Quête (6)

Imela, emmitouflée dans sa sa cape, ses cheveux flottant dans le vent glacial, regardait les matelots s’activer. L’ancre avait été levée avec l’arrivée de la marée, deux heures auparavant, et le Fléau des Mers profitait à présent du vent d’est pour quitter les côtes de l’Empire de Dûen.

Sa destination finale était le Royaume d’Omirelhen, une péninsule à l’ouest du continent de Sorcasard, et pour le rejoindre, Imela allait devoir traverser l’Océan Extérieur. C’était un voyage qui n’était pas sans présenter de nombreux dangers, particulièrement en ces temps troublés. Depuis le début de l’Hiver sans Fin, les tempêtes étaient devenues totalement imprévisibles et emportaient souvent les navires mal préparés. De nombreuses histoires couraient aussi sur la présence de créatures marines qui attaquaient même les plus gros vaisseaux, mais Imela ne prêtait guère attention à ces récits superstitieux. Elle craignait bien plus de tomber sur la marine d’Oeklos, qui parcourait parfois ces mers.

La jeune capitaine avait eu du mal à convaincre ses officiers du bien fondé de ce voyage. Malgré leur loyauté, ils peinaient à comprendre pour quelle raison Imela souhaitait se rendre dans une contrée dominée par une reine à la solde d’Oeklos. Et tout cela pour rencontrer un Sorcami qui avait peut-être des informations sur un trésor ? Imela comprenait parfaitement leurs doutes. Demis en particulier avait été un acerbe opposant, et la jeune femme devait reconnaître que ses arguments n’étaient pas sans mérite. Il fallait bien admettre que l’histoire d’une tablette conduisant à la mythique cité de Dalhin était une couleuvre un peu dure à avaler. Sans la confirmation d’Omacer, Imela aurait probablement abandonné cette quête.

Bien qu’il ait sombré dans le vice, l’ex-mage avait été un Erûblûnen, un gardien du savoir, avant la destruction de Dafashûn. Et si un tel érudit était convaincu de l’authenticité de la tablette, le doute n’était, pour Imela, plus permis. C’était une opportunité qu’elle ne pouvait pas laisser passer. Tout ce qu’il avait dit n’était que la confirmation de ce qu’elle avait vu en rêve, et pour elle, le chemin à suivre était clair.

Imela soupira. En usant de son autorité, elle avait bien finit par faire accepter à ses hommes l’idée de ce voyage, mais ce n’avait pas été son seul problème. Il avait également fallut qu’elle les convainque d’accorder leur confiance au Sorcami qui avait rejoint l’équipage, Daethos. Et elle n’était, là aussi, guidée que par son intuition. Les officiers avaient cependant vu la détermination de leur capitaine et n’avaient pas insisté. Imela leur avait plus d’une fois sauvé la vie, et tous lui faisaient implicitement confiance.

La jeune femme se tourna vers le mât de misaine, où se trouvait Daethos. Lui et son compagnon Aridel se formaient au métier de marin, et ils étaient en train d’apprendre à nouer un cordage non loin d’elle. Soudain, un quartier-maître s’approcha d’eux.

C’était Nirin, un réfugié, vétéran des légions impériales de Dûen. Imela l’avait accepté à son bord la toute première fois qu’elle était revenue de Cersamar. Qu’avait-il donc à faire avec Aridel et Daethos ? Il n’était pas à son poste habituel. Imela s’approcha discrètement, sans se faire voir.

Nirin s’approcha d’Aridel et arrivé à deux pas de lui, lui fit un salut militaire, posant son poing sur son cœur.

– Capitaine, dit-il, c’est pour moi un immense honneur que de vous retrouver à bord du Fléau des Mers. J’ai servi sous vos ordres à Cersamar, et sans vous je ne serai plus de ce monde. J’ignore par quel malheureux hasard vous êtes à présent un simple matelot, mais je serai fier de travailler avec vous.

Imela cacha un petit sourire de satisfaction. Elle avait donc bien deviné. Aridel avait été, tout comme elle, un officier au service de Dûen. Ce n’était pas seulement mercenaire sans foi ni loi, comme le pensait Demis. La jeune femme continua à écouter.

Aridel regardait Nirin intensément, ses yeux trahissant un tourbillon d’émotions. Il finit par lui poser la main sur l’épaule.

– Tout l’honneur est pour moi, mon ami, dit-il. Cela me fait chaud au cœur de savoir que certaines de mes actions n’ont pas été vaines et ont sauvé des vies. Mais vous êtes à présent mon supérieur, il n’est nul besoin pour vous de m’appeler capitaine.

Nirin protesta.

– Votre place est auprès de Lame-Bleue, pas comme simple matelot. Notre capitaine à besoin d’hommes comme vous !

Imela, ne pouvant se retenir plus longtemps, choisit d’intervenir à ce moment.

– Nirin, retournez à votre station, je vous prie, ordonne t’elle d’un aire sévère.

L’homme, surpris, réitéra son salut et s’en alla sans un mot, une expression penaude sur le visage. Imela se tourna alors vers Aridel.

– Je n’ai pu m’empêcher de surprendre votre conversation. Il apparait que vous m’avez caché des choses importantes. Nirin est peut-être un maladroit, mais il n’a pas tort. Si vous avez vraiment été un officier de la légion, vous pourriez m’être bien plus utile qu’un simple homme d’équipage. Soyez dans ma cabine d’ici trente minutes, et nous pourrons discuter de votre nouveau poste.

Aridel allait protester, mais Imela était déjà partie, ne lui laissant pas le temps de répondre.

***

Il se présenta avec cinq minutes de retard, frappant à la porte de la cabine du capitaine du Fléau des Mers. Imela le fit entrer et il s’assit devant elle. Ses yeux semblaient défier la jeune femme, et son regard n’avait plus rien de celui de l’ivrogne de Cersamar.

Depuis qu’il était à bord du navire d’Imela, Aridel était en effet à peu près sobre, les rations de grog étant limitées. Son apparence était en conséquence plus soignée que lorsqu’Imela l’avait rencontré à l’Auberge du Marin. Même s’il conservait une trace de tristesse dans son expression, il était devenu séduisant, à sa manière. Imela chassa temporairement cette pensée et se mit à parler sévèrement.

– Aridel, j’ignore tout de vous, mais à voir la réaction de Nirin, vous avez très clairement été un bon officier, apprécié de ses hommes. Et de tels soldats sont une denrée rare. J’ai besoin d’hommes expérimentés pour diriger mes matelots, et vous me semblez faire parfaitement l’affaire.

– Capitaine, protesta-t’il, quelle que soit l’idée que vous vous faites de moi, je ne suis pas un marin. Je ne connais rien de la bonne marche d’un navire et je ne veux en aucune manière devenir responsable de vos matelots. Je me suis juré il y a quatre ans de ne plus jamais mener des hommes au combat.

– N’allez même pas imaginer que vous avez le choix ! tonna Imela. Vous apprendrez le métier de marin. Vous êtes ici à bord de mon navire et j’ai besoin d’un troisième lieutenant ! Ce poste est le vôtre, à présent, et il n’y a pas à discuter.

Imela sortit une veste qu’elle avait conservée sous son bureau.

Voici votre uniforme, ajouta-t’elle.

– Capitaine… Aridel semblait embarrassé à présent. Je dois refuser, je …

Imela se leva de son siège partagée entre une froide colère et une autre émotion qu’elle n’arrivait pas encore à définir. Elle s’approcha d’Aridel et se plaça devant lui, le regarda droit dans les yeux.

– Personne ne me refuse quoi que ce soit à bord du Fléau des Mers !

Et agissant sous une pulsion incontrôlable, elle approcha son visage de celui d’Aridel et l’embrassa presque violemment. Il eut un réflexe de surprise au début, mais céda rapidement à ce baiser forcé et le rendit à la jeune femme. Se levant, leurs lèvres toujours collées, ils collèrent leurs corps à la porte de la cabine dont Imela ferma le loquet.

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Quête (5)

Djashim avait du mal à s’habituer au luxe de ses nouveaux quartiers. Son bureau et ses appartements, situés en bas de la Tour d’Oeklos, étaient gigantesques, trois à quatre fois plus grands que son précédent logement. Les murs étaient couverts de tentures et tapisseries aux couleurs chaudes qui contrastaient singulièrement avec l’aspect sombre de la tour. Tout était conçu pour oublier le froid qui régnait à l’extérieur, et même les meubles donnaient une impression de confort et de chaleur qui faisait culpabiliser Djashim.

Le jeune homme était assis à son bureau, contemplant la pile de paperasse qui l’attendait. Le général Friwinsûn était parti deux jours seulement après la nomination de Djashim à son poste. Il avait donc laissé à son successeur une tonne de travail administratif. Djashim abhorrait ces tâches : il se considérait plutôt comme un homme de terrain, et il avait du mal à se concentrer sur ces chiffres et ces rapports.

Il y avait là, en tout premier lieu, les ordres d’affectation et de rotation des différentes unités chargées de la protection de la forteresse, mais c’était loin d’être le plus pénible de ces documents. La gestion des dépenses, la logistique, et autres livres de comptes formaient des volumes que Djashim craignait presque plus que le combat. Et le pire était bien sûr le rapport régulier qu’il devait remettre au premier ministre, l’infâme Walron.

Djashim essayait malgré tout de s’acquitter de sa tâche avec la plus grande diligence, ainsi que lui avait indiqué Lanea dans son message. La jeune femme avait été très claire. Il devait faire preuve de patience et ronger son frein, mais cela ne l’empêchait pas de bouillir intérieurement.

Un document attira l’attention du jeune général. C’était un ordre de surveillance pour une pièce située dans le sous-sol de la tour. La garde devait y effectuer une ronde régulière, et même y porter des repas. C’était très inhabituel : les niveaux inférieurs ne contenaient normalement que les caves et les réserves de nourritures de la tour, rien qui nécessitât une telle surveillance. Djashim appela :

– Sergent !

Le sergent Norim était le sous officier qui était officiellement chargé d’assister son commandant dans son travail, et il s’était montré plus qu’utile à Djashim, l’aidant à s’organiser et à trouver ses repères dans ses nouvelles fonctions. Il entra immédiatement dans le bureau du jeune homme.

– Oui général, dit-il d’un ton respectueux.

– Savez vous ce qu’est cette « cellule Lûnir » dont nous devons assurer la protection ? demanda Djashim.

Le sergent observa un moment le document que lui montrait son supérieur avant de répondre.

– Le général Friwinsûn ne me l’a jamais dit, exactement, général. Tout ce que je sais c’est qu’il s’agit de la résidence d’un homme qui a accompli de grands services pour l’empereur. D’après les gardes, cependant, il aurait complètement perdu la raison. C’est probablement pour cela qu’il est tenu au secret. Aucun d’entre nous n’a l’autorisation de lui parler : nous ne faisons que déposer sa nourriture quotidienne.

Une histoire qui ne pouvait que piquer la curiosité de Djashim. C’était loin d’être anodin. Oeklos n’avait pas pour habitude de s’encombrer de prisonniers inutiles. Pourquoi gardait-il donc ce Lûnir, si tel était son nom, en captivité ? Il fallait que Djashim en ait le cœur net.

– Je vais aller voir ce qu’il en est, dit-il au sergent. Cet homme nous fait consommer des ressources que nous pourrions affecter à d’autres tâches plus importantes.

Et ce petit voyage sera un répit bienvenu, se garda-t’il d’ajouter.

– A vos ordres, général ! répondit le sergent en lui ouvrant la porte.

Djashim se leva et sortit de son bureau. Il ne lui fallut pas très longtemps pour rejoindre l’endroit où se trouvait la « cellule Lûnir ». Le jeune homme avait à présent une bonne connaissance de l’agencement de la Tour d’Oeklos, et il s’y repérait facilement. Le sous-sol était éclairé par une lumière artificielle typique des constructions des mages et on y voyait presque comme en plein jour. La porte de la cellule était gardée par deux soldats qui se mirent au garde à vous en apercevant leur général.

– Ouvrez la porte ! ordonna Djashim.

– A vos ordres, général, obéirent-ils sans poser de questions, mais sans pouvoir cacher la lueur interrogatrice de leur regard. Ils s’exécutèrent, et Djashim pénétra dans la cellule.

Il faillit faire un pas en arrière tant ce qu’il vit l’horrifia.

L’odeur était pestilentielle. La pièce n’avait pas été aérée depuis plusieurs mois au moins, et l’air y était presque irrespirable. Le sol était couvert de déchets et de déjections. Djashim osait à peine y poser le pied. Le plus horrible, cependant, était la créature qui se trouvait au fond de la pièce. Si elle avait eu un jour quelque chose d’humain, ce qui restait de sa dignité avait quasiment disparu. Ce n’était plus qu’un être couvert de crasse dont la barbe était si touffue qu’elle lui couvrait complètement le visage. Il se tenait accroupi dans un coin, protégeant ses yeux de la lumière. Djashim, rassemblant son courage, se couvrit le visage de la main pour se protéger de l’odeur et demanda sans préambule.

– Qui êtes-vous ?

La créature s’approcha de Djashim à quatre pattes, lui montrant un sourire aux dents jaunes. Le jeune homme recula par réflexe.

– Vous ne le savez pas ? dit l’être immonde. Vous ne savez pas qui je suis ? Vous devriez, pourtant ! Vous osez m’approcher sans protection alors que je suis l’ange de la mort ? Vous avez devant vous le destructeur de monde ! Le cataclysme ! Le prophète qui a réveillé les dieux de la montagne ! Et tout cela pour la gloire de l’empereur ! Craignez moi et ne revenez plus jamais !

Djashim ressortit de la pièce, effrayé autant par les paroles de l’homme que par son état physique et mental.

– Refermez cette porte, ordonna-t’il aux soldats.

Djashim avait compris pourquoi Oeklos gardait cette créature. L’homme qui se trouvait là avait de toute évidence été son instrument dans la destruction de Dafashûn. C’était très probablement le mage qui avait trahi ses semblables. Par son action, le volcan L1 était entrée en éruption, recouvrant le monde de ses cendres et initiant l’hiver sans fin.

Lûnir avait alors sûrement perdu la raison devant l’horreur de son acte, se transformant en ce qui ressemblait à un démon. Et c’était pour cela qu’Oeklos gardait ce misérable en vie. qu’est ce qui pouvait terroriser le plus ses sujets que de savoir que l’empereur contrôleit un mage-démon ? Djashim était sûr qu’Oeklos ressortirait Lûnir au moment opportun, en démonstration de sa puissance.

L’empereur avait ainsi transformé l’homme qui avait accompli sa volonté en simple bête de foire. Djashim n’avait plus qu’à espérer qu’il garderait assez de clarté d’esprit pour ne pas finir comme Lûnir. Sa mission était loin d’être terminée.

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Quête (4)

Imela leva les yeux vers Omacer, ne pouvant cacher son incrédulité. L’abus d’alcool avait-il définitivement fait perdre la raison au mage ?

– Dalhin ? Soyez sérieux, Omacer ! Dalhin est la cité céleste où se réfugient les âmes après la mort. Le seul moyen d’y accéder, c’est de quitter ce monde. Ce n’est pas cette tablette qui va nous permettre d’y entrer !

Omacer se tourna vers la jeune femme. Son regard semblait parfaitement lucide, et toute trace de l’ivrogne qu’ils avaient traîné jusque là avait disparu.

– J’oublie parfois l’ignorance dans laquelle votre peuple est restée, dit-il d’un ton légèrement condescendant. Les archives de Dafakin sont… (Omacer hésita et son regard s’assombrit) ou plutôt étaient, formelles. Dalhin n’est pas simplement un mythe. C’est une cité qui existe réellement, elle est juste hors de notre portée, cachée à notre regard par le savoir des Anciens. Et cette tablette semble décrire un moyen de l’atteindre, en tout cas c’est ce qui y est indiqué.

– Expliquez-vous, alors, dit Imela, ignorant la remarque acerbe du mage.

– Regardez simplement le premier mot écrit.

Imela et Daethos se penchèrent de nouveau sur la tablette.

– Je lis Pironal, dit Imela. Je ne vois pas bien le rapport avec Dalhin.

– Et pourtant… commença Omacer. Pironal signifie « Oiseau de Feu » et c’est, dans les textes antiques que nous possédions à Dafakin, le nom que les Anciens donnaient à la cité céleste. Ces mêmes documents en parlaient comme de la ville que les premiers hommes auraient quitté pour coloniser le monde. Si je me souviens bien, la cité aurait d’ailleurs eu un autre nom dans une langue encore plus ancienne. Un nom qui a finit par être traduit en Pironal.

– Mais le nom Dalhin n’a rien a voir avec Pironal, protesta Demis. Le second du Fléau des Mers était extrêmement religieux, et il n’aimait visiblement pas le tour que prenait la conversation.

– Non, répondit Omacer, qui semblait captivé par ce qu’il avait sous les yeux, mais ce n’est qu’après la défaite des Anciens face aux Sorcami qu’Erûdrin le prophète est apparu. Le terme de Dalhin, ou Dalfkin, la cité des sages, provient de ses écrits, qu’il a probablement volontairement rendus cryptiques pour éviter les troubles.

Imela, même si elle était plus ouverte que son second sur les questions religieuses, restait perplexe.

– Admettons, Omacer, que vous ayez raison. Si cette tablette est une carte pour Dalhin, que signifie le reste de ce charabia ?

– La première partie du texte est assez simple à comprendre, c’est de l’ancien Dûeni, du Blûnen. Je vous le traduit :

Pironal : Porte d’accès Interne
Réservée au personnel autorisé
Suivez les instructions ci-dessous

C’est assez clair, je pense.

– Oui, dit Imela. J’avais compris que ce texte recelait des instructions, mais je n’ai pas réussi à comprendre ce qu’il y’a en dessous.

– C’est bien là le problème, reprit Omacer. J’ai l’impression que les véritables instructions de la tablette ont été volontairement effacées. Voyez cette marque en plein milieu… Et le texte qu’il y a dessous n’est pas écrit en ancien Dûeni.

– Oui je l’avais deviné également. Connaissez-vous ce langage ?

– Je devine qu’il s’agit de Setini, le langage du Nord, probablement un dialecte parlé par les nains. Laissez moi un peu de temps, je vais tenter de le traduire.

Imela s’écarta afin de laisser Omacer griffonner sur un morceau de papier. Le regard de la jeune femme se porta sur Aridel. Le mercenaire se tenait à l’écart de la conversation, perdu dans ses pensées. Il ne prêtait aucune attention à la tablette. Imela se demandait ce qui pouvait lui torturer l’esprit à ce point. Était-ce la présence des assassins ? L’épisode n’avait pourtant pas l’air de l’avoir beaucoup marqué. Imela doutait fortement que cet homme soit un simple soldat. Plus elle le regardait, plus elle détectait en lui des signes d’appartenance à la noblesse. Il avait beau avoir l’air crasseux, on devinait qu’il cachait un lourd secret derrière son visage triste.

Son regard croisa soudain celui d’Imela. Confuse, la jeune femme détourna la tête. Elle se promit cependant de chercher à en savoir plus au sujet d’Aridel une fois qu’il serait à bord du Fléau des Mers.

– J’ai fini ! La voix d’Omacer vint interrompre les pensées de la jeune capitaine.

Elle se tourna vers lui.

– Dites, ordonna-t’elle.

Le mage se mit à lire :

Moi, Chelkiri, nain de la famille des Echitel, ai trouvé cette tablette. J’ai suivi ses instructions et trouvé la porte de la cité de Dalhin. Étant indigne de sa splendeur, l’entrée m’en a été refusée. Si vous voulez suivre mes pas, cherchez la pierre du rêve dans le continent de l’ouest.

– C’est du grand n’importe quoi ! explosa alors Demis. Le second semblait prêt à frapper Omacer. Maintenant un nain prétend qu’il a vu la cité céleste ? On aura tout entendu. Capitaine, vous ne pouvez pas croire à ces balivernes.

– Du calme, Demis, tempéra Imela. Personnellement je vois une certaine logique à ce texte. Le nain qui a trouvé cette tablette a découvert quelque chose en suivant ses instructions. Dalhin ou non, cela l’a tellement marqué qu’il a voulu le cacher. Cela me parait digne d’intérêt, surtout quand on connait la ferveur religieuse d’une partie de la population naine…

En prononçant ces paroles, la jeune femme sentit un frisson lui parcourir l’échine. Était-il vraiment possible qu’elle ait en main un indice pour trouver la cité céleste ? C’était un trésor plus fabuleux encore que tout ce qu’elle avait pu espérer.

– Cela ne nous aide pas beaucoup, capitaine, la refroidit Demis. Son ton était plus posé. C’est une perte de temps. Quand bien même cette tablette serait authentique, comment trouver une « pierre du rêve » en Sorcasard ? Pour peu que continent de l’ouest signifie bien cela… Et je passe sur le fait que notre traduction provient d’un ivrogne !

– Un peu de respect, protesta Omacer. J’ai été un mage et…

– Si je peux me permettre, interrompit alors Daethos de sa voix sifflante d’homme-saurien.

– Oui ? l’encouragea Imela, curieuse de savoir ce qu’il avait à dire.

– Ce n’est pas la première fois que je rencontre ce terme de « pierre du rêve » .

Tous se tournèrent vers lui.

– Que voulez vous dire ? le pressa Imela.

– Sans entrer dans les détails, je l’ai entendu de la bouche de l’ancien Ûesakia de mon peuple, Itheros.

– Celui qu’Oeklos a évincé du pouvoir avant la guerre ? demanda Imela.

– C’est cela même. Je l’ai rencontré avant mon départ de Sorcasard, répondit Daethos à la question silencieuse d’Imela, mais j’ai peur de ne pouvoir vous en dire plus sur les circonstances exactes de notre entretien. Je peux cependant vous dire qu’Itheros a passé de nombreuses années à étudier les textes anciens des hommes et de mon peuple. Il n’a pas le savoir des mages, mais sa sagesse est grande. Il m’a dit qu’en Sorcamien existait un temple dont le joyau le plus précieux était une pierre du rêve. Je n’en sais hélas pas plus car notre conversation a dérivé sur d’autres sujets par la suite.

Imela, prise d’une soudaine impulsion, serra la main du Sorcami.

– C’est la providence qui vous a mis sur notre chemin. Nous avons donc simplement à trouver votre Ûesakia pour en savoir plus sur la pierre du rêve.

– Capitaine, je … commença Demis.

-Silence, Demis ! Nous n’avons pas d’autre piste pour découvrir les richesses potentielles auxquelles cette tablette pourrait nous conduire. Et je suis prête à prendre le risque de faire confiance à ce Sorcami. Il n’a aucune raison de nous mentir.

Imela cacha à son second qu’elle était guidée par un rêve récurrent ou un étranger lui remettait des clés en lui murmurant : « Voici l’espoir du Monde… ». Cette vision la hantait depuis qu’elle avait trouvé la tablette, et elle était à présent persuadée, sans pouvoir se l’expliquer, qu’elle faisait référence à Daethos.

Daethos, reprit-elle pouvez vous nous conduire à Itheros ? Savez vous où il se trouve ?

La tête du Sorcami se tourna alors vers Aridel, qui était toujours perdu dans ses pensées. N’arrivant pas à accrocher son regard, il finit par dire :

– Aux dernières nouvelles, Itheros se trouve dans le royaume d’Omirelhen, prisonnier de la reine Delia.

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Quête (3)

Lanea s’assit sur le petit banc de pierre accolé au mur du jardin. C’était l’endroit où la jeune femme se sentait le mieux de toute la forteresse d’Oeklhin. Ce lieu dégageait une sensation de paix qui rappelait un peu les jardins de la cité de Dafakin. La jeune femme éprouvait une certaine fierté à l’idée que ce havre de verdure était son œuvre. Erûciel en avait conçu la majeure partie, bien sûr, mais c’était Lanea qui avait persuadé les autorités impériales de lancer sa construction.

Elle avait, sous une fausse identité, proposé ses services en tant qu’herboriste au contremaître qui supervisait les travaux d’aménagement de la forteresse. Elle avait ensuite emménagé avec Erûciel et ouvert une boutique où nombre d’ouvriers venaient se faire soigner et acheter des remèdes et onguents.

Les deux anciens mages avaient su se faire une place parmi ces hommes, et lorsqu’ils avaient proposé la création d’un jardin éclairé par une lumière artificielle pour leurs herbes, tous avaient approuvé cette initiative. Les habitants de cette sombre forteresse, privés de soleil, se réfugiaient souvent dans ce parc intérieur pour revoir un peu de verdure. Le jardin était ainsi devenu un des endroits les plus fréquentés du palais, et tous venaient s’y ressourcer, du simple commis de cuisine au commandant de la garde.

Lanea glissa sa main sous le banc. Le message était bien là, comme prévu. Regardant autour d’elle afin de s’assurer que personne ne l’observait, la jeune femme glissa le feuillet de papier enroulé dans les plis de sa robe. Elle resta encore quelques moments assise, puis prit la direction de la sortie.

L’herboristerie était juste à coté du jardin, et elle entra juste au moment ou Erûciel reconduisait leur dernier client et fermait la boutique pour la journée.

L’intérieur était composé d’un fatras d’étagères et de meubles regorgeant de bouteilles et autres récipients qui contenaient les herbes et décoctions que préparaient Erûciel et sa jeune associée.

Lanea, en entrant, ne put s’empêcher de se regarder dans le miroir qui se trouvait près de la porte. Elle faisait face à un reflet qu’elle avait du mal à reconnaître. Ses cheveux étaient à présent d’un brun très foncé, et on y distinguait plus les reflets roux qui avaient fait sa fierté. Qu’aurait pensé Domiel en la voyant ainsi ? Lanea chassa rapidement ces pensées. Même après quatre ans, le souvenir de l’homme qu’elle avait aimé était encore trop douloureux dans sa mémoire. Elle avait changé son apparence physique pour une raison : il ne fallait pas qu’elle soit reconnue si elle voulait conjtinuer à habiter mla forteresse d’Oeklos.

Une fois qu’Erûciel eût refermé la porte, Lanea prit le rouleau de papier et se mit à le lire. Elle reconnut facilement l’écriture de Djashim, ses runes encore un peu incertaines. Après en avoir lu les deux premières phrases, la jeune femme écarquilla les yeux.

– C’est impossible ! s’exclama-t’elle.

Erûciel s’approcha d’elle.

– Quoi donc ? demanda-t’il.

– Djashim a obtenu une audience avec Oeklos ! Il a été promu commandant de la garde impériale !

– A dix-neuf ans ? ce fut au tour d’Erûciel d’être étonné. Cela paraît pour le moins étrange. Et le général Friwinsûn ?

– D’après Djashim, il va être envoyé en Sorûen pour s’occuper de la résistance là-bas. Mais pourquoi nommer quelqu’un d’aussi jeune pour le remplacer ? Ca parait tout bonnement impensable.

– Très inhabituel, en effet. Mais en y réfléchissant, je vois plusieurs raisons possibles à cela.

– Vraiment ? Lesquelles ?

– La plus évidente est qu’Oeklos aurait d’une manière ou d’une autre deviné que Djashim est en réalité un membre de la résistance. En le promouvant, il peut ainsi nous fournir de fausses informations qui pourraient nous amener à commettre des erreurs fatales.

– Mais comment aurait-il … Lanea laissa sa question en suspens.

– Oh, il y a plein de possibilités. C’est nous qui avons « propulsé » la carrière de Djashim. N’oubliez pas le sacrifice de Delan.

Lanea acquiesça sombrement. Delan était un membre de la résistance qui avait accepté que Djashim le livre à Oeklos afin que ce dernier gagne la confiance de ses supérieurs. Djashim avait protesté, bien sûr, mais Lanea avait fini par le convaincre avec un mensonge. Elle lui avait affirmé que DElan était atteint d’une maladie incurable et qu’il n’avait plus que quelques mois à vivre. Elle n’était pas fière de ce qu’elle avait fait, mais elle savait que c’était nécessaire si ils voulaient avoir une chance de contrer l’empereur. Ces actions avaient porté leurs fruits, et Djashim avait été promu capitaine. Mais de là à devenir général… Si Oeklos avait découvert le pot-aux-roses, c’en était fini du jeune homme. Et des plans de Lanea pour la résistance.

La résistance… C’était un bien grand mot pour le rassemblement hétéroclite de mages survivants qui avait décidé de s’opposer dans l’ombre à Oeklos. Lanea et Erûciel étaient leurs « chefs », mais ils avaient du mal à coordonner leurs actions, contraints par le besoin de rester cachés.

– Je vois, finit par dire Lanea. Nous allons donc devoir redoubler de prudence sur les informations que nous recevrons. Et au moindre soupçon de désinformation, nous devrons réfléchir à un nouveau plan, voir fuir de la forteresse. J’espère de tout cœur que ce n’est pas la raison pour laquelle Oeklos a promu Djashim.

– Il y a une autre possibilité, dit alors Erûciel. En admettant qu’Oeklos ne nous ait pas percés à jour, la promotion de Djashim pourrait avoir un tout autre sens.

– Vraiment ? dit Lanea, curieuse.

– Oui. En fait il est tout à fait possible que l’empereur craigne pour sa vie. Si les rumeurs sont vraies, ses relations avec les Sorcami sont assez tendues, et son emprise sur eux n’est peut-être pas si grande qu’il y parait. Dans ce cas il a sûrement besoin d’hommes de confiance à ses côtés.

– Mais alors, cela parait contre-intuitif d’envoyer le général Friwinsûn en Sorûen, non ?

– Pas tant que cela : le général est un très bon stratège, et la situation en Sorûen doit être plus compliquée que ce que nous pensions pour Oeklos. Il envoie donc son meilleur commandant la régler. Il lui faut cependant un officier compétent, mais surtout loyal et malléable pour le remplacer. Et de son point de vue, Djashim correspond parfaitement à ce profil. Peut-être même envisage-t’il de faire de Djashim le successeur permanent de Friwinsûn…

– Ce serait l’erreur de sa vie !

Lanea avait du mal à croire qu’Oeklos puisse être aussi stupide. S’il avait vraiment fait de Djashim le commandant de sa garde… Peut-être que la mort de Domiel allait enfin pouvoir être vengée ? Lanea sentait l’impatience la ronger.

– Peut-être, tempéra Erûciel, mais ne nous avançons pas trop… Nous devons nous montrer extrêmement prudents. N’oubliez pas que la vie de Djashim est en jeu dans cette histoire. Attendons déjà de voir s’il arrive à se débrouiller en tant que général. Il est encore très jeune, et le moindre faux-pas de sa part ou de la nôtre pourrait se révéler fatal.

Lanea acquiesça, modérant ses émotions.

– Vous avez raison, comme toujours. Djashim parle également dans son message des navires devant amener les rations de vivres à l’Empire de Dûen. Apparemment Oeklos voudrait les laisser au port, pour punir les ducs de leur désobéissance. Nous pourrions demander à nos agents à Dafamar de vérifier. En attendant je vais dire à Djashim de continuer à obéir aux ordres d’Oeklos et de rester attentif.

Lanea s’empara d’une feuille de papier et d’une plume et se mit à rédiger sa réponse. La main de la jeune femme tremblait d’un sentiment mêlé d’excitation et d’inquiétude. Si Djashim arrivait à gagner la confiance d’Oeklos, les possibilités étaient infinies…

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Quête (2)

Aridel semblait parfaitement connaître les rues de Cersamar. Il passait par des venelles dont Imela n’avait jamais soupçonné l’existence. La plupart étaient désertes, leurs maisons abandonnées depuis plusieurs années. De temps en temps on apercevait les ruines d’une ancienne fontaine ou d’une statue. Le groupe hétéroclite constitué d’Imela, Demis, Aridel et Daethos marcha ainsi pendant une dizaine de minutes avant d’arriver devant un tripot à l’aspect encore moins engageant que l’Auberge du Marin.

– Si Omacer n’est pas en train de cuver dans quelque maison en ruine, c’est ici qu’il sera, dit Aridel.

Imela tourna la tête. Elle n’avait aucune envie d’entrer dans ce bouge immonde, mais elle n’avait pas le choix. Si Aridel disait vrai, et elle n’avait pour l’instant eu aucune raison de mettre sa parole en doute, il fallait qu’elle aille y chercher le mage. La dernière fois qu’elle avait vu Omacer, deux ans auparavant, il avait déjà tendance à abuser de la boisson. Le temps n’avait apparemment pas arrangé les choses. A sa décharge, Imela imaginait bien qu’il devait être très difficile pour un ancien mage, représentant d’un peuple décimé par Oeklos, de devoir cacher sa véritable identité dans le trou à rats qu’était devenue Cersamar. Isolé, sans véritable ami, dans une contrée où le soleil ne se levait jamais, cela en aurait anéanti plus d’un. Il était presque certain que nombre de ses semblables, face à la même situation, avaient mis fin à leurs jours.

Cela faisait d’Omacer, malgré tous ses défauts quelqu’un de très rare et précieux, et le seul qui pouvait aider Imela à comprendre le sens de sa découverte.

La jeune capitaine prit donc son courage à deux mains, et pénétra dans la taverne, une expression de détermination marquant son visage. Elle se couvrit cependant immédiatement la bouche et le nez avec sa main lorsqu’elle sentit l’odeur pestilentielle qui régnait à l’intérieur. La pièce où elle se trouvait était si sale que même une porcherie aurait semblé plus hygiénique.

Le sol collait, couvert de restes de nourriture, d’alcool et de déjections, et on apercevait ça et là la forme de rats se repaissant de détritus. La plupart des hommes qui se trouvaient à l’intérieur étaient dans un état comateux, une bouteille ou une chope devant eux. Imela avait véritablement devant elle tout ce que l’humanité pouvait offrir de pire. Elle parcourut l’endroit du regard, s’attardant sur le visage des  »clients ».

Au bout d’un moment, elle finit par repérer Omacer. Le mage dormait dans son propre vomi, la tête posée sur le bar. C’était une vision assez difficile à supporter. Comment un homme qui avait fait partie du peuple le plus avancé du monde pouvait il être tombé aussi bas ? La jeune femme fit signe à Demis et tout deux s’approchèrent de l’ancien mage, suivis par Aridel et Daethos.

Arrivée près d’Omacer, Imela le secoua de sa main gantée. Aucune réaction. L’homme était probablement imbibé d’alcool et dormait profondément. Elle s’empara alors de l’un de ses bras. Demis, comprenant son intention, prit l’autre, et aidés de Daethos, ils traînèrent le mage inerte à l’extérieur. Personne ne semblait faire attention à eux, et c’était tant mieux, pensa Imela.

L’air extérieur était glacial, mais tellement plus respirable que celui de l’auberge qu’Imela eut un soupir de soulagement. Elle se tourna vers Daethos.

– Ramassez un gros bloc de neige et jetez le lui à la tête, cela devrait le réveiller.

Le Sorcami, une expression indéchiffrable sur le visage, obéit sans mot dire, et le corps d’Omacer eut un spasme lorsqu’il entra en contact avec la glace. Il ouvrit les yeux et se mit à grogner.

– Que… dit-il d’une voix pâteuse. Ca va pas la tête ! Je…

Il s’interrompit en apercevant le visage d’Imela, surpris.

– Lame-bleue… Vous êtes de retour… Je ne m’attendais pas…. Il rota. à vous revoir dans cette belle ville… Mais tant que vous êtes là… Vous m’avez apporté de quoi boire ?

Imela durcit son regard.

– Je ne suis pas là pour encourager vos vices, Omacer. J’ai besoin de vous, si vous êtes assez sobre pour m’aider.

– De moi ? Personne n’écoute plus ce que j’ai à dire depuis longtemps… Mais pour une chopine, je peux vous raconter toutes les histoires que vous voulez sur le Royaume des Mages…

Imela observa le mage. C’était une créature crasseuse, et ses yeux avaient le teint jaune propre aux alcooliques de longue date. Il restait cependant, quelque part derrière cette façade, une petite partie du mage qui lui avait prodigué ses conseils deux ans auparavant.

– Ce ne sont pas de vos histoires dont j’ai besoin, mais de votre savoir. J’ai un document à vous montrer, mais pas ici. Etes-vous prêt à nous suivre ?

– Si la récompense est bonne à boire, je vous accompagnerai jusque dans les catacombes d’Oeklos, s’il le faut…

Imela et Demis relâchèrent leur étreinte sur les bras d’Omacer et celui-ci se mit debout en titubant. Il remarqua alors Aridel et Daethos.

– Ah je vois que vous aimez réunir les misérables, Lame-bleue… Vous avez réussi à piquer ma curiosité… Je vous suis.

Il fit un pas et s’étala par terre. Imela et Demis le relevèrent et durent l’aider ainsi tout le long du trajet qui les mena au repère de la jeune femme. Le mage semblait un peu plus réveillé et sobre en arrivant. La marche dans le froid lui avait clairement fait du bien.

Imela le fit asseoir devant une table et lui donna un morceau de pain noir qu’il mangea goulûment. La jeune femme s’absenta alors et revint quelques secondes après avec un paquet enveloppé dans une couverture en cuir. Elle le posa sur la table et l’ouvrit devant Omacer.

Le paquet contenait une tablette de pierre noire qui faisait environ dix pouces (25 cm) de largeur sur sept (18 cm) de hauteur et était couverte de symboles runiques. Le milieu en était très abimé, comme si quelqu’un avait volontairement voulu effacer le texte qui s’y trouvait.

Le regard d’Omacer changea du tout au tout. On y lisait soudainement une réflexion hors du commun, et ses yeux se plissèrent sous l’effort de lecture. Il passa son doigt sur les runes, et la concentration fit place à l’étonnement alors qu’il les déchiffrait dans sa tête.

– Où avez vous trouvé cela ? demanda-t’il.

– C’est une longue histoire, répondit Imela, ravie de voir le mage retrouver sa curiosité. Pour faire court, j’ai suivi les indications d’un vieux nain que j’ai rencontré dans l’île Oritebal. J’ai aidé son fils en lui fournissant des provisions, et il a voulu me récompenser en me donnant, selon ses dires, la carte d’un fabuleux trésor que sa famille gardait depuis des générations. Il m’a donc expliqué comment rejoindre une grotte sur la côte de l’île où j’ai trouvé cette tablette, au milieu d’outils rouillés. Ce n’était pas le trésor auquel je m’attendais, mais la tablette à l’air très ancienne, et elle parle si j’ai bien compris, d’une « entrée secrète ». Je me suis dit qu’un mage tel que vous saurait me dire s’il s’agit d’un objet de valeur ou d’une simple babiole sans intérêt.

Imela vit du coin de l’œil Daethos qui s’approchait pour observer la tablette. Omacer ne le remarqua même pas, perdu dans la lecture de la tablette.

– Un objet de valeur… C’est bien plus que cela ! finit-il par dire. Le nain ne vous a pas menti en parlant de trésor fabuleux… Vous êtes en possession d’une partie de la carte permettant d’accéder à la cité céleste de Dalhin, la demeure d’Erû lui-même !

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