Alliances (2)

Alliances (2)

Daethos, debout les mains levées, observait calmement le groupe d’hommes qui l’entourait, lances pointées vers lui. Le Sorcami tentait de paraître le moins menaçant possible. Il savait que sa vie ne tenait qu’à un fil et répétait en Dûeni : « je ne suis pas votre ennemi », mais les soldats étrangers semblaient sourds à ses propos.

Au vu du nombre d’hommes-sauriens gisant à proximité du campement, Daethos doutait que les hommes qu’il avait en face de lui puissent voir en lui un ami. Il en venait même à se demander pourquoi il n’avait pas été tué sur le champ.

C’est donc avec un certain soulagement que le Sorcami vit Takhini et Aridel s’approcher, accompagnant un homme à la peau sombre qui semblait être le chef de ses « assaillants ». Aridel était en grande discussion avec ce dernier.

– Il est notre allié, Chasim Chînir, et vous n’avez rien à craindre de lui. Je vous en prie, dites à vos hommes de le laisser.

Le dénommé Chînir semblait très dubitatif.

– Comment pouvez-vous prétendre être le compagnon de l’un de ces monstres, alors que vous venez de tuer ses semblables ? Nous ne voulons pas de ces démons verts sur nos terres !

– Tous les Sorcami ne sont pas nos ennemis, répondit Aridel. Daethos m’a sauvé la vie alors que notre navire avait fait naufrage, et sans lui je ne serai pas là à vous parler.

Chînir regarda Aridel, le regard perplexe.

– Vous avez donc une dette d’honneur envers lui, finit-il par dire, indécis. Même si c’est un démon, votre âme et la mienne seraient entachées si je le tuais. Si Erû a jugé bon de faire de cette créature votre protecteur, alors je ne m’opposerai pas à sa volonté.

Il fit signe à ses hommes, qui baissèrent immédiatement leurs armes.

Ce fut à cet instant précis que Shari sortit de la tente où elle se reposait. La jeune femme semblait encore sous l’influence du Saktarkha, et ses yeux avaient le regard hanté de quelqu’un qui venait de voir sa propre mort en rêve. Pourtant, paradoxalement, ses mouvements étaient bien plus vifs et alertes que les jours précédents.

— Que se passe-t’il ici ? demanda-t’elle d’une voix qui ne trahissait aucune hésitation.

Une expression de stupeur marqua le visage des étrangers qui entouraient Daethos. Même Chînir semblait tout aussi surpris que ses hommes. Une fois le premier moment d’étonnement passé, il s’approcha cependant de Shari, et s’inclina très profondément devant elle.

– Mes excuses, madame, si mes hommes vous ont dérangée. Nous ignorions que vous vous reposiez dans cette tente. Je suis Chînir, chef du clan des Saüsham, et je vous souhaite la bienvenue sur nos terres.

Shari, obéissant à son instinct de diplomate, s’inclina à son tour.

– Nul besoin de vous excuser, Chasim Chînir. Je n’ai qu’à regarder autour de moi pour comprendre que je vous dois très probablement la vie. Mon nom est Shas’ri’a, et je suis ici en tant que représentante de l’empereur de Sûsenbal, mon père, auprès de Sorûen.

Chînir parut surpris.

– J’ignorais que l’empereur avait envoyé une délégation dans le désert, dit-il. Mais vous êtes en tout cas au bon endroit, car nous sommes à présent tout ce qui reste de Sorûen. Il soupira. Notre monde a bien changé ces derniers mois, ajouta-t’il avec un sourire triste. Erûsdel, la cité sacrée, est à présent au main du démon Oeklos, et seules les tribus nomades du désert osent encore s’opposer à lui. Je pense que nous avons beaucoup à nous dire, excellence, et j’ai hâte d’entendre l’histoire qui amène une délégation Sûsenbi accompagnée par un Sorcami et un guerrier Dûeni à ma porte.

Shari sourit.

– En effet, nous allons avoir de quoi échanger, Seigneur Chînir. Mais je serai une piètre diplomate si je ne vous présentais pas d’abord mes compagnons. Voici Daethos, qui vient de la forêt d’Inokos, au sud de Sorcasard. Contrairement à un grand nombre de ses semblables, il a choisi d’œuvrer pour la paix entre nos deux races. Shari se tourna alors vers Takhini. Le général Talio est mon conseiller militaire et l’un des meilleurs stratèges de Sûsenbal. Et pour finir, je vous présente Aridel, prince héritier du Royaume d’Omirelhen, en Sorcasard. Mais je devine que vos avez déjà fait connaissance.

– En effet, mais j’ignorais tout du statut princier de son altesse. C’est un honneur pour moi de me retrouver en présence d’une si illustre délégation. Accepterez-vous de nous suivre, moi et mes hommes jusuq’à notre campement, où nous pourrons discuter plus amplement ?

– Excellente idée, coupa alors Takhini. Cet endroit risque de grouiller de Sorcami sous peu. Nous vous suivons, Seigneur Chînir.