Alliances (6)

Alliances (6)

Aridel retira le foulard qui lui couvrait la bouche afin de miuex apprécier la vue qui s’offrait à lui. Le soleil était moins chaud ici qu’au milieu des sables du désert, et la température était par contraste presque agréable. Une légère brise marine soufflait, apportant une odeur iodée qui venait se mêler à l’air sec des terres. Le prince d’Omirelhen, posé sur son cheval, se trouvait au sommet d’une colline recouverte d’un herbe rase et sèche. En contrebas se trouvait la ville de Dacimar, le port le plus méridional de l’Empire de Dûen. Aridel observait ces terres avec une pointe d’anxiété. Historiquement, sa famille était originaire de l’Empire, et il était le premier à y remettre les pieds depuis des générations. Qui pouvait savoir ce qui l’attendait là ?

Accrochée à la côte, Dacimar s’étendait comme les tentacules d’une pieuvre dans la mer. Ses quais recouvraient une impressionnante surface de plusieurs lieues. Aridel avait souvent entendu parler de Dacimar comme étant le port d’attache de la Flotte Extérieure de l’Empire, l’une des plus grandes marines du monde. C’était une ville presque mythique pour certains marins, et nombre d’aventuriers avaient sillonné ses rues et ses quais. Pourtant, le spectacle qu’Aridel avait sous les yeux était loin de la magnificence à laquelle il s’était attendu. Les voyageurs étaient encore trop loin pour distinguer tous les détails de la ville mais celle-ci avait très clairement été victime d’une catastrophe sans précédent. La plupart des quais étaient brulés ou cassés, et un nombre impressionnant de carcasses de navires étaient échouées sur les plages et les rochers entourant la ville. Les quais eux-mêmes étaient remplis de vaisseaux en piteux état, certains n’ayant plus leurs mâts ou gîtant fortement. Une épaisse fumée s’échappait de certains quartiers de la ville, et une colonne de réfugiés la quittait par une route menant à l’ouest. Il n’y avait pourtant aucune trace de la bannière de l’orbe noire, indiquant la présence de troupes d’Oeklos.

– Que s’est-il passé ici ? s’interrogea tout haut l’ex-mercenaire.

Takhini et Chinîr, se tenaient à coté de lui, semblaient tout aussi perplexes. Le chef nomade haussa les épaules.

– Je n’en sais pas plus que vous, répondit-il. Cela fait des semaines que mes hommes ne se sont pas aventurés si près des frontières impériales, et nous avons peu de nouvelles de l’empire. Les nomades de Sorûen sont rarement les bienvenus en Dûen.

– Je n’ai également aucune réponse à donner, dit Takhini. Mais certains des navires que nous voyons en bas sont Sûsenbi, et cela m’inquiète. Je crois cependant que nous n’allons pas tarder à avoir des réponses à nos questions, car voici, si je ne m’abuse, deux gardes impériaux.

Le général désignait deux soldats qui s’approchaient. Ils étaient vêtus d’un plastron de métal marqué du symbole de la couronne, l’emblème de l’empire de Dûen, d’un simple pantalon rouge, et d’un casque. Leurs armes étaient des lances surmontées de piques de métal et des épées courtes pendaient à leur taille. Les deux hommes avaient l’air las et usé de vétérans de nombreux combats, et leurs visages étaient couverts de poussière. L’un d’eux portait un bandage au bras gauche, et le deuxième avait perdu un œil. Leur regard avait cet aspect hanté propres aux survivants de grandes batailles, et il ne faisait aucun doute pour Aridel que ces hommes avaient récemment vécu l’enfer. Ils continuaient cependant à accomplir leur devoir, et arrivés à la hauteur des voyageurs, le borgne les interpella.

– Qui va là ?

Takhini allait répondre, mais Shari le devança. Le jeune femme avait remonté la colonne en marche à la vue des deux soldats, et se tenait sur son cheval avec un air régal. Elle parla en Dûeni.

– Je suis Shas’ri’a, fille de l’Empereur Mesonel de Sûsenbal, et ambassadrice impériale. Nous sommes venus, moi et mes compagnons, offrir l’aide de Sûsenbal au Royaume de Sorûen et à l’Empire de Dûen dans leur lutte contre Oeklos de Sorcasard. Nous avons cependant dû traverser le désert pour parvenir jusqu’ici, et sommes dans l’ignorance des dernières nouvelles. Que s’est-il passé ici, soldat ?

Les deux dûeni se regardèrent d’un air incrédule. La surprise avait remplacé la lassitude dans leur regard. Le borgne reprit cependant rapidement ses esprits et s’inclina devant Shari.

– Pardonnez-moi, excellence, mais depuis quand avez-vous quitté Sûsenbal ? demanda-t’il d’un ton à la fois respectueux et triste.

– Nous sommes partis il y a un peu plus de deux mois, répondit alors la jeune femme, l’air intrigué. Pourquoi cette question, soldat ?

– Excellence, reprit l’homme en évitant de croiser le regard de l’ambassadrice, je suis sincèrement désolé d’être celui qui vous apporte cette mauvaise nouvelle, mais la flotte de Sûsenbal n’existe plus.

Aridel faillit tomber de son cheval, et il vit l’horreur dans les yeux de Shari. La jeune femme parvint cependant à ne pas céder à ses émotions, et demanda, avec juste un léger trémolo dans la voix.

– Expliquez-vous, soldat.

– Je ne suis qu’un simple sergent, et je n’ai pas toutes les informations, excellence, expliqua l’homme, mais je peux vous faire rapidement le récit des derniers événements. Après sa victoire en Sorûen, Oeklos a cherché à entrer dans l’Empire de Dûen, mais n’est apparemment pas parvenu à traverser le désert. Il a donc décidé de le contourner en passant par la mer. Le seul problème était que Sûsenbal lui bloquait la route. Il a donc bombardé les ports de votre pays en espérant détruire sa flotte. Votre père, l’empereur, a cependant été plus malin que lui. Il avait fait sortir la flotte Sûsenbi avant l’attaque d’Oeklos pour rejoindre notre propre Flotte Extérieure et barrer la route à notre ennemi commun. Moi et mon compagnon étions embarqués à bord d’un navire de la Flotte et nous avons été plus que soulagés de voir arriver les Sûsenbi près de Dacimar. Notre soulagement à été court. La flotte d’Oeklos est arrivée alors que nous n’y étions pas totalement préparés, et ça a été un carnage. Il a utilisé son arme céleste pour détruire Dacimar, nous privant ainsi de notre port d’attache, et a ensuite foncé sur nous. Il y avait des Sorcami partout avec leurs monstres volants, et nos navires ont sombré un par un, Dûeni comme Sûsenbi…

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Le sergent marqua une pause, comme pris par une émotion indescriptible. Son œil était humide. Il reprit cependant. Aridel essayait de ne pas penser au nombre incalculable de morts que les bombardement de Sûsenbal et Dacimar avaient provoqués.

Seuls quelques navires ont réussi à survivre, et vous avez sous les yeux ce qui reste de notre alliance, c’est à dire pas grand chose. Le soldat désigna les navires échoués en contrebas. La bataille de Dacimar a été la fin pour beaucoup d’entre nous…

Takhini s’approcha alors.

– Quand cela était-ce, sergent ? demanda-t’il.

– Il y a trois jours, monseigneur. La flotte d’Oeklos est restée deux jours, et elle est repartie hier.

– Repartie ? Vers où ?

– Vers le nord, d’après ce qu’on m’a dit.

– Cersamar, souffla alors Aridel.

– Oui, dit alors Takhini. Le plan d’Oeklos est clair. Il a détruit le plus grand port militaire du Sud de l’empire, Dacimar, mais il a toujours besoin d’un grand havre pour faire débarquer ses troupes. Cersamar est la destination logique. Je doute cependant que l’Empire de Dûen le leisse faire si facilement. Sergent, conduisez nous à vos supérieurs. Je vais voir ce que je peux faire pour rassembler les survivants de Sûsenbal et aider l’Empire de Dûen à résister à Cersamar. Avec votre permission, altesse ?

Shari acquiesça sans un mot. Aridel regardait le vieil homme. Il admirait son sang-froid face aux terribles nouvelles qui venaient de leur être rapportées. L’ex-mercenaire sentait quant à lui une vague de désespoir l’envahir. Comment lutter contre la force destructrice que possédait Oeklos ? Même la Flotte Extérieure de Dûen n’avait rien pu faire contre lui ! Le baron disposait d’une puissance sans égale, et il avait toujours une longueur d’avance sur toutes leurs actions. S’ils allaient à Cersamar, ne se dirigeaient-ils pas vers leur propre mort ?