Catégorie : Général

Comète

Le 12 novembre dernier, l’atterrisseur Philae de la mission Rosetta s’est posé, pour la première fois de l’histoire de l’humanité, sur une comète. En hommage à cet exploit scientifique et technique, je vous propose cette petite histoire. Encore a grand bravo à toutes les équipes qui ont participé à ce projet, et continuez à nous faire rêver.

C’était la première fois que Toshio s’aventurait dans le vide de l’espace. Bien sûr, depuis les baies d’observation du Phoenix, il avait pu contempler depuis on plus jeune âge l’immensité du vide étoilé, mais rien ne pouvait vraiment le préparer à sa première sortie.

La première chose qu’il avait ressenti était une sensation de légèreté et de libération, lorsqu’il avait quitté la pesanteur artificielle créée par la rotation de l’anneau du gigantesque vaisseau-monde. C’était comme si un fardeau venait de lui être enlevé. Ce sentiment disparut cependant rapidement quand Toshio réalisa que tout ce qui le séparait à présent du vide était la fine cloison de sa combinaison spatiale. Pour éviter de paniquer le jeune homme se concentra sur les données défilant sur son affichage tête haute. Tous les paramètres étaient dans le vert, ce qui était plutôt rassurant.

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Toshio se tourna vers la forme blanche du robot mineur COMEX-2 que son tuteur, Phil, était occupé à vérifier.

« Comment te sens-tu, Toshio ? » demanda-t’il via le canal de communication local.

« J’ai été légèrement désorienté au départ, mais ça va maintenant, cap’ « , répondit le jeune homme.

« OK. Le COMEX est prêt. Je vais avertir le Phoenix et on va pouvoir y aller. »

Sans attendre de réponse, Phil changea son canal de communication et indiqua du ton le plus impersonnel qu’il pouvait prendre.

« Phoenix-contrôle, ici le capitaine Philip Assam. Check-list pour la mission P-6700-R terminée. Demande autorisation de départ. »

« Autorisation accordée », annonça une voix tout aussi impersonnelle. « Bonne chance P-6700-R. »

« OK Toshio, arrime toi au COMEX, je vais lancer la mise à feu. »

D’un geste qui se voulait assuré, le jeune homme brancha le cordon ombilical de sa combinaison au robot pentagonal. Il leva alors le pouce pour indiquer qu’il était prêt, et Phil appuya sur l’un des boutons du robot. Toshio sentit l’accélération brutale le tirer en arrière alors que la petite fusée du COMEX entamait sa propulsion. Lorsque le COMEX atteignit sa vitesse et sa direction optimale, la fusée s’arrêta, laissant l’engin continuer sur sa lancée.

La destination de Toshio et Phil était une petite comète d’environ quatre kilomètres de diamètre à la forme biscornue, immatriculée P-6700. C’était du moins ce que Toshio avait vu lors du briefing de mission, car la comète était si noire qu’il était impossible de la distinguer à l’œil nu, surtout à plus de quarante kilomètres de distance. Ce que Toshio ne pouvait s’empêcher de regarder, par contre, était la forme brillante du Phoenix, son anneau s’éloignant doucement. C’était une vision d’une beauté incomparable, et rien que pour cela, Toshio n’aurait voulu céder sa place à personne.

La mission du jeune homme et de son tuteur était simple : ils devaient accompagner le robot COMEX jusqu’à P-6700 puis le surveiller alors qu’il récupérait sa cargaison de matières premières pour le Phoenix. L’eau que contenait les comètes que le Phoenix croisait sur son chemin était vitale pour le vaisseau-colonie. Elle servait bien sûr de source de vie, mais aussi de carburant, car l’hydrogène qu’elle contenait permettait d’assurer la propulsion du vaisseau. C’était grâce aux comètes que le Phoenix avait pu accomplir son voyage de deux cents ans à travers les étoiles.

« Savais-tu, Toshio, dit Phil, que pendant longtemps les comètes ont été un mystère pour les humains ? Ce n’est qu’aux balbutiements de l’exploration spatiale que nous avons pu en savoir plus sur elles. Et c’est ce savoir qui nous permet à présent de voyager vers notre nouvelle planète. Cela en dit long sur le ténacité de l’espèce humaine. »

Toshio ne répondit rien, perdu dans ses propres pensées. Le COMEX s’approchait de la comète, et on en distinguait à présent vaguement les contours. Le robot enclencha ses rétrofusées pour le décélération, et alluma son projecteur. La comète ressemblait à un morceau de charbon recouvert de gravats.

Arrivé à moins de trente mètres de la surface, le COMEX coupa sa rétrofusée, laissant la gravité de la comète faire le reste du travail. Le corps était si peu massif que Toshio ne sentait pratiquement pas son poids. Le jeune homme se rappelait du briefing : il devait resté attaché au COMEX en permanence, car la vitesse de libération de la comète était si faible qu’il risquait de dériver dans l’espace rien qu’en marchant…

L’endroit où s’était posé le COMEX était extrêmement accidenté. D’un coté, il y avait une petite plaine de gravats fins, mais de l’autre, une large falaise sombre bloquait le soleil. Toshio ne s’attarda cependant par sur ce paysage noir, car il devait se concentrer sur son travail.

Le COMEX avait déjà commencé à forer, et le long train de containers qui y était accroché se remplissait lentement.

« Cette comète est très riche en élements Toshio, dit Phil. Si tout se passe bien, ce sera la dernière fois que nous aurons à ravitailler le Phoenix avant notre destination. »

Une pointe d’excitation se distinguait dans la voix de Phil. Un sentiment que partageait bien sûr Toshio. Six générations d’humains s’étaient succédé lors du long voyage du Phoenix. Après tant d’années, les voyageurs allaient enfin atteindre leur objectif. C’était un petit point qui orbitait autour du soleil jaune qui illuminait le Phoenix. Une simple planète accompagnée d’une lune qui remplissait toutes les conditions propices à la terraformation. Un monde que les mystiques qualifiaient de don de Dieu, et auquel certains avaient déjà donné un nom : Erusarden.

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