écarquillèrent lorsqu’il réalisa ce que venait de dire son capitaine.

– Marcher jusqu’à Setigat ? Mais capitaine c’est du suicide ! Le froid…

– Nous n’avons pas le choix, Demis. Nous devons rejoindre les Losapic, et si c’est impossible par voie de mer, nous marcherons. Et en nous provisionnant correctement, le froid devrait être supportable. Je suis bien plus inquiète de croiser des patrouilles impériales. Oeklos a encore quelques places-fortes au sud des Losapic.

– Capitaine, je ne peux pas vous…

– Demis, ma décision est sans appel. Je compte cependant sur toi pour prendre soin du navire lorsque nous serons partis. Aridel, Daethos, et une dizaine de volontaires viendront avec moi. Nous avions déjà évoqué cette possibilité et nous serons prêts.

Le ton d’Imela ne laissait place à aucun argument. La décision de la capitaine était prise, et Demis savait qu’il ne servirait plus à rien de discuter. Elle replia sa longue vue et se dirigea vers le pont inférieur. Aridel était là, supervisant les matelots qui s’occupaient de dégager la glace qui commençait à se former sur les cordages et le bastingage. Elle s’approcha de lui.

– Il va falloir se préparer, dit-elle. Nous avons dû virer plus tôt que ce que je ne pensais. Nous devrions rejoindre la côte demain ou après-demain.

Son amant se tourna vers elle. Il n’avait bien sûr pas besoin de plus d’explications.

– J’ai déjà fait préparer les provisions, dit-il. Mais que comptes-tu faire à propos de Shari ?

Imela soupira. Elle n’avait aucune envie de prendre la princesse avec elle dans cette expédition. La sûsenbi se montrait cependant très déterminée à les accompagner. Rien de ce qu’avait pu dire Imela n’avait réussi à la convaincre de rester à bord. Avec les soins de Daethos et d’Itheros, le vieux général, Takhini, allait mieux, et elle n’avait plus besoin de rester à son chevet. Imela se demandait cependant quelle était sa véritable raison pour les rejoindre ? La Pierre du Rêve, ou Aridel ? L’intérêt de Shari pour son amant n’avait pas échappé à Imela, et la jeune capitaine ressentait malgré elle une pointe de jalousie. Objectivement cependant, Imela savait que l’ex-ambassadrice pourrait se révéler utile. La jeune capitaine ne parlait presque pas les langages des Nains, et Shari était une linguiste accomplie. S’il était nécessaire de négocier, au delà des Losapic, son aide serait nécessaire.

– Si elle veut venir, qu’elle nous accompagne, finit par dire Imela. Nous aurons peut-être besoin d’elle. Mais qu’elle ne compte pas sur moi pour faire la nounou !

Imela regretta immédiatement cette dernière phrase. L’ombre permanente de l’Hiver sans Fin commençait déjà à lui porter sur les nerfs. Il fallait qu’elle reprenne contrôle d’elle-même.

Désolée, dit-elle, avant même qu’Aridel puisse lui répondre. C’était une remarque mal placée.

– C’est déjà oublié, capitaine, répondit son amant d’un ton un peu froid. Je vais superviser la préparation des canots.

– Merci, dit Imela, confuse.

***

L’annexe du Fléau des Mers les avait laissé sur une plage de galets gris que l’eau glaciale venait lécher en douces vaguelettes. Imela, emmitouflée de la tête aux pieds dans de chaudes pelisses, observait ses compagnons de voyage. Il y avait là Aridel, Daethos et Shari, bien sûr, mais aussi le jeune Orin, qui n’avait pas voulu quitter la princesse. Le jeune garçon s’était très bien intégré à l’équipage, et Imela ne désespérait pas de faire de lui un bon marin. Il aidait les neuf autres volontaires de leur petite expédition à décharger les provisions du dernier canot.

Le vent était extrêmement froid et pénétrait partout. Malgré ses gants en fourrure, les mains d’Imela commençaient à être engourdies. Elle sortit sa boussole, jaugeant les possibilités qui s’offraient à elle.

– Très bien, finit-elle par dire. Nous allons suivre le petit chemin que vous voyez et qui s’enfonce dans les terres. J’ai bon espoir qu’il nous conduise jusqu’à la route d’Ûnidel. Nous n’aurons plus qu’à la suivre vers le Nord pour rejoindre Setigat. Des objections ?

Devant le silence de ses compagnons, elle s’empara de l’un des paquets de provision qu’elle sangla sur son dos, et se mit à avancer.

Ils marchèrent ainsi pendant plusieurs heures. Ils apercevaient ça et là des plaques de neige, qui se faisaient de plus en plus fréquentes alors qu’ils progressaient dans les terres. Le froid était mordant, et avec l’effort physique qu’ils déployaient, leur marche se faisait de plus en plus difficile.

Dans l’obscurité perpétuelle, il était très difficile de savoir quelle heure il était, mais Imela se rendait bien compte que la fatigue commençait à tous les gagner. Ils allaient bientôt devoir s’arrêter.

– Là ! cria soudainement Aridel.

Il désignait du doigt une ombre, au nord de leur position. Imela, inquiète, sortit sa longue-vue et l’observa. Il s’agissait en fait d’un bâtiment, un édifice de forme pyramidale, aux arêtes couvertes de neige. Aridel se rapprocha d’Imela.

– C’est une ruine, dit-il. Ca date probablement de l’époque Sorcami. On pourrait s’y réfugier pour dormir, tu ne crois pas ?

Etait-ce vraiment une bonne idée ? Il ya vait peut-être du danger ? Imela soupesa les possibilités mais décida qu’il valait mieux se reposer à l’abri du vent s’ils voulaient avancer rapidement le lendemain.

– D’accord, acquiesça-t’elle. Suivez-moi.

Elle prit la direction de l’édifice. Il ne leur fallut pas plus de dix minutes pour le rejoindre. Les pierres noires qui le composaient étaient rongées par les éléments. Il semblait cependant assez solide pour les abriter. Imela fit un pas en direction de l’ouverture qui devait être l’entrée mais s’arrêta net lorsqu’elle entendit une voix.

– Qui va là ?

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Profondeur (1)

Taric commençait, presque malgré lui, à partager l’enthousiasme et l’exaltation de la foule qui l’entourait. Le mage en lui avait toujours considéré ces combats sanglants comme barbares et indignes d’un peuple civilisé, mais il ne pouvait s’empêcher de ressentir la montée d’adrénaline. Une excitation presque malsaine s’emparait de lui. Il était facile de se laisser prendre au jeu, porté par l’ambiance de la salle, les spectateurs criant à chaque coup porté.

De manière surprenante, le combat semblait parfaitement équilibré. Chînir était bien moins puissant que son adversaire, mais il faisait preuve d’une vivacité hors du commun, et maniait son épée à lame courbe avec une dextérité extraordinaire. Le corps d’Aümishan était à présent balfré de plusieurs marques sanglantes. Le géant n’était cependant pas en reste, et son marteau avait plus d’une fois manqué écraser le crâne de Chînir. Le sable de l’arène était couvert de traces brunâtres de sang séché, soulignant la violence du combat.

Taric espérait quasi-inconsciemment une victoire de Chînir. L’homme du désert se battait intelligemment, contrairement aux coups brutaux et sans réflexions que tentait de porter la montagne de muscles qu’était son adversaire.

D’un mouvement rapide et souple du bras, Chînir prit appui sur l’un des rebords en bois de l’arène et vint se placer derrière Aümishan en s’accroupissant. Surpris, le géant n’eut pas le temps de se retourner assez rapidement, et le sabre de son adversaire lui sectionna d’un coup net les tendons d’Achille. Il émit un terrible cri et tomba à genoux, le visage tordu par la douleur. La foule applaudit et se mit à hurler :

« A mort ! A mort ! A mort ! »

Taric réalisa alors avec horreur ce qui allait se passer. Une vie sacrifiée devant lui pour le simple amusement de la masse. Tout son enthousiasme retomba, et fût remplacé par un sentiment de dégoût, autant envers lui même qu’envers les habitants de Samar. La guerre et l’Hiver Sans Fin n’avaient-ils donc pas tué assez de monde ? Etait-ce la nature humaine que de prendre des vies par plaisir ? A voir ce qui se passait on pouvait presque se demander si Oeklos n’avait pas eu raison d’imposer son empire par la force…

Chînir leva son sabre, amorçant le mouvement qui lui permettrait de couper la tête de son adversaire. La foule fit soudain silence.

Chînir abaissa sa lame d’un coup sec.

Taric détourna le regard.

Toujours aucun bruit. Taric regarda de nouveau l’arène, prenant son courage à deux mains. Il constata, à sa grande surprise, que la tête d’Aümishan était toujours sur ses épaules. Chînir se tenait à coté de lui, l’air grave, son épée plantée dans le sol. Il leva la main, et prit la parole d’une voix forte, sur le ton de quelqu’un qui était habitué à commander.

– Peuple de Samar ! dit-il. Vous êtes venus assister à un spectacle mettant en scène la mort. Mais je vous le demande, pourquoi continuons nous a verser notre sang pour le plaisir, alors que notre ennemi est parmi nous ? Par notre naissance et notre allégeance, nous sommes, vous comme moi, sujets du roi de Sorûen. Aucun empereur, si puissant fût-il, ne peut briser le serment qui nous uni à cette terre et à son souverain légitime. Etes-vous vraiment satisfait de vivre sous la domination de l’usurpateur Oeklos ?

– Non ! crièrent quelques voix autour de Taric.

– Je suis ici, reprit Chînir, en tant qu’émissaire de Codûsûr, le frère de notre défunt roi, et héritier légitime du trône de Sorûen. Je viens vous appeler, vous, son peuple, à ne pas oublier votre serment, et à le servir. Nous ne pouvons laisser Oeklos gagner, et Samar sera le ville où il connaîtra sa première défaite. Mais nous avons besoin de vous. L’empereur a envoyé un enfant-général pour tenter de nous soumettre, mais nous allons l’éliminer, et reprendre ce qui nous revient de droit, je vous en fait la promesse solennelle. Le peuple du désert ne cédera jamais à ses oppresseurs ! Qui est avec moi ?

La salle, surprise d’entendre ce discours subversif, resta silencieuse. Qui savait s’il n’y avait pas des espions impériaux ici ? Même les rares enthousiastes qui avaient crié quelques instants auparavant se turent. Le peur et l’oppression impériale avaient donc fini par gagner même les farouches habitants de Samar. Taric vit le visage de Chînir afficher une expression de déception palpable. L’homme du désert se reprit cependant rapidement, et finit par dire :

– Ne perdez pas espoir, mes frères ! Tout n’est pas perdu, et ma promesse sera tenue, que vous me suiviez ou non. Oeklos le découvrira bientôt à ses dépens.

Le chef nomade reprit alors sa lame et se dirigea vers la sortie de l’arène, l’air très digne. Sans attendre, Taric se leva et descendit rapidement les gradins en direction de Chînir. Voilà qui était l’occasion rêvée d’entrer en contact avec la résistance Sorûeni. Et s’ils avaient vraiment l’intention d’éliminer Djashim, il fallait qu’il les prévienne de l’erreur qu’ils allaient commettre.

Se frayant un chemin à travers la foule compacte, Taric finit par atteindre la sortie des combattants. Chînir se trouvait en grande discussion avec Shimith qui semblait passablement énervé.

– Mon arène n’est pas un centre de recrutement ! Tu m’as roulé, et je risque gros à présent. Si les impériaux ont vent de ce qui s’est passé ici, je suis un homme mort ! Mais dans le cas contraire, je n’oublierai pas ce que t’as fait. T’as de la chance de …

– Tu oses me menacer, Shimith ? répliqua Chînir. Toi ? Alors que sans la résistance le comte et ses sbires auraient rapidement découvert ton petit commerce lucratif ? Et tu aurais probablement subi le pire châtiment de la loi impériale. Ta survie est liée à notre réussite, sois en conscient. Je … Qui êtes-vous ?

Cette dernière question était adressée à Taric. Chînir l’avait aperçu, et le dévisageait à présent d’un air suspicieux. Le mage s’approcha de manière à ce que Shimith ne puisse l’entendre et parla de son ton le plus respectueux.

– J’ai à vous parler, maître Chînir, mais pas ici. Les murs ont des oreilles.

L’expression de curiosité du chef nomade n’échappa pas à Taric.

– Suivez-moi, dit-il. Quant à toi, Shimith, nous reparlerons plus tard.

Chînir guida Taric à l’extérieur, le conduisant dans une ruelle sombre. Le risque de croiser une patrouille y était très faible, jugea l’ex-mage.

– Vous n’êtes clairement pas Sorûeni, affirma alors Chînir. Il sortit un couteau de sa tunique, menaçant Taric. Etes-vous un agent impérial ?

Dominant sa peur, Taric répondit.

– Pour être honnête je l’ai été, mais ce n’est plus le cas actuellement. Et si je travaillais encore pour l’empereur, pensez-vous vraiment que j’aurais été assez stupide pour me révéler à vous ? Je suis au service de la résistance de Dafashûn, et j’ai des informations de la plus haute importance à vous transmettre.

Le regard de Chînir resta suspicieux.

– Je ne savais pas qu’il y avait un mouvement de résistance à Dafashûn. Il me semblait que tous les mages étaient morts ou réduit en esclavage dans les mines. J’espère que vous avez des preuves pour appuyer vos dires. En attendant, vous allez me suivre.

– Avec plaisir, répondit Taric.

Tout ce qu’il espérait à présent, c’était qu’il ne fût pas trop tard pour Djashim…

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