Trahison (2)

Niûrelmar. C’était le port le plus important de la côte Nord d’Omirelhen, et une des portes d’entrée du continent de Sorcasard. Niûrelmar avait toujours été une métropole à l’activité débordante. La ville avait été construite sur les ruines d’une cité Sorcami anéantie par l’Empire de Dûen. Le camp fortifié que les hommes avaient bâti alors avait traversé les époques en s’agrandissant de manière parfois démesurée, jusqu’à devenir l’une des plus grandes cités du monde. Même les guerres de conquête d’Oeklos et l’Hiver Sans Fin n’avaient pu entraver la croissance de Niûrelmar. Omirelhen se trouvait en effet au delà de la limite des nuages, et bénéficiait, tout comme Sûsenbal, d’un climat quasi-normal. Nombre de réfugiés venant du Nord, fuyant les glaces et les persécutions Sorcami, avaient donc décidé de s’y installer. Les plus chanceux, et surtout les plus riches d’entre eux avaient pu rester, à Niûrelmar augmentant ainsi d’autant le prestige de la ville.

Le port de Niûrelmar était un nœud commercial qui reliait Omirelhen à Sûsenbal, Setirelhen, Sortelhûn et Niûsanif. Son port était rempli de navires de toutes tailles, et certains d’entre eux attendaient même au delà des digues qu’une place se libère sur les docks.

Imela, prudente avait mis le Fléau des Mers au mouillage dans une crique assez éloignée de la ville. Les pirates étaient rarement les bienvenus dans les ports d’Omirelhen, et elle avait assez de provisions pour tenir encore un ou deux mois. Elle avait donc rejoint la ville à l’aide du canot, accompagnée d’Aridel. Tous deux arpentaient à présent les rues bondées, à proximité des quais. Imela observa Aridel. Son troisième lieutenant s’était laissé pousser la barbe, une pratique pas très réglementaire dans la marine Dûeni. Elle l’avait cependant toléré, plus par faiblesse envers son amant qu’autre chose. Ce dernier s’atit d’aiileurs enfermé dans un mutisme étrange depuis qu’ils avaient mis pied à terre. Imela devinait qu’il affrontait un conflit intérieur. Elle aurait bien aimé pouvoir l’aider, lui parler pour éviter qu’il ne s’enferme comme toujours dans ses pensées. Il avait cependant répondu très évasivement à toutes ses questions. L’amener à proximité des troquets de Niûrelmar n’était peut-être pas la meilleure idée qu’elle ait eu… Pourtant elle n’avait pas le choix, c’étaient les endroits de la ville où l’on pouvait le plus facilement obtenir des informations. Il fallait absolument qu’elle découvre où se trouvait Itheros, l’ancien Ûesakia des Sorcami. Enfin en espérant qu’il était toujours bien aux mains de la reine Delia.

Perdue dans ses pensées, Imela se rendit à peine compte qu’un homme lui barrait la route, et elle faillit lui rentrer dedans.

– Alors cuistot, dit l’individu d’un ton railleur, on ne regarde pas où on va ?

Imela aurait reconnu cette voix entre toutes. Elle leva les yeux et laissa échapper une exclamation de surprise.

– Rinel ! Impossible ! Que fais-tu en Omirelhen ? demanda-t’elle en le serrant dans ses bras.

Rinel était l’un des matelots qui l’avaient formée sur la \emph{Revanche}, le premier navire sur lequel elle avait navigué. Elle n’avait alors que neuf ans, et venait d’entrer dans la marine en tant qu’aide-cuisinier. Elle avait vécu à cette période des moments très difficile, et Rinel l’avait aidé à surmonter le pire d’entre eux. Elle lui devait beaucoup, et le revoir l’emplissait à la fois de joie et de nostalgie.

– Si je m’attendais à te voir ici ! dit-il le visage rieur. Il y a de nombreuses rumeurs qui circulent au sujet d’un certain capitaine Lame-Bleue, qui donne du fil à retordre à la marine d’Oeklos. Sa tête a été mise à prix par la reine Delia, tu sais, dit il avec un clin d’œil.

– Oh vraiment ? fit Imela, feignant l’ignorance. La pauvre femme. Je la plains.

Rinel rit.

– Tu parles de la reine, n’est-ce pas ? Tu viendras bien boire un verre avec un vieil ami, non ?

– Avec plaisir, répondit Imela. Mais d’abord laisse moi te présenter mon compagnon. Voici Aridel, il navigue avec moi, dit-elle simplement.

Rinel se tourna alors vers l’amant d’Imela. La jeune femme vit alors se dessiner sur son visage une expression d’étonnement, qu’il cacha instantanément. Connaissait-il Aridel ? Etrange ! Voilà qui allait nécessiter des éclaircissements.

***

Aridel, Imela et Rinel étaient installés sur la terrasse de l’une des auberges donnant sur les quais. Tout autour d’eux, le bruit des conversations des marins et dockers ayant terminé leurs journées emplissait l’air d’un brouhaha presque agréable. Imela sentait sur son visage les derniers rayons du soleil couchant, et cette sensation était très apaisante. La présence de l’astre du jour n’était plus pour Imela un acquis et elle appréciait toujours la chaleur qu’il apportait quand elle descendait dans l’hémisphère sud.

Cela faisait à présent deux bonnes heures qu’ils étaient attablés, et Imela et Rinel avaient pu rattrapé une bonne partie du temps perdu. Il était temps de passer à des choses plus sérieuses, pensa alors la jeune femme.

– J’imagine que tu dois avoir de bons contacts ici, dit-elle. Je ne vais pas te cacher la vérité. Je suis actuellement en mission, en quelque sorte, et j’ai besoin de ton aide. Elle tendit son bras en direction du nord.

Rinel se mit à rire.

– Tu as toujours été très douée pour le dramatique, Imela. Tu sais bien que je ferais ce que je peux pour te rendre service.

Imela sourit.

– Je ne peux pas trop te révéler, mais si je réussis, bien des choses pourraient changer… Elle laissa un silence ponctuer ses paroles. Mais je ne peux pas y arriver seule. Il me faut l’aide d’un Sorcamibien particulier. Son nom est Itheros, et il est l’ancien Ûesakia de Sorcamien. Il est censé être emprisonné ici. Penses-tu pouvoir découvrir où ?

Le visage de Rinel se fit soudainement grave.

– Je sais que tu as tes moyens de défense, Imela, mais tu veux vraiment risquer ta vie pour un Sorcami ? La reine Delia est très rancunière, et tu risques rapidement d’avoir toute la flotte Omireline à tes trousses, si tu fais évader un de ses prisonniers. En plus… Il s’interrompit, observant Aridel. L’amant d’Imela était resté silencieux durant toute leur conversation, détournant les yeux alors qu’ils discutaient. Rinel reprit. Tu m’as dit que tu mettais cartes sur table. Est-ce que ta « mission » est liée à cet homme ?

Imela ne parvint pas à masquer l’expression de surprise qui se dessina sur son visage. Elle se tourna vers Aridel, et vit dans ses yeux le désespoir le plus complet.

– De… de quoi parles-tu ? finit-elle par articuler.

– Allons arrête donc de faire l’ignorante. Tu me connais. Si j’avais voulu te causer des problèmes, je l’aurais déjà dénoncé aux autorités portuaires. Mais tu as peut-être raison, dit il en se ravisant. Les murs ont parfois des oreilles, ici. Et il est bien placé pour le savoir.

Imela était sans voix. Rinel savait de toute évidence quelque chose sur Aridel qu’elle ignorait. Elle allait lui demander une nouvelle fois ce qu’il voulait dire, mais elle n’en eut pas le temps car le matelot reprit :

– En ce qui concerne Itheros, je peux facilement te renseigner. Les autorités royales l’ont placardé un peu partout. Delia l’a fait interner dans la forteresse de Frimar, à la frontière avec Sorcamien, avec la plupart des seigneurs d’Omirelhen qui ont tenté de lui résister. Je doute cependant que tu puisses l’en déloger facilement, sauf peut-être si ton compagnon se présente aux portes, ricana-t’il.

Imela n’y tenait plus. Elle explosa :

– Mais enfin tu vas me dire de quoi tu parles ? Explique toi !

– Tu ne sais vraiment pas ? demanda Rinel, surpris à son tour. Il se tourna vers Aridel qui s’était pris la tête entre les mains. Il fait plus vieux que dans mes souvenirs, mais avec sa barbe il est presque le portrait craché de son père, que l’on voit sur toutes les pièces de monnaies ici. Ton compagnon n’est autre que Berin de la maison de Leotel, prince d’Omirelhen et frère de la reine Delia.

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Trahison (1)

Lanea observait Taric. Elle espérait encore s’être trompée, mais le doute était difficilement permis. La jeune femme avait appris, ces dernières années, à déceler les petits mouvements de visage ou tics qui trahissaient son interlocuteur. Celui qu’elle avait toujours considéré comme un ami lui mentait. Il cachait quelque chose, et Lanea savait qu’elle ne pouvait pas faire confiance à ses propos.

L’histoire que Taric venait de raconter à la jeune femme concordait pourtant en tout point avec les informations que lui avait faites parvenir Djashim. Tout cela semblait cependant trop parfait, et il n’en avait pas fallu plus pour éveiller les soupçons de Lanea. Après trois ans à diriger un réseau clandestin, et à se cacher des espions d’Oeklos, elle était devenue très méfiante, parfois même paranoïaque. Soupçonner ses amis était devenu son lot quotidien.

Taric était visiblement nerveux. Même s’il était possible d’attribuer son état d’excitation à son récent emprisonnement, Lanea ne pouvait se permettre de prendre le moindre risque. Il était déjà très dangereux pour elle de rencontrer un agent potentiellement compromis en personne.

La jeune femme s’était bien sûr assurée de ne pas avoir été suivie lorsqu’elle avait rejoint leur lieu de rendez-vous dans les sous-sols de la forteresse d’Oeklhin. Elle aurait cependant préféré être accompagnée par Erûciel ou un de ses agents, afin de s’assurer de sa sécurité. Elle avait appris à se défendre bien sûr, mais si Taric était venu accompagné, elle n’aurait pas pu faire grand chose.

– Il… il est impératif que je fournisse à Djashim des informations qui prouvent que je travaille à présent pour lui, balbutia l’ex-mage. Si je disparais sans l’aider sa position sera compromise.

Lanea réfléchit un moment avant de répondre. Elle avait un plan bien sûr. Elle savait comment utiliser Taric à son avantage. C’était malgré tout un grand risque. Si elle se trompait c’était Djashim qui risquait d’en faire les frais. Elle n’avait pas le choix, cependant. Son idée était la moins risquée des options qui s’offraient à elle.

– C’est très dangereux, Taric, dit-elle. Vous avez déjà eu beaucoup de chance que Djashim ait pu vous faire sortir de la prison. Vous êtes maintenant connu des forces de sécurité impériales, et vous constituez malgré vous un risque pour la résistance. Le plus prudent serait que vous quittiez Oeklhin au plus vite.

– Mais… et Djashim ? il …

– C’est bien là mon dilemme, coupa alors Lanea, un peu sèchement. Djashim a mis sa mission et sa vie dans la balance en vous aidant, et sa position est d’une importance vitale pour nos plans.

La jeune femme marqua une pause. Il fallait absolument que Taric croie ce qu’elle allait lui raconter à présent, et elle tenait à en souligner l’importance.

Le mieux est probablement, reprit-elle, que je vous dise quel est notre plan à long terme. Peut-être pourrons-nous trouver ensemble une solution pour aider Djashim.

Le regard de Taric s’emplit d’une forme d’avidité qui ne fit que confirmer les soupçons de la jeune femme. Si elle avait encore des doutes sur ce que comptait faire l’ex-mage, il se dissipèrent à ce moment. Elle savait ce qu’il lui restait à faire. Elle n’en était pas fière, mais elle avait appris à mettre de coté sa conscience depuis la mort de Domiel. Elle avait trop perdu face à Oeklos pour reculer maintenant. Rien ni personne ne l’arrêterait plus !

Comme vous le savez, expliqua-t’elle, l’île de Lanerbal est devenu le point de convergence de toute l’organisation logistique d’Oeklos. C’est d’ici qu’arrivent et repartent les navires qui redistribuent les richesses et la nourriture de l’hémisphère sud vers l’empire de Dûen et les royaumes du nord qui subissent de plein fouet par l’Hiver sans Fin. Oeklos prend bien sûr sa commission au passage, qui lui permet de faire vivre son armée et sa forteresse. Les ports de Lanerbal, comme Trûpidel, par exemple, sont donc d’une importance vitale pour lui. Et ils constituent une cible de choix pour nous. Notre plan actuel consiste à mener une attaque de diversion sur l’un d’entre eux afin que Djashim ait une excuse pour déplacer la garde impériale à cet endroit. Ainsi nous pourrons mobiliser nos agents pour incendier le reste des ports, et interrompre le flot d’approvisionnement des armées et de la garde impériale. Cela donnerait aux réseaux de résistances d’Erûsard et de Sorcasard une opportunité d’agir.

Lanea cessa de parler, observant la réaction de Taric. Celui-ci avait du mal à cacher sa surprise. Il finit par dire :

– C’est un plan très complexe, finit-il par dire.

– Oui, répondit Lanea. Et il n’a une chance de fonctionner que si Djashim reste à sa position actuelle.

– Je ne peux alors pas accepter, dit Taric d’un ton presque sincère, que mes erreurs soient la cause de son échec. Je resterai ici. Il faut que nous trouvions une histoire que je puisse donner à Djashim afin qu’il ne soit pas découvert.

– Merci Taric, approuva Lanea en inclinant la tête. Elle prit alors une feuille de papier et y dessina un plan. Voici la position d’une ancienne cache de notre réseau que nous n’utilisons plus depuis plusieurs mois. Je vais faire en sorte que nous y déposions des armes et des informations de manière à faire croire aux autorités impériales que nous y étions récemment. Vous n’aurez qu’à dire à Djashim de fournir ces informations à Oeklos, cela devrait suffire à prouver qu’il vous a bien dans sa poche.

Lanea lui tendit le plan, puis tourna sa tête à droite et à gauche.

– Je ne peux pas rester plus longtemps ici. Si nous sommes découverts, tous nos espoirs seront réduits à néant. Bonne chance à vous, Taric.

– Et à vous, Lanea, dit l’ex-mage en lui effleurant la main.

Lanea frissonna à ce contact. Elle ne put s’empêcher d’apercevoir le soupçon de regret qui passa dans les yeux de Taric. Elle prenait un risque en le laissant repartir, mais tout cela pouvait se transformer en une opportunité hors du commun. Si l’ex-mage pensait s’être joué d’elle, il risquait d’en être pour se frais.

Alors qu’elle rejoignait l’herboristerie, Lanea ne put s’empêcher cependant de ressentir un sentiment de culpabilité. Qu’était-elle devenue ? La mort de Domiel et la destruction de Dafashûn l’avaient transformée, et elle se demandait par moment si elle n’était pas en train de se devenir un monstre sans cœur. Si elle était capable de sacrifier des vies pour atteindre ses fins, était-elle si différente que cela d’Oeklos ?

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Douleur (6)

La cloche de changement de quart résonna, la tirant de son quasi-sommeil. Instantanément, les pensées de la jeune femme furent ramenées à la dure réalité. Cela faisait plusieurs nuits qu’elle avait du mal à trouver le repos. Elle craignait ses cauchemars récurrents. Ils avaient repris peu de temps après son arrivée sur le \emph{Fléau des Mers}, et n’avaient fait qu’empirer depuis. L’arrivée d’Orin et de Takhini à bord, loin de l’avoir rassurée, n’avait fait que renforcer ses inquiétudes. Elle s’était d’abord réjouie de revoir le vieil homme en vie, mais son état était extrêmement préoccupant. Takhini faisait peine à voir, et Shari craignait que chaque nuit soit sa dernière. Le médecin du \emph{Fléau des Mers}, assisté par Daethos, avait fait ce qu’il avait pu pour l’ex-général Sûsenbi, et ses plantes médicinales avaient réussi à faire descendre sa fièvre. La guérison de Takhini était cependant entre ses propres mains, comme l’avait indiqué le Sorcami, et seule sa volonté de vivre pouvait à présent faire la différence.

Shari soupira. L’état de Takhini n’était bien sûr pas la seule chose qui pesait sur sa conscience. Elle savait en son for intérieur qu’elle venait d’abandonner la résistance dans laquelle elle avait placé tant d’espoir. Trois ans auparavant, lorsqu’elle avait rejoint Sûsenbal pour libérer son père des troupes d’invasion, elle avait cru pouvoir s’opposer à Oeklos. Elle avait rassemblé les nobles encore loyaux et tenté d’organiser un réseau visant à frapper le cœur de l’ennemi. Oeklos, dans son inhumaine cruauté avait alors fait exécuter l’empereur de Sûsenbal, et forcé tous ses fidèles à se cacher. Shari n’avait cependant pas abandonné. Elle ne pouvait pas ! Elle représentait à présent le seul espoir de Sûsenbal. Mais les opposants à Oeklos étaient trop peu nombreux… Et petit à petit la résistance s’était réduite, jusqu’à devenir un mince groupe formé de poches isolées au sein des grandes villes de Sûsenbal. Shari avait espéré obtenir de l’aide extérieure, mais elle se rendait compte à présent que ses requêtes auraient eu peu de chance d’aboutir. Elle avait donc laissé des instructions. Ses résistants avaient pour ordre de se cacher tandis qu’elle partait pour Omirelhen…

La jeune femme ne pouvait s’empêcher de faire le parallèle entre cet abandon et son échec à comprendre ses visions, quatre ans auparavant. Des rêves qui, si elle les avait compris plus tôt, aurait peut être pu empêcher la catastrophe qui avait ébranlé le monde. C’était une faute que Shari n’avait jamais réussi à se pardonner. Et pourtant, qu’aurait-elle réellement pu faire ? Cette question lui torturait l’esprit, la déchirant intérieurement.

Elle se leva et se mit à arpenter le pont du \emph{Fléau des Mers}. Elle admirait la manière avec laquelle Imela avait réussi à maintenir à bord la stricte discipline militaire de la marine Dûeni. Pourtant ces marins étaient en réalité des pirates, du moins dans l’acceptation actuelle du terme. Malgré tout, Shari se sentait en sécurité à bord. Pour la première fois depuis le début de l’Hiver Sans Fin, elle n’avait pas à se cacher ou se protéger de personnes qui en voulaient à sa vie. A coté d’elle, les hommes de quart parlaient calmement, chuchotant presque afin d’éviter de réveiller leurs compagnons endormis. L’un d’entre eux fredonnait. C’était une chanson sans paroles, une mélodie de marin, à la fois triste et pleine d’espoir, rappelant à Shari l’immensité de l’océan.

La jeune femme avait du mal à se départir de ses sombres pensées. Elle savait qu’il fallait qu’elle dorme, mais le sommeil était si difficile à venir… Elle se dirigea vers le château arrière du navire, heurtant presque Aridel au passage, à sa grande surprise.

Shari s’attendait en effet à ce que son compagnon d’autrefois passe la nuit avec le capitaine. Elle ressentait toujours une pointe de jalousie à cette idée, mais c’était à présent le cadet de ses soucis. Aridel était-il de quart ? Shari ignorait tout des routines exactes du navire.

— Bonsoir Aridel, salua-t’elle. Que faites-vous là ?

Le mercenaire sourit.

— La même chose que vous, je pense. J’ai le sommeil troublé en ce moment et les promenades sur le pont me calment les nerfs.

Shari acquiesça, reconnaissant dans les yeux d’Aridel les émotions qu’elle ressentait.

— Vous aussi… dit elle simplement. Parfois je me demande si nous ne vivons pas un cauchemar éveillé. Difficile de dormir quand vos rêves les plus atroces deviennent réels…

Aridel, instinctivement posa la main sur l’épaule de Shari.

— J’avais oublié à quel point vos visions ont été terribles… Je suis désolé…

— C’est mon fardeau, Aridel, pas le vôtre. Et je ne saurais jamais ce que j’aurais pu faire si j’avais deviné avant. Ces visions extérieures ont disparu à présent. Les seuls cauchemars qu’il me reste sont ceux que me causent ma propre culpabilité.

Le mercenaire eut un petit rire tinté d’amertume.

— A croire que les rêves se transmettent de personne en personne…

— Que voulez-vous dire ? demanda Shari, sa curiosité éveillée.

Aridel soupira.

— Après tout peut-être que vous en parler me permettra de l’oublier… Depuis que j’ai quitté Cersamar avec le \emph{Fléau des Mers}, je dois affronter toutes les nuits des visions Sûnir. Et à chaque fois mon frère me reproche d’avoir abandonné notre père et le Royaume d’Omirelhen. Il m’exhorte à reprendre ma place et à détrôner Delia, pour combattre Oeklos. Mais je n’en ai pas la force, Shari, vous comprenez, pas la force…

Aridel se prit la tête entre les mains. Shari était en proie à des émotions contradictoires. La mention de Sûnir, son amant d’autrefois, avait éveillé en elle un sentiment de tristesse et de solitude qu’elle avait presque oublié. Elle prit instinctivement le mercenaire entre ses bras et il restèrent ainsi un long moment. Des larmes coulaient le long des joues de Shari.

— Excusez-moi, finit par dire Aridel. Je n’aurai pas dû mentionner Sûnir. Je vais vous laisser en paix.

Shari le regarda droit dans les yeux.

— Non, dit elle. Je ne veux plus fuir mes souvenirs, à présent. Sûnir et moi avons partagé des moments heureux, et c’est ce dont je dois me rappeler. Nous avons eu une vie avant tout ça. Elle désigna le ciel. Quant à vos rêves, vous devriez en parler à Daethos. Il saura vous en dire plus à leur sujet. Ne faites pas comme moi, n’attendez pas qu’il soit trop tard.

Aridel ne dit rien mais maintint ses yeux rivés à ceux de la jeune femme qui le tenait toujours dans ses bras. Son visage se rapprocha du sien, mais il se retint au dernier moment et se dégagea de son étreinte.

— Vous avez raison, comme toujours, dit-il simplement. Je vais aller le voir. A bientôt.

Et il partit, laissant Shari seule.

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Douleur (5)

Taric faisait les cent pas dans sa cellule. Dans ses pensées, l’espoir se mêlait à la peur. La présence de Djashim à la tête de la Garde impériale était inespérée, mais Taric savait que les options du jeune général étaient limitées. Il avait bien sûr deviné la présence de Lanea derrière cette opération d’infiltration au sommet de l’empire. Malgré toute l’affection que le mage portait à la dirigeante de la résistance, il connaissait sa façon de fonctionner. Lanea ne perdait jamais de vue son objectif, et elle était prête à tout pour arriver à ses fins. Elle avait un sens aigu du sacrifice, et si elle devait choisir entre Taric et Djashim, il était facile de deviner sa décision. Malgré tout, elle et Djashim constituaient le seul espoir de Taric de sortir vivant de sa situation. Si seulement …

La porte s’ouvrit soudainement, laissant apparaître un homme mince aux traits sévères et cruels. Il était assez âgé, et Taric reconnut immédiatement en lui Walron, le premier ministre d’Oeklos, celui qui, disait-on était plus brutal que l’empereur lui même. C’était Walron qui faisait appliquer les plus infâmes décrets impériaux. Il en était d’alleurs très souvent à l’origine…

Taric se mit à trembler malgré lui. C’en était fini de lui. Si le premier ministre lui rendait personnellement visite, il ne résisterait pas bien longtemps aux tortures qu’il pourrait inventer…

– Taric Abelarc, dit Walron d’une voix désagréable. Je n’ai pas besoin de me présenter, je suppose.

– Non votre excellence, je…

– Vous avez commis l’un des crimes les plus graves qui existent envers la couronne impériale, coupa le premier ministre sans ménagement. L’empereur ne tolère pas la trahison. La peine pour un tel acte est la mort.

Walron marqua une pause, laissant à Taric le temps de contempler toutes les implications de sa dernière phrase. L’ex-mage sentit quelque chose se briser en lui. Jamais il n’avait contemplé la fin de son existence de si près. Il dut se retenir pour ne pas tomber à terre.

– Vous avez cependant une possibilité exceptionnelle de sursis, reprit alors Walron. Le commandant de la Garde Impériale a cru bon d’intercéder en votre faveur. Il prétend que vous pourriez nous être utile en tant qu’agent double. Personnellement vous n’êtes pour moi qu’un misérable pour lequel une mort rapide serait trop douce…

Une nouvelle pause. Taric sentait des gouttes de sueur froide lui perler dans le dos. Walron reprit :

L’intérêt que vous porte le général a cependant attiré mon attention. Je n’apprécie pas particulièrement le fait que l’empereur ait confié un si grand pouvoir à quelqu’un d’aussi jeune, dont le passé est plus que trouble. Il a prouvé sa loyauté à son altesse impériale, mais jsuis beacoup moins convaincu. Et c’est là que vous allez m’aider, du moins si vous voulez vivre.

Taric eut du mal à cacher sa surprise. La curiosité éclipsa même temporairement sa terreur. Le premier ministre avait besoin de son aide ? De quoi voulait-il donc parler ?

– Vous avez l’air étonné, vermisseau. Ne croyez cependant pas que vous m’êtes indispensable ! Ce que j’attends de vous est très simple. Je sais que le général nous cache quelque chose. Il a visité des lieux où il n’avait rien à faire, et il s’absente parfois sans raison. J’en viens même à me demander s’il ne fait pas partie de votre mouvement de résistance. Cela me parait cependant douteux, étant donné qu’il est devenu officier en faisant arrêter l’un des vôtres, un dénommé Delan, si je me rappelle bien…

Taric retint un hoquet de surprise. Delan ! Impossible ! Delan avait été l’un de ses meilleurs amis lorsqu’il était rentré dans la résistance. Taric avait beaucoup souffert de sa mort, mais Lanea avait toujours refuser de lui en expliquer les circonstances exactes. Il avait cru que c’était pour ménager ses sentiments, mais il s’était visiblement fourvoyé. Il comprenait maintenant ce qui s’était réellement passé. Lanea avait sacrifié Delan pour permettre à Djashim d’accomplir sa mission. Cela en disait long sur la nature impitoyable de la jeune femme. Pourtant même cette trahison entachait à peine ce que ressentait Taric pour elle.

– Vous ne le saviez pas, à ce que je vois. Cela devrait vous aider à voir que malgré ses assurances, le général n’est pas là pour vous sauver la vie. Et si vous voulez vous venger, il vous suffit de m’aider à le discréditer. L’empereur le considère pour l’instant comme son protégé, mais cela peut vite changer. Vous allez donc m’apporter les preuves dont j’ai besoin.

Taric déglutit. Malgré ce qu’il venait d’apprendre, il n’était pas particulièrement enclin à trahir Lanea. Il n’allait pas servir les noirs dessein d’un homme qui avait encore moins de considération qu’elle pour la vie humaine. Prenant son courage à deux mains, il répondit d’un ton de défi au premier ministre.

– Contrairement à ce que vous pouvez pensez je ne me laisse pas facilement acheter. Je ne vois pas pourquoi je vous aiderais. Et en plus, si je discrédite la seule personne qui souhaite me voir vivant, je signe mon arrêt de mort.

Walron ricana.

– Votre arrêt de mort est déjà signé si vous ne m’aidez pas.

Il sortit une fiole de sa tunique.

Je me suis arrangé pour que cette substance se trouve dans le nourriture que vous avalez depuis votre arrivée. C’est un poison dont l’effet est extrêmement lent et il faut plusieurs semaines, voire plusieurs mois pour que ses symptômes deviennent visibles. C’est une invention de la reine Delia d’Omirelhen, et je dois avouer qu’elle a surpassé les mages dans leur maîtrise de la chimie… Walron sortit alors une autre fiole. Il existe cependant un antidote que voici, et dont très peu connaissent la composition. Mais je suis prêt à vous le donner, le jour où vous me fournirez la preuve de la duplicité du général. Le choix est donc entièrement vôtre : la mort ou la trahison.

Taric s’assit, abasourdi… Il était donc déjà en sursis. Et le dilemme qui lui était présenté était proprement horrible. Mais au fond de lui, il savait qu’il tenait trop à la vie pour faire le choix honorable. Et après ce qu’il avait appris sur Delan…

– Qu’attendez-vous exactement de moi ? finit-il par demander.

– Oh pas grand chose dans un premier temps. Faites ce que le général attend de vous. Et rapportez moi tous ses actes. Enfin si vous tenez à votre méprisable vie bien sûr.

Taric se passa la main sur le front. Il était loin d’avoir l’étoffe d’un héros, pourtant le choix qu’il venait de faire l’emplissait de culpabilité. Il ne lui restait qu’un maigre espoir… Peut-être saurait-il se montrer plus malin que Walron ? Une fois qu’il aurait l’antidote, peut-être…

– Je ferai selon vos désirs. Mais ne comptez pas sur moi pour trahir la résistance.

– Je ne vous le demande pas pour l’instant, mais sachez que vous êtes à présent en mon pouvoir. Nous reparlerons bientôt.

Walron s’en alla alors comme il était venu, sans ajouter un mot, laissant Taric seul face à ses pensées. Il n’était pas fier de ce qu’il venait d’accepter, mais avait-il eu vraiment le choix ? Une chose était certaine, cependant. Jamais Lanea ne pourrait lui pardonner ce qu’il allait faire.

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Douleur (4)

Imela sauta du canot, ses bottes s’enfonçant dans le sable humide. La lune était presque pleine et éclairait la plage d’une lueur blanche, lui donnant un aspect irréel. Ce n’était pas la nuit la plus propice pour infiltrer discrètement la ville de Spemar. Si jamais un garde les apercevait sous cette lumière, c’en était fait de leur petite expédition. Pourtant elle n’avait pas le choix. Si elle laisssait le Fléau des Mers trop longtemps si près du port, ils risquaient de se faire découvrir.

Imela n’en revenait toujours pas d’avoir accepté de prendre de tels risques pour une inconnue. Sa curiosité avait eu raison d’elle. Elle voulait absolument en savoir plus sur le passé de Shari, et son lien avec Aridel. Étaient-ils amants ? Il y avait entre eux la complicité de souvenirs partagés, et la jeune capitaine devait bien s’avouer qu’elle ressentait une pointe de jalousie. Plus important pour elle, cependant était de découvrir la véritable identité de ceux qu’elle avait accepté à bord de son navire. Et s’il fallait pour cela entrer dans la ville de Spemar, ainsi soit-il. Tout ce qu’elle espérait, à présent c’était qu’il n’y ait pas de Chênadiri à l’attendre. Aridel n’avait toujours pas dit à Imela ce qui lui voulaient les assassins Sûsenbi. La capitaine du Fléau des Mers savait qu’une fois qu’ils n’abandonnaient jamais une mission qui leur avait été confiée. Et Spemar était leur terrain de prédilection…

Imela se réprimanda mentalement. Ce n’était pas le moment d’être distraite. Elle se retourna et vit que Daethos avait à son tour mis pied à terre. La présence de l’homme-saurien était à la fois un atout et un risque. Sa force hors du commune le rendait presque indispensable, mais il était très facilement repérable. Imela mit un doigt sur sa bouche pour lui intimer le silence puis lui fit signe de la suivre. Tous deux empruntèrent alors dans la plus grande discrétion un sentier qui montait en pente douce vers les remparts de la ville. Il n’y avait plus à espérer que la porte dérobée que Shari avait indiquée à Imela n’était pas gardée…

La capitaine et son compagnon Sorcami longeaient à présents les murs de la cité. Après une petite dizaine de minutes, ils arrivèrent devant une alcôve. Au fond se trouvait une porte en bois vermoulue dont la serrure était démontée. Shari n’avait pas menti, c’était un passage non surveillé. Imela admettait avoir douté de sa parole lorsqu’elle avait affirmé que la résistance utilisait ce passage régulièrement. Elle avait du mal à croire que cette femme à l’allure de noble puisse être si impliquée dans un réseau clandestin. Les apparences étaient cependant souvent trompeuses.

Imela et Daethos franchirent la porte et se retrouvèrent à l’intérieur de la ville de Spemar. La cité endormie était très calme. Le couvre-feu impérial était en vigueur. Il allait falloir se montrer extrêmement prudent dans ces rues désertes. Les patrouilles armées étaient relativement peu nombreuses pour la taille de la ville, mais il suffisait d’un seul faux-pas pour que l’alarme soit lancée. Imela avait mémorisé le plan que lui avait montré Shari, et elle se mit à avancer d’un pas sûr dans le dédale de rues. Il ne lui fallut qu’une quinzaine de minutes pour atteindre leur destination. C’était une petite maison en bois typique de l’architecture Sûsenbi, mais d’apparence modeste. Elle était assez proche de l’enceinte fortifiée, et l’ombre du mur tombait sur son toit. Imela, sans attendre, gratta à la porte, selon un rythme convenu. Pas de réponse. La jeune femme recommença, appuyant un peu plus fort sur le panneau en bois. Elle entendit alors un son, et la porte s’entrouvrit, laissant apparaître un jeune homme, presque un enfant, l’épée à la main.

– Qui va là ? demanda-t’il, prêt à en découdre. Imela amusée par le comique de la situation, lui tendit un pli.

– Tu dois être Orin, je présume, dit-elle. Nous venons de la part de Shari. Je suis le capitaine du navire sur lequel elle se trouve, et elle m’a demandé de te prendre à bord, toi et le malade dont tu t’occupes.

Le jeune garçon s’empara de la lettre, l’air suspicieux, et la lut rapidement. Son regard s’éclaira lorsqu’il reconnut l’écriture, et il leva la tête vers Imela.

– Le général est trop faible pour marcher, finit-il par dire. Il va falloir le transporter.

« Général » ? Le titre piqua la curiosité d’Imela. Shari lui avait caché le statut du vieil homme qu’elle venait chercher. Peut-être que le malade était la clé du passé de sa passagère. L’heure n’était néanmoins pas aux questions. Pragmatique, Imela répondit :

– Mon compagnon Sorcami est là pour cette raison précise. Il connait ton général et s’est proposé de le porter. Pouvons nous entrer ?

Orin ouvrit la porte en grand, et Imela et Daethos pénétrèrent dans la maison. L’intérieur était aménagé à la sûsenbi, avec des cloisons très fines entre chaque pièce, et des panneaux coulissants au lieux des portes dont Imela avait l’habitude. La jeune femme n’y accorda que peu d’attention. Il n’y avait pas de temps à perdre.

– Allez-y, Daethos, ordonna-t’elle au Sorcami.

Le Sorcami, parfaitement conscient de la tâche qu’il avait à accomplir s’exécuta sans mot dire, et monta à l’étage avec Orin. Il redescendit moins de cinq minutes après, un vieillard sur les épaules. L’homme était endormi ou comateux, et seuls de légers mouvements de son dos indiquaient qu’il respirait encore. Imela ignorait quelle était exactement le mal dont il était affligé, mais Shari lui avait assuré qu’il n’était pas contagieux. La capitaine était consciente que prendre un malade à bord n’allait pas plaire à son équipage, mais sa curiosité était la plus forte. Demis lui pardonnerait, comme toujours.

– En route, dit-elle.

Ils sortirent de la maison et Orin referma la porte derrière eux. Suivant le même chemin qu’à l’aller, ils se dirigèrent vers les remparts. Cependant, au moment où ils allaient tourner dans une venelle, Imela leur fit signe de s’arrêter. Deux gardes Sûsenbi étaient assis au coin de la rue, en pleine discussion, leur bloquant le passage.

– Je te dis que j’ai entendu un bruit disait le premier.

– Pfff… Toi et tes bruits… A mon avis tout ce que tu entends c’est les poux que tu as dans les cheveux.

– Pas la peine de m’insulter. Le lieutenant a dit que…

– Le lieutenant est pas là. C’est déjà bien assez qu’on doive se taper la garde de nuit, faudrait pas en plus que tu nous retarde, imbécile.

Le premier garde tourna le regard en direction d’Imela. Les deux hommes se trouvaient entre elle et la porte. Il fallait qu’elle prenne une décision. Si elle attendait, elle risquait de les faire repérer. Pas le choix. La jeune femme dégaina son couteau et s’apprêta à se jeter sur les deux hommes.

Bon c’est fini oui ! reprit le deuxième garde. On va pas passer la nuit ici ! Tu vois bien qu’il n’y a rien ! Allez on se tire.

– Ca va ça va… Tu vas pas m’emmerder parce que je fais mon boulot, quand même.

Au grand soulagement d’Imela, les deux hommes se mirent à avancer, leur libérant le passage. Les quatre réfugiés se précipitèrent alors vers la porte dérobée. Il redescendirent ensuite vers la plage et rejoignirent le canot où les attendaient les hommes d’Imela.

– Direction le Fléau des Mers ! ordonna la jeune capitaine. Et ne trainez pas, nous devons avoir quitté ces rives avant l’aube !

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